Environnement : les flacons tirent sur le vert

Usine Pochet

à l’heure de la COP21, les entreprises s’interrogent elles aussi au sujet de leur impact sur l’environnement. L’industrie du verre multiplie les initiatives pour être toujours plus verte.

Dans le monde de l’emballage, le verre fait figure de bon élève. Issu de matières premières naturelles, il est recyclable à l’infini. Il est également inerte, vis-à-vis de son contenu comme des éléments extérieurs avec lesquels il entre en contact. Solide, brillant, personnalisable, l’ensemble de ses caractéristiques en font un matériau de premier choix. Il n’empêche, le verre n’est pas parfait pour autant. Son processus de fabrication a un coût non négligeable pour l’environnement, et les professionnels  œuvrent à réduire son impact. Un sujet sous le feu des projecteurs à l’approche de la COP21, conférence qui vise à établir un accord international afin d’accélérer la transition vers des économies sobres en carbone.

Le cadre réglementaire régional et européen définit déjà les obligations des verriers. Pour eux, un seul objectif : aller au-delà, d’autant que le client est demandeur. «L’enjeu est important, car celui qui montrera la démarche la plus volontariste sera considéré comme un bon fournisseur», affirme Olivier Caspar, directeur général des Verreries Brosse. Pas moins de 10% des investissements de la société sont consacrés à des projets liés à l’environnement. L’allemand Heinz Glas cherche aussi à valoriser sa démarche. «Pour structurer nos différentes initiatives, nous avons créé l’an dernier une équipe dédiée aux questions de durabilité», déclare Jenny Rebhan, en charge de la communication corporate et membre de l’équipe durabilité. Une manière aussi de leur offrir plus de visibilité.

Limiter les gaz à effet de serre

La production de flacons génère d’importantes quantités de gaz à effet de serre. Tenus de contrôler leurs émissions, les fabricants disposent tous de filtres qui retiennent les particules présentes dans les fumées, issues de la fusion des matières premières. Pour améliorer leurs performances, les Verreries Brosse travaillent sur la formulation afin d’établir celle qui relâche le moins de dioxyde de carbone (CO2) pendant la création du verre.

De son côté, Pochet du Courval (groupe Pochet) a opéré un changement de technologie dans son usine de Blangy-sur-Bresle, en Normandie. Un choix qui a entraîné de véritables bouleversements. La taille et le poids plus importants de ce nouvel équipement ont nécessité le déplacement de machines ainsi que le renforcement des fondations du bâtiment. Représentant un investissement de 14 millions d’euros, le four à boucle est en service depuis janvier 2015. «Ce nouveau four offre des performances environnementales de premier ordre, représentant une baisse de 50% de CO2, à la tonne de verre tirée, tout en préservant les qualités de clarté, d’éclat et de transparence du verre haut de gamme Pochet du Courval», explique Pierre Dehe, directeur HSE (Hygiène sécurité environnement) et développement durable de la société.

Un autre axe de travail concerne le verre lui-même. Les fabricants prennent le soin de recycler leur calcin. À cela, deux avantages : moins de perte de matière et moins de dépenses énergétiques, grâce à un point de fusion plus bas. En bouteillerie, il est facile d’atteindre une proportion élevée de matière recyclée. Son taux peut dépasser les 90%. Impossible en cosmétique, où les cahiers des charges sont bien plus exigeants, en termes de couleur et de brillance. Un taux de 50% serait déjà plus que satisfaisant. SGD a souhaité développer une offre eco-friendly dédiée aux acteurs de la beauté. La société a lancé en 2008 son verre Infini, issu à 100% de calcin ménager.  

Le design aussi concerné

S’il a séduit quelques marques, d’autres se sont montrées réticentes. «Nous avons retravaillé la formule pour trouver un bon compromis entre la composition et leurs exigences», explique Astrid Dulau-Vuillet, responsable marketing international chez SGD. Résultat : un verre Infini Neo, composé à 90% de matières recyclées, dont 65% de calcin d’usine et 25% de verre ménager. Présenté au marché cette année, il a déjà séduit The Body Shop pour plusieurs références de parfum et de soin.

L’écoconception passe aussi par le design. Ces derniers temps, les écrins au poids de verre élevé sont très demandés. Une caractéristique qui augmente leur impact sur l’environnement. Outre le supplément de matières premières, leur poids entraîne un surcoût de transport. Pour améliorer ses performances, Pochet du Courval propose un nouvel outil de simulation numérique. Celui-ci devait être présenté officiellement lors du salon Luxe Pack Monaco qui s’est tenu fin octobre. «Simglass n’a pas été créé uniquement pour favoriser l’écoconception mais il agit beaucoup en ce sens, précise Mathieu Pivaudran, directeur marketing et création Solev et Pochet du Courval. Cette innovation, fruit de vingt ans d’expérience en numérisation, bouleverse la représentation réelle du comportement du verre et de ses décors par la simulation numérique, permettant notamment de voir avec exactitude la répartition interne et externe du verre. C’est un levier déterminant dans la vitesse des développements et l’économie d’essais consommateurs et de ressources.» De son côté, SGD a songé aux marques qui n’optent pas pour des développements spécifiques. «Nous travaillons la forme et le design de nos gammes standard pour réaliser des flacons moins lourds et diminuer leur impact carbone», décrit Astrid Dulau-Vuillet.
Récupération de chaleur
D’autres problématiques inhérentes à l’industrie peuvent susciter des idées créatives, en particulier l’exploitation de la chaleur. Produite par le verre en fusion, elle frappe quiconque s’approche de l’antre du four. Cette chaleur a attiré l’attention de plus d’un fournisseur, donnant naissance à des initiatives originales. «Cette année, nous avons commencé à faire de la récupération de chaleur sur nos process pour chauffer nos bâtiments», déclare Laurent Santarelli, directeur de l’usine de Vieux-Rouen-sur-Bresle des Verreries Brosse. Une façon d’optimiser la quantité d’énergie nécessaire à la fusion du verre.

En Allemagne, Heinz Glas s’est lancé dans un projet d’envergure, basé sur le même principe. «Nous avons utilisé la chaleur de nos fours pour créer une serre pédagogique, nous y cultivons des fruits tropicaux et nous y menons des projets de recherche avec une université partenaire», confie Jenny Rebhan. L’endroit reçoit des sorties scolaires et des visites en famille. Les productions sont vendues localement. Ce Klein Eden (Petit Eden) a été récompensé par le prix coup de cœur du jury du concours Luxe Pack in Green 2014. Classiques ou étonnantes, les initiatives concourent toutes à faire du verre une industrie modèle en matière d’environnement.

Pousser l’écoconception

L’emballage n’est pas le seul élément à soulever des problématiques d’ordre
environnemental. Sablage, brossage, polissage…, les différents parachèvements peuvent eux aussi polluer lors de leur réalisation ou même empêcher le recyclage. Les verriers proposent donc des options de décor écoresponsables pour permettre aux marques d’aller jusqu’au bout de leur démarche. Pour obtenir un verre opaque, les fabricants disposent ainsi d’ateliers de dépolissage propres. Chez SGD, par exemple, l’eau nécessaire à ce processus circule en circuit fermé. Par ailleurs, les fournisseurs mettent en avant les encres organiques ou encore les laques à base d’eau.

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