Conjoncture : un monde en mutation

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Le salon Luxe Pack de Monaco s’est ouvert dans une ambiance particulière cette année. Rachats et alliances se succèdent pour mieux faire face aux exigences des marques de demain.

L’année 2015 a été très dense pour le secteur de l’emballage, où cessions, acquisitions et fusions se sont succédé. Deux annonces, qui ont accompagné l’ouverture du salon Luxe Pack (du 21 au 23 octobre à Monaco) sont venues alimenter la chronique. PSB Industries (chiffre d’affaires : 262 millions d’euros) a révélé dans un communiqué son entrée en négociation exclusive en vue d’acquérir Topline Products (lire p. 18).«Ce projet répond à plusieurs enjeux stratégiques, souligne Olivier Salaun, PDG de PSB Industries. Il renforce nos capacités en matière de développement et d’innovation, il nous permet d’élargir et de diversifier notre portefeuille client tout en nous donnant accès à de nouvelles technologies et à une zone où nous n’étions pas implantés, l’Asie.» Le périmètre concerné par la transaction représente un chiffre d’affaires proche de 75 millions de dollars. Il devrait rejoindre début 2016 le pôle luxe et beauté de son nouveau groupe, représenté aujourd’hui par Texen, spécialiste de l’injection plastique.
À peine 24 heures plus tard, le groupe Pochet (464 millions d’euros de chiffre d’affaires, répartis entre les trois entités Pochet du Courval, Qualipac et Solev) a annoncé le projet de cession de Qualiform, une entité de Qualipac spécialisée dans le flaconnage plastique. «Ses technologies sont très différentes de celles du reste du groupe, peu de synergies étaient possibles. Elles viennent s’insérer de façon beaucoup plus cohérente dans les activités de Certina Holding», affirme Tristan Farabet, directeur général du groupe. Le repreneur est une société d’investissement allemande qui possède déjà deux entreprises dans l’emballage plastique, Rebhan et Hermann Koch (respectivement 22 et 24 millions d’euros de chiffre d’affaires).

Un contexte propice aux alliances

L’heure est propice aux nouvelles alliances. Le contexte économique y est favorable. Et la constitution de ces ensembles peut aider les industriels à mieux répondre aux défis qui les attendent en 2016. Le ralentissement de la croissance dans des pays clés comme le Brésil ou la Chine présage une année complexe. Mais passer par un rachat n’est pas la seule option. Nombre de fabricants ont choisi d’établir une forme de partenariat. Une façon moins coûteuse de diversifier leur savoir-faire. Le groupe Pochet a ainsi signé une joint-venture à 50/50 avec le sud-coréen Samhwa Plastic pour lancer Pure Drop (visuel ci-contre). Cette solution airless haut de gamme offre une totale liberté de personnalisation en termes de design du flacon. Elle est née d’un paradoxe : alors que l’airless est le type de packaging le plus adapté aux formules fragile, il est sous-représenté dans le secteur du luxe en raison de contraintes esthétiques.

DuPont et Eurovetrocap se sont également associés. Résultat : Airlux, un flacon airless surmoulé en Surlyn. Ce processus permet de décorer l’intérieur comme l’extérieur, donnant ainsi un effet de profondeur. Une marque de soin italienne s’est déjà laissé séduire. Les deux partenaires ont pu dévoiler leur réalisation lors du salon monégasque. «Nous souhaitons toujours travailler sur le parfum, un domaine dans lequel le Surlyn est une référence mais nous voulons aussi transposer ses qualités esthétiques sur d’autres segments», déclare Philippe Milazzo, global market manager cosmetic & perfume packaging chez DuPont. Une nécessité pour continuer à croître, à l’heure où les performances du parfum inquiètent les professionnels. «Le marché international du parfum n’est pas très dynamique, précise Tristan Farabet. Il a longtemps été porté par une hausse des prix qui n’était pas soutenue par une augmentation du volume. Or, on arrive aujourd’hui à un moment où il est difficile d’augmenter les prix.» Les perspectives sont donc limitées pour l’année à venir. Mais à long terme, elles pourraient évoluer. Il reste un espoir : la Chine. La coutume de se parfumer n’y est pas encore installée. Le jour où elle s’imposera, elle donnera un puissant élan au marché.

«Il y a peu de créations»

En attendant, les difficultés des marques se répercutent sur les différents fournisseurs. «Le marché ralentit, il y a peu de créations, ce qui signifie également peu de nouveaux moules. Les moulistes sont très impactés, décrit Olivier Caspar, directeur général des Verreries Brosse. Comme le gâteau ne grossit pas, la compétition s’intensifie entre verriers, il faut trouver des axes pour se démarquer.» Ces fabricants ont tous mis leurs innovations en avant lors du salon. Les Verreries Brosse travaillent sur un process inédit pour offrir plus de liberté dans la répartition du verre. Le groupe Pochet ainsi que SGD ont fait valoir leur capacité à sculpter et décorer l’intérieur des pots.
Mais la situation n’est pas sombre pour tout le monde. En période de faible croissance, certains segments tirent leur épingle du lot. C’est le cas du maquillage, favorisé par ses prix plus accessibles. Les activités promotionnelles telles que l’échantillonnage ont également le vent en poupe. Une tendance confirmée par Cosfibel, spécialiste des coffrets cadeaux. «Nous avons réalisé une bonne année, à +15%, affirme Ilan Schinazi, PDG. Nous ne sommes pas impactés par les difficultés liées à la conjoncture car, en situation de crise, les marques cherchent à dynamiser leurs ventes avec des promotions, à trouver des idées originales pour se démarquer». L’économie morose fait grincer des dents nombre de professionnels. Mais elle a au moins l’avantage de stimuler l’innovation. Et les fournisseurs n’hésitent pas à être force de proposition. La clé pour une année 2016 réussie ?  

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