Olfaction : la niche ouvre ses portes

Généralement plus audacieuse, la parfumerie alternative décline cette année les grands succès du marché sélectif et réinterprète les codes à sa façon.

Après son explosion, ses expérimentations en tous genres et la sacralisation du oud, la parfumerie d’exception rentre dans le rang. «La niche reproduit cette année un petit marché sélectif», estime Aurélie Dematons, fondatrice de l’agence de conseil parfums Le Musc & la Plume. Serait-elle devenue mainstream ? Pas d’innovation de rupture en effet, mais une réappropriation des codes qui bougent sur le cœur de marché. Ainsi, les fleuris, surreprésentés dans les féminins traditionnels, émergent parmi les parfums rares, essentiellement mixtes. Dans I Miss Violet de The Different Company, Bertrand Duchaufour réinvente le floral-violette avec des accents cuir, accord chéri de la niche. Mais le travail devient plus délicat lorsque l’on ajoute des facettes fruitées à l’exercice floral. Si c’est le côté fun et pétillant qui est retenu pour une cible féminine en sélectif, il se veut plus pointu chez les mixtes avec des notes moins convenues comme une figue épicée dans Figuier Ardent de Ralf Schwieger (Mane) pour la collection Azur d’Atelier Cologne

La facette sucrée s’invite

Surtout, la tendance star du marché – l’overdose de gourmandise – s’est immiscée dans la catégorie. Mais différemment. «Les gourmands sont plus élégants, ils ne misent pas tout sur le maltol», souligne Aurélie Dematons. Dans Fève Délicieuse de la Collection Privée de Dior, le parfumeur maison François Demachy joue sur une harmonie fève tonka, vanille et sur un accord baumé. Le café, popularisé l’an dernier par Black Opium d’YSL, fait des petits. Comme Nanban d’Arquiste, où Rodrigo Flores-Roux (Givaudan) le mêle à des épices fumées et lui retire un peu son côté gustatif. Pour Thomas Fontaine (Pallida), c’est une touche de sirop d’érable qui rend addictif Selfie d’Olfactive Studio. Dans le dernier-né de L’Atelier de Givenchy, Immortelle Tribal, Alexandra Carlin (Symrise) réchauffe l’accord résineux d’une facette pyrasine, connue pour son effet noisette. Enfin, chez L’Artisan Parfumeur, la gourmandise se fait extrême avec Noir Exquis, signé Bertrand Duchaufour. L’idée de pâtisserie raffinée se glisse à tous les étages : café torréfié, sirop d’érable, accord marron glacé, avec une touche de fleur d’oranger et des bois. La construction se révèle élégante, sans être trop sirupeuse. La niche ne veut pas tomber dans l’hyperglycémie.

La parfumerie de niche a aussi ses classiques

Seuls les boisés et les orientaux-boisés continuent de miser sur des partis pris de rupture. Certains jouent l’androgynie, avec des notes épicées ou des ingrédients surprenants, comme le wasabi utilisé par Clément Gavarry (IFF) pour Panorama d’Olfactive Studio. Mais ce sont surtout les accords cuirs et ambrés qui réchauffent les bois : African Leather de Memo (Aliénor Massenet, IFF) ou Cuir par Le Galion (Vanina Muracciole). Les facettes animales-baumées frôlent le chypre : le ciste dans Tellus des Liquides Imaginaires (Nadège Le Garlantezec, Givaudan), le castoréum dans Atramental de Room 1015 (Flair)… Enfin, le oud reste présent chez Atelier Cologne, Goutal ou Kurkdjian

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