Dans la forêt des bois ambrés

Ceux que l’on a surnommés péjorativement «bois qui piquent» sont la nouvelle lubie des nez. On comprend pourquoi quand on sait qu’ils apportent autant de modernité que de puissance au parfum.

C’est l’Ambroxan, molécule de synthèse artificielle découverte en 1950 – obtenue à partir du sclaréol, composé naturel issu de la sauge sclarée –, qui a donné son nom à cette nouvelle famille d’ingrédients que les récents blockbusters masculins ont starifiée. Chaque maison de composition en a développé une ou plusieurs : Amber Xtreme, Cedramber, Cashmeran, Operanide et Trimofix (IFF), Amberketal et Ambermax (Givaudan), Cétalox et Norlimbanol, Z11 (Firmenich), Amber­wood et Ambrocenide (Symrise), assurément l’un des plus musclés. Comme pour les muscs blancs, la grande famille des bois ambrés est on ne peut plus hétéroclite. S’ils ont tous en commun de rappeler l’odeur de l’ambre (gris) – et pas du tout la note ambrée des parfums orientaux –, s’ils développent une note plutôt sèche, certains de ces «bois» ont un effet plus pointu, fusant, voire strident (Karanal, Amberkétal) lorsque d’autres sont plus ronds et enveloppants (Ambroxan et Orcanox de la société Mane). «Pour se convaincre de leur omniprésence, il n’y a qu’à se promener dans l’aéroport de Dubaï : ça sent le Z11 partout !», s’amuse Anne Flipo, parfumeur chez IFF.

Ils ajoutent de la matière, du velouté

Il y a finalement dans la palette assez peu de notes boisées naturelles (vétiver, cèdre, santal et patchouli – bien que ce dernier ne soit pas un bois, il est classé dans cette famille). Première qualité indéniable de ces molécules : elles renouvellent les propositions tout en donnant une forme de modernité aux plus classiques. Dans Illicit (Jimmy Choo), Anne Flipo a glissé un paquet de Cedramber et de Cashmeran pour booster le caractère ambré du labdanum et illuminer la composition. Idem dans L’Homme Idéal Cologne (Guerlain) où les bois ambrés rajeunissent le duo patchouli-vanille sagement classique. Dans Bleu eau de parfum (Chanel), ils ajoutent de la matière, beaucoup de velouté.

«Toutes ces molécules donnent un lift au parfum. Elles sont comme une colonne vertébrale et lui offrent une espèce de vibration», explique Émilie Coppermann, parfumeur chez Symrise. Dans Invictus (Paco Rabanne), ils apportent à la composition un éclat presque futuriste, un petit côté fluo : «J’ai mis 1% d’Amber Xtreme marié à une autre molécule boisée-ambrée, l’Operanide», explique Anne Flipo (ces deux-là fonctionnent si bien ensemble que dans 95% des cas, lorsque le premier est convoqué, il est marié au second). «Ils évoquent davantage pour moi des sons, ceux des instruments dans un orchestre : celui du triangle, discret, ou carrément du cor ou du tuba», ajoute Anne Flipo. Stars du moment, les bois ambrés symbolisent notre époque où la parfumerie est sommée de s’affirmer, de dire ce qu’elle est.

Un bois ambré grand angleIl y a quelques jours, IFF, dont les bois ambrés sont l’une des spécialités, mettait au cardex une toute nouvelle molécule baptisée Ambertonic. Qualifié par les parfumeurs de «nerveux et dynamique» tout autant que «sensuel et animal», ce captif à large spectre développe des inflexions musquées et légèrement poudrées. «Cette molécule est d’autant plus intéressante qu’elle est particulièrement racée et addictive», ajoute Anne Flipo.

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