La pollution, nouveau combat de l’anti-âge

fototrav/Getty Images

Particules fines, oxydes, hydrocarbures… De plus en plus testés et documentés, les méfaits de la pollution sur le visage sont devenus la cible de soins boucliers.

Si le vieillissement cutané est une réalité inéluctable contre laquelle la cosmétique essaie de lutter, retarder les signes de l’âge passe par une bonne protection et une réparation des agressions extérieures. Après avoir beaucoup travaillé sur le photovieillissement, les laboratoires s’orientent de plus en plus sur les dommages liés aux modes de vie urbains, en particulier sur la pollution, selon une tendance venue d’Asie où les masques protecteurs et les applications indiquant l’indice de pollution se multiplient. «C’est un thème qui explose depuis quelques années, explique Riva Brinet-Spiesser, EMEA zone marketing manager de Seppic. Selon Mintel, les produits avec des revendications antipollution ont progressé de 40% dans la zone Asie-Pacifique entre 2012 et 2014.»
Alors qu’il était à la tête de la recherche de Clarins, Lionel De Benetti s’est intéressé aux effets de la pollution de façon très empirique «en constatant que la voiture de Jacques Courtin, blanche à l’origine, était couverte d’une pellicule grise à la fin de la journée, raconte-t-il. Nous avons alors lancé des tests pour connaître les effets des gaz d’échappement et la fumée de cigarette sur les kératinocytes et les fibroblastes, qui se sont révélés néfastes pour leur oxygénation et le renouvellement cellulaire». Aujourd’hui, les méthodes de test ont évolué et ont «mis en avant des dommages sur des gènes sur ou sous exprimés», complète Lionel De Benetti. Kiehl’s (L’Oréal Luxe) a relevé cinq formes de pollution majeures : les particules fines, les oxydes, les composés organiques volatils, les hydrocarbures aromatiques polycycliques et l’ozone. Tous sont responsables du stress oxydatif avec une hausse de la production de radicaux libres, du dysfonction­nement de la barrière cutanée, de la cascade inflammatoire, d’une baisse de l’hydratation ou encore d’un désordre pigmentaire.

Des ingrédients protecteurs

«Contrairement aux UV, la pollution est plus difficilement évitable en ville et elle peut s’accumuler», rappelle Lionel De Benetti. La stratégie la plus couramment utilisée pour lutter contre ces maux est la protection. La bibliographie permet déjà de trouver de nombreux ingrédients végétaux à l’effet bouclier : les vitamines C et E antioxydantes, les algues, les plantes de l’extrême, le moringa, qui empêche les particules de se fixer (utilisé dans One Essential City Defense de Dior), la lampsane antiradicalaire et anti-inflammatoire (couramment utilisée chez Clarins)… Kiehl’s, dans son prochain Masque antipollution triple action, mise sur des ingrédients qui ont fait leur preuve, comme un extrait d’orange antioxydant, de la vitamine E anti-inflammatoire et de l’huile de graines de coriandre qui va renforcer la barrière cutanée.
Face à une hausse des demandes, les fournisseurs d’ingrédients ont étoffé leur offre d’actifs inédits ou ont repositionné un catalogue déjà existant. Mis sur la voie par l’un de ses distributeurs, ID Bio a exploré le potentiel antipollution de son antiradicalaire Cell’Intact, un actif issu des graines de sarrasin, lancé lors du dernier In-Cosmetics. «Nous avons fait des tests complémentaires ex vivo sur des épidermes reconstruits soumis à une exposition au benzopyrène, un polluant majeur», déclare Alexia Forestier, responsable marketing et communication du fournisseur. «Nous avions déjà des études sur son action anti­oxydante, ajoute Aïna Queiroz, responsable R&D. Ces nouveaux résultats montrent une réduction de la réponse pro-inflammatoire et une moindre sensibilisation de la peau, ainsi qu’un renforcement des claudines 1 et 4, des protéines de jonctions.»
Même idée chez Symrise qui a développé une méthodologie pour tester le pouvoir protecteur de ses ingrédients contre les effets des gaz d’échappement «proche des conditions réelles», insiste l’entreprise. Deux actifs végétaux se sont distingués : le SymVitalAR (extrait de la racine du gingembre) et le SymFinity1298 (issu de l’échinacée pourpre), qui luttent contre les dommages et augmentent la résistance aux agressions environnementales. Lucas Meyer (récemment entré dans le giron de l’américain IFF) est allé en Polynésie française pour trouver un exopolysaccharide extrait de kopara, ces amas microbiens qui s’accumulent aux abords des atolls. Commercialisé sous le nom d’Exo-P, il a la faculté de chélater les métaux lourds et de protéger du stress oxydatif.

Renforcer la barrière lipidique

Présent sur l’espace BBlab du dernier salon Beyond Beauty, dont le thème était «Peau & environnement», Seppic a présenté un concept baptisé Modern Life­style Protection Factors. «Nous nous sommes intéressés à l’ensemble des stress urbains et environnementaux liés à un style de vie moderne», explique Riva Brinet-Spiesser. La pollution fait évidemment partie des facteurs importants à l’origine du vieillissement prématuré de la peau et si la société met en avant ses anti­oxydants, comme Ephemer (actifs biotechnologiques qui renforcent la capacité anti­oxydante de la peau), elle imagine d’autres stratégies. «Pour lutter contre les agressions climatiques, l’une des options est de renforcer la barrière lipidique avec, par exemple, notre émulsionnant hydratant, le Montanov, ou l’Oligogeline qui va avoir un effet filmogène», poursuit-elle. Parmi les applications développées pour le salon, Seppic a aussi pensé à un nettoyant sans rinçage, l’Urban Detox Dry Cleaner. Un produit nomade, une autre demande du consommateur des villes.

Facebook
Twitter