La e-parapharmacie se structure

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Entre multiplication des rachats et des levées de fonds, le marché de la e-parapharmacie se concentre. Les professionnels de la pharmacie et du commerce en ligne affichent leurs ambitions européennes.

Si 2015 a été marquée par une succession de rachats et de levées de fonds dans le secteur de la parapharmacie en ligne, 2016 le sera tout autant, avec en outre l’arrivée de E.Leclerc. Pour mémoire, en septembre dernier, le belge Newpharma (CA HT : 25 millions d’euros, dont 25% en beauté) a repris les français paraseller.fr et parafemina.com, moins d’un an après avoir acquis monguidesante.com. Son compatriote Pharmasimple (CA : près de 10 millions d’euros) a levé 400 000 euros en avril dernier, en plus des 648 000 euros rassemblés en juillet 2014. Et il ne compte pas s’arrêter là. Il cherche de nouveau des financements, cette fois d’un montant de 1 million d’euros. En septembre dernier, Santédiscount (CA : 15 millions d’euros) levait 2,5 millions d’euros. Tous sont animés par un même objectif : internationaliser leur activité de vente de produits de parapharmacie en ligne. Revendiquant la troisième position des sites de para en Belgique, présent en Allemagne, en Autriche et en France, Newpharma a, par ses dernières acquisitions, accru sa présence dans l’Hexagone, qui pèse désormais un tiers de son business. «Nous voulons être présents en Italie, en Espagne et en Angleterre avec des sites dédiés. La para est un concept très français : 80% des produits vendus sont made in France. Mais ce n’est pas le pays où le commerce en ligne de produits dermocosmétiques est le plus développé. Il représente près de 5% du marché total, estimé à plus de 4 milliards d’euros. Il pèse encore moins lourd en Espagne et en Italie. En revanche, le taux de pénétration est de 10% au Royaume-Uni», constate Loïc Lagarde, directeur général de Santédiscount. Cet ancien de Google et de Youtube a été recruté fin 2014 pour accélérer la croissance et assurer le lancement à l’international du site créé par deux pharmaciens de Toulouse, Raoul Chiche et Jean-Gabriel Carrier.

Une fenêtre de tir

«Il y a une fenêtre de tir pour des acteurs référents, déclare Loïc Lagarde, mais aussi pour de nouveaux intervenants», comme E. Leclerc. L’entrée du leader de la parapharmacie en GMS n’est d’ailleurs pas passée inaperçue. Le groupe E.Leclerc (8% de part de marché valeur hors Internet, 224 portes), après avoir racheté en 2013 les e-boutiques de lentilles de contact Candelens et de dermocosmétique Santessima, a mis en sommeil cette dernière pour lancer officiellement sa e-parapharmacie avec possibilité de retirer les produits en drive, en même temps que les courses alimentaires. La para en ligne a mis plusieurs années à voir émerger des acteurs de poids (réalisant plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires). Cette lenteur s’explique par les initiateurs de ce marché : des titulaires de pharmacie, comme l’exige le contrat de distribution sélective, qui, faute de moyens humains et financiers, ont eu du mal à construire un business model. En l’absence d’investissements en communication, les consommateurs français n’ont pas non plus été habitués à acheter leurs produits dermocosmétiques sur le Web. Résultat : le marché a tardé à se structurer. Aujourd’hui, il est convoité par des groupements de pharmaciens comme Lafayette Conseil et des titulaires qui ont su s’entourer de spécialistes de la cyber-économie ou de la logistique tels que Santédiscount, Newpharma et Easyparapharmacie (CA : plus de 10 millions d’euros). Cette dernière enseigne, créée par Cédric Prosper, propriétaire d’une officine à Cagnes-sur-Mer, et des professionnels du e-commerce, vient de lancer son site au Royaume-Uni.

Une vive concurrence des places de marché

«Beaucoup d’acteurs jettent l’éponge après des années de stagnation et de rentabilité nulle. En 2015, nous avons reçu cinq ou six dossiers de rachat de sites marchands», reconnaît Mike Vandenhooft, cofondateur de Newpharma. La concurrence s’est par ailleurs durcie avec l’arrivée des marketplaces et des plateformes de vente comme 1001parapharmacies (CA : plus de 15 millions d’euros), qui n’est pas directement gérée par une officine. À ce titre, elle soulève l’ire de nombreux professionnels de la croix verte, à commencer par l’Ordre des pharmaciens qui l’a assignée, en juin dernier, pour la livraison de médicaments. Plus récemment, 1001pharmacies a saisi l’Autorité de la concurrence pour «pratiques anticoncurrentielles» de la part de Caudalie, qui lui refuse la distribution de ses cosmétiques. L’Autorité doit donner son avis dans les six à douze mois qui suivent le dépôt de la demande, fait le 7 décembre 2015.

Face à cette multiplication de l’offre, la visibilité reste un élément clé pour les e-parapharmacies. Santédiscount a de nouveau signé pour une campagne télé sur la TNT. Pour leur part, les équipes digitales d’Easyparapharmacie sont parties à la rencontre de consommateurs «influenceurs», invités à des soirées thématiques dans les grandes villes de France et les capitales européennes. Une box de produits étaient remise aux participants. Chacun veut se faire une place sur ce marché tant convoité de la para et surtout, du médicament en ligne. D’autres rachats et augmentations de capital sont attendus cette année.

Trois questions à Michaël Willems, CEO fondateur de pharmasimple.comLe marché de la parapharmacie en ligne se durcit-il ?Michaël Willems. : Les Belges ont été parmi les plus dynamiques car notre marché intérieur étant petit, nous sommes obligés de regarder très vite en dehors de nos frontières pour nous développer. Ma femme et moi, tous deux pharmaciens, avons lancé Pharmasimple.com en 2010. Pendant deux ans, nous avons appris les points positifs et négatifs du digital. Depuis cinq ans, la concurrence s’accélère. Il n’y a plus de place pour de petits acteurs dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1,3 M€. Leur seule opportunité est de vendre à des plus gros comme nous. Nous nous apprêtons à reprendre un site français et nous n’excluons pas un autre rachat. Nous avons réalisé deux levées de fonds, en 2014 et en 2015. Nous cherchons un financement de plus de 1 million d’euros. Il faut arriver très vite à une taille critique afin de rester compétitif. La pression sur les prix est très forte.Justement, comment négociez-vous avec les marques ?M. W. : Nous nous fournissons partout en Europe, là où les tarifs sont les plus attractifs. La Commission européenne devrait d’ailleurs se pencher prochainement sur les politiques tarifaires des laboratoires, différentes d’un pays à un autre, selon leurs filiales européennes.Quels sont vos projets ?M. W. : Aujourd’hui, l’activité sur le Net a supplanté celle de nos trois officines avec un chiffre d’affaires de plus de 10 M€. Nous livrons onze pays européens et avons créé des sites en Allemagne, aux Pays-Bas et, depuis peu, en Espagne et en Italie. Dans les prochaines années, nous comptons livrer les États-Unis.

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