3 questions à Ariel Ohana

©William Parra pour CosmétiqueMag

Associé fondateur de la banque d’affaires Ohana & Co, il a, au cours de ces derniers mois, été notamment le conseil de Procter & Gamble lors de sa cession de Rochas à Interparfums, de Kosé (Tarte Cosmetics) ou encore de TPR (Mally Girl).

Côté acquisitions, l’année a été marquée par les indies. Comment définiriez-vous ce phénomène ?

Ariel Ohana : Il s’agit de marques jeunes – de moins de quinze ans –, le plus souvent américaines et qui sont allées sur des territoires innovants. Celles qui ont réussi ont généralement délaissé la stratégie multiréseau pour se concentrer sur quelques partenaires, comme Sephora, Ulta ou QVC dont elles ont accompagné le développement. Ces derniers, qui devaient trouver des marques indépendantes pour progresser en Amérique du Nord où les marques sélectives privilégiaient les grands magasins, ont en effet connu une très forte croissance. C’est le cas d’Ulta, dont le chiffre d’affaires est passé de 423 millions de dollars en 2004 à 3,24 milliards de dollars en 2014.

Y a-t-il des indies en Europe ?

A. O. : L’absence d’entrée de nouveaux acteurs majeurs dans la distribution sélective explique notamment le faible nombre d’indies de ce côté-ci de l’Atlantique. Il existe néanmoins plusieurs belles réussites en France, dont Nuxe et Caudalie qui ont toutes les deux dépassé les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ces deux marques ont misé sur la pharmacie qui, d’une certaine manière, est le nouvel entrant majeur dans le secteur de la beauté. Mais les officines n’ont pas le même positionnement en dehors de l’Europe du Sud et ces marques doivent donc trouver une autre distribution pour se développer à l’étranger.

Comment expliquer que les principaux mouvements sont américains ?

A. O. : Comme 2014, 2015 a été, à deux exceptions près (le rachat de Hypermarcas au Brésil par Coty et Rochas cédé par Procter à Interparfums), une année américaine et c’est normal car la conjoncture influe sur les fusions-acquisitions. L’Europe stagne. On peut parler de déception pour les Bric : la décroissance s’installe en Russie, en Inde et au Brésil, la Chine ralentit… Or, aux États-Unis, tout va bien. Enfin, l’année est effectivement américaine avec la reprise par Coty d’une grande partie de l’activité beauté de P&G – une acquisition «tectonique» –, l’entrée d’Unilever dans le prestige avec trois acquisitions aux États-Unis, et l’incroyable appétit de Walgreens qui finalise l’acquisition de Boots et va reprendre Rite Aid pour 17,2 milliards de dollars.

Les indies tirent la croissanceCroissance comparée entre une sélection d’indies et le sélectif américainmarques201220152015/2012Six indies*175 M $500 M $+185 %Prestige américain13 200 M $16 200 M $+23%Source : NPD (estimation pour 2015) et Ohana& Co, * Six marques listées ci-dessous. Près d’un demi-milliard de dollars de CA et une croissance fulgurante pour ces six jeunes sociétés sélectionnées par Ohana & Co : Tarte Cosmetics (1999), Nyx Cosmetics (1999), GlamGlow (2010), Kate Somerville (2004), Too Faced (1998) et Mally Girl (2005), toutes ayant été rachetées en 2014 et 2015. Elles ne sont qu’un exemple de la vitalité de ces indies qui tirent le marché américain et suscitent l’appétit des grands groupes et celui des fonds.

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