L’iris, une vision à 360° de la beauté

Biolandes

Depuis toujours, la racine de cette élégante fleur imprime son sillage dans nos parfums comme dans nos poudres de maquillage. Pourtant, elle n’a pas pris une ride puisqu’elle s’invite aussi dans les soins anti-âge. Radioscopie d’un succès.

Quel esprit curieux a bien pu être à l’origine de la découverte des vertus odoriférantes de l’iris ? Cette question taraude depuis toujours le petit monde des parfumeurs tant le process d’obtention de son odeur est long et compliqué. Soit un minimum de six ans, dont trois de culture de la plante, puis deux à trois ans de séchage du rhizome, puisque c’est de là et non de la fleur que l’on extrait le parfum. Sans oublier qu’entre les deux étapes, il faut arracher ces bulbes cultivés sur des terrains rocailleux puis les laver et les peler manuellement. Et c’est durant les trois dernières années que la racine développe ses irones, ces précieuses molécules qui donnent son odeur unique. Alors on comprend aisément que l’iris s’impose parmi les matières les plus chères de la palette, selon l’origine de la plante et sa teneur en irones, de 50 000 euros à 80 000 euros le kilo pour l’absolu Pallida. C’est la variété la plus noble en parfumerie, initialement cultivée sur les collines calcaires de la région d’Arezzo, en Toscane.

Mais la production de la plante en Italie est en déclin depuis les années 1980 (10 tonnes en 2014) quand elle s’est exportée ailleurs, en Chine (100 tonnes en 2014), dans les Balkans et au Maroc. Là-bas, la variété Germanica, plus robuste et plus facile à cultiver, est courante, mais son rendu olfactif est moins subtil. Plus près de nous, Chanel a replanté des rhizomes Pallida sur un hectare et demi à Pégomas, près de Grasse, et les premières extractions sont destinées au N°19 poudré. «Nous allons obtenir de petites quantités au début, mais nous comptons augmenter la surface chaque année en multipliant les rhizomes » confie Christopher Sheldrake, parfumeur maison.

De l’Italie à la Chine et aux Landes

C’est justement pour parer à cette pénurie italienne que Biolandes, spécialiste des matières premières naturelles, a replanté la fleur mauve dans les terres sablonneuses des Landes de Gascogne, sur un terroir traditionnellement dédié au maïs. La première production d’extrait Pallida 100% Landes a eu lieu en 2005, après douze ans de recherche. De plus, l’entreprise annonce avoir mis au point un procédé de maturation innovant, permettant de réduire le temps de séchage des rhizomes de près de trois ans à… quelques heures, et promettant une qualité comparable à l’extrait haut de gamme. 

Si l’iris est l’objet d’autant de recherches, c’est parce qu’il reste irremplaçable dans la palette des parfumeurs. «Mélangé aux cristaux tels que la coumarine, la vanilline ou l’héliotropine, il amplifie leur impact poudré, souligne Jean Guichard, de l’école de parfumerie Givaudan. Mais cette matière est aussi florale, proche de la violette, et boisée. Dans une composition, elle fait le lien entre ces trois facettes.»

Beaucoup désignent L’Heure Bleue comme l’archétype du parfum poudré mais on pourrait aussi nommer nombre de premiers parfums Guerlain puisque l’iris entre dans la composition de la fameuse Guerlinade. «Son odeur est ronde, enveloppante et mate, chic par excellence. De plus, elle traverse le parfum et elle est tenace. C’est simple, sentir un absolu Pallida italien donne l’impression de s’envoler», estime pour sa part Sylvaine Delacourte de chez Guerlain et auteure du blog espritdeparfum.com. Surtout, ne pas croire que l’ingrédient est réservé à de «vieux» parfums, puisque c’est un iris gourmand – La Vie est Belle de Lancôme –, qui caracole actuellement en tête des ventes.

Une nouvelle vie en cosmétique

Depuis quelque temps, la plan,te qui avait connu son heure de gloire avec les poudres (voir encadré), se hisse aussi parmi les actifs stars revendiqués dans l’anti-âge, tel ce Soin jeunesse fermeté à l’iris de Dr Renaud qui développe ses bienfaits dans un long rituel en cabine d’esthétique.

Kiehl’s (L’Oréal Luxe) affiche aussi une Essence traitante à l’extrait d’iris Florentina. Il est vrai que le nom de la fleur est un gage de naturel bienvenu mais sa pertinence pour lutter contre les effets du temps est aujourd’hui démontrée. «Le perfectionnement des techniques d’investigation comme d’extraction a mis en évidence le large spectre anti-âge de l’extrait issu du rhizome explique Lionel De Benetti, consultant cosmétologue. «On avait déjà observé qu’il avait un bon effet barrière ; maintenant, on mesure aussi ses actions en profondeur, avec notamment une bonne protection contre la glycation et l’oxydation au niveau du derme.» Pratiquement, l’intégrer dans une lotion prétraitement comme celle de Kiehl’s stimule la réactivité des cellules aux soins à venir et le positionne comme l’actif parfait du layering venu d’Asie. «En plus il se formule facilement, sans odeur ni couleur», conclut Lionel De Benetti. Un ingrédient qui a donc encore beaucoup d’avenir.

les chiffres230 tonnes, la production mondiale estimée en 201450 kg d’absolu iris produit chaque année dans le monde16 tonnes de rhizomes pour obtenir 1 kg d’absolue d’iris36  heures… La durée moyenne de la distillation. Une fleur qui fait parler la poudreL’iris au service de la beauté, c’est une longue histoire prenant son essor en Italie grâce à Catherine de Médicis, qui lance la fragrance avec ses gants parfumés et qui, en épousant Henri II, l’exportera en France… Un peu plus tard, au XVIIe siècle, le rhizome pilé puis tamisé est mêlé à la poudre de riz pour parfumer les perruques et les cheveux des cours d’Europe de sa délicate envolée de violette. Cet ancêtre de nos poudres de maquillage a installé l’iris comme l’étalon de la note poudrée, avec ses facettes de violette, de bois et de baume. Il serait difficile de proposer un tel produit sans y associer une inflexion irisée tant celle-ci définit le parfum du fard.

Facebook
Twitter