Les cheveux face au défi du temps

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Désormais investi par le soin du cheveu, l’anti-âge se décline à travers des actifs aux différents modes d’action. Ils peuvent toucher aussi bien le bulbe que la fibre elle-même ou encore les deux à la fois.

Longtemps réservé au skincare, l’anti-âge s’ancre dans le capillaire. Au même titre que la peau, les cheveux subissent les stigmates du temps. Lorsqu’ils commencent à blanchir, ils se font aussi moins nombreux et perdent en tenue. «Les actifs anti-âge représentaient 3% du marché capillaire en 2010. Avant cette date, aucune allégation de ce type n’était répertoriée tandis qu’après 2013, on observe un essor significatif (1), analyse Yohanna Sander, product manager anti-âge chez Seppic. En fait, c’est tout le segment du capillaire qui progresse. Par ricochet, l’anti-âge en bénéficie aussi.» Mais le sujet peut s’avérer complexe, de par la structure même de la chevelure. Elle se compose de deux entités très différentes : d’une part, les fibres biologiquement mortes ; d’autre part, les follicules pileux fixés dans le derme, où s’élaborent les cheveux. «C’est sur ces deux axes que nous pouvons intervenir en matière d’anti-âge», explique le docteur Bruno Bernard, expert en biologie du cheveu chez L’Oréal.

Concernant la fibre capillaire, «notre challenge était de renforcer le cheveu, de lui assurer maintien, masse et brillance, raconte Valérie Jeanne-Rose, ingénieur chimiste chez L’Oréal. Nous avons alors exploré la technologie des sol-gel, en nous focalisant sur les silanes.» Sol-gel est la contraction de «solution» et de «gélification» : au contact de l’eau, ces molécules, comme les silanes, sont activées et se condensent les unes aux autres. Elles vont prendre la forme de composés plus gros, constituant un gel.

Cibler les follicules pileux

«Ces entités sont en affinité avec les fibres capillaires, elles se diffusent à l’intérieur de celles-ci et continuent à se gélifier, détaille la chimiste. Elles vont durablement renforcer leurs propriétés mécaniques. Les sol-gel sont une technologie de rupture qui apporte de la tenue à la chevelure.» Un véritable réseau tridimensionnel se crée au cœur du cheveu.

Les follicules constituent aussi une cible de choix pour les actifs. «Le cuir chevelu vieillit, il subit des modifications au cours du temps», explique Bruno Bernard (voir encadré). Ainsi, l’actif anti-chute développé par L’Oréal, la Stemoxydine, agit sur le bulbe en le préparant à fabriquer une nouvelle fibre. «Lorsque le follicule pileux prend de l’âge, il impacte la densité du cheveu. C’est un déclin progressif que l’on détecte dès 35 ans. La Stemoxydine, en améliorant le fonctionnement du follicule, va maintenir une activité optimale des cellules souches, afin de conserver ou de restaurer la densité capillaire, détaille-t-il. Elle contre les effets liés à l’âge.»

Le fournisseur d’ingrédients Exsymol aborde également la problématique par la peau, c’est-à-dire par le bulbe capillaire. «Notre actif Capalgin est capable de prolonger la durée de la phase anagène, c’est-à-dire la phase de croissance», détaille Christophe Paillet, directeur de la communication. Récolté en Nouvelle-Écosse, au Canada, cet extrait d’algue rouge «ralentit la chute et accélère la pousse, comme nous l’avons mis en évidence dans des études in vitro», ajoute le responsable.

Jouer sur plusieurs tableaux

Enfin, certains actifs agissent à la fois sur le bulbe capillaire et sur la fibre. Le Sepicap MP de Seppic, par exemple, possède cette double action. Thermo-actif, il va réagir aux agressions thermiques comme la chaleur du sèche-cheveux. «Il s’agit d’un lipoaminoacide biomimétique associé à du panthénol, détaille Yohanna Sander. Il intervient sur le métabolisme cellulaire de la racine tout en protégeant la fibre contre les radicaux libres.»

Par ailleurs, à l’image de la continuité qui existe entre la peau du visage et celle du crâne, le marché s’est enrichi d’actifs skincare objectivés pour le capillaire. Comme le complexe minéral Sepitonic M3 de Seppic, qui protège contre le stress et la pollution. «Nous avons démontré qu’il boostait le mécanisme cellulaire et l’oxygénation de l’épiderme et, par conséquent, celle du cuir chevelu», indique Yohanna Sander. Chez Exsymol, c’est le Capillisil qui a été testé pour son action au niveau du tissu conjonctif du cuir chevelu. Plus précisément, il s’agirait de «proposer l’association de ce silanol concentré en silicium avec l’actif Capalgin», explique Christophe Paillet.

D’autres actifs sont déjà positionnés sur le segment capillaire. C’est le cas du Keracyn, obtenu à partir des feuilles d’artichaut, légume très riche en antioxydants, proposé par le fournisseur d’ingrédients cosmétiques Provital. «Nous avions précédemment démontré la capacité de préservation du capital lipidique et protéique du cheveu par Keracyn, sa capacité à améliorer la brillance et à limiter l’affadissement de la couleur», affirme Carole Deledicque, ingénieur technico-commercial chez Provital. Sur le secteur capillaire, l’anti-âge a décidément l’embarras du choix.

*Source : Mintel.Une vie en plusieurs tempsLa croissance des cheveux se déroule selon un cycle, appelé cycle du follicule pileux. Il suit une alternance de phases de croissance (phase anagène) et de dégradation (phase catagène), en fonction de l’activité des cellules souches selon que le cheveu pousse ou non. Pendant la phase catagène, l’activité de la racine se réduit peu à peu. Puis, lorsque la croissance s’arrête, une phase de latence de deux à trois mois s’installe (phase télogène). Le cheveu va ensuite tomber et une nouvelle phase anagène va pouvoir recommencer. Lorsque le cuir chevelu vieillit, la durée de la phase de latence augmente, aboutissant de façon statistique à une perte de densité.

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