Enjeux climatiques : les entreprises s’arriment à la COP 21

De nombreuses entreprises se sont associées à la conférence onusienne sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre. L’occasion pour le secteur privé de s’engager pour une croissance responsable et durable, et d’entraîner les consommateurs.

Début octobre, une vidéo a fait le tour du Web. Pourtant, point de Cara Delevingne ni de Charlize Theron dans le rôle principal. Non, celui qui a fait le buzz, c’est Nicolas Hulot. Dans un film décalé de plus de cinq minutes, il tente de sensibiliser les jeunes à l’urgence climatique. Les stars de plusieurs Web-séries participent à la vidéo pour lui prodiguer des conseils loufoques, comme de rendre son discours plus «bad-ass»… «Nicolas a fait appel à nous pour qu’on trouve quelque chose d’original pour sensibiliser Internet, c’est pas pour faire un lipdub», indique un autre des faux conseillers. Et ça marche. En quelques heures, les serveurs qui hébergeaient la pétition «Osons», pour «demander aux chefs d’État réunis lors de la COP21 de s’engager résolument à adopter toutes les mesures nécessaires pour limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C», ont été saturés.

Pourtant, jusqu’ici, un taux important de jeunes n’avait jamais entendu parler de la 21e Conférence des Parties (COP21) qui doit réunir 195 États à Paris, du 30 novembre au 11 décembre. Et Nicolas Hulot veut profiter de cet événement majeur pour engager tout le monde dans son combat de protection de la planète : les États bien sûr, mais aussi les citoyens, jeunes ou non, et les entreprises. Malgré des polémiques récurrentes – éternelles ? – sur la liste des partenaires privés auxquels est ouverte la conférence onusienne, celle-ci s’allonge encore.

De LVMH au groupe Carrefour

À l’heure où nous bouclons, trente-huit mécènes ont été dévoilés, parmi lesquels LVMH, le groupe Galeries Lafayette, L’Oréal et Carrefour. Le numéro un français de la grande distribution est l’un des plus récents à avoir intégré le club, annonçant sa volonté de «réduire de 40% les émissions de CO2 issues de [ses] magasins d’ici à 2025». Un engagement qui passera par des actions antigaspillage, notamment la mise en place d’installations réfrigérantes moins énergivores.

Auparavant, c’est L’Oréal qui avait souhaité accélérer son engagement. «Nous avons l’ambition d’être carbon balanced en 2020, c’est-à-dire de capter autant de gaz que nous en émettons, a annoncé Jean-Paul Agon, PDG du groupe. Nous partageons le sentiment d’urgence et avons voulu accélérer notre transition. Les résultats obtenus nous encouragent à aller encore plus loin, à générer des gains de carbone en amont, en agissant sur toute la chaîne d’approvisionnement en matières premières.» Une déclaration faite sous l’œil de Nicolas Hulot, l’envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète, présent pour soutenir les avancées du numéro un mondial de la beauté en matière de développement durable. «Au-delà des accords pris par les États, si d’autres acteurs ne s’engagent pas unilatéralement, les chances de rétablir les grands équilibres climatiques seront compromises. La COP21 doit agréger les engagements des Etats et des entreprises», avait alors rappelé Nicolas Hulot.

L’occasion d’évoquer le concept de croissance sélective auquel il tient : «Il va falloir développer la croissance économique tout en faisant décroître les émissions de gaz». Un discours qui commence a être entendu. En effet, le 16 septembre, une trentaine de personnalités et chefs d’entreprise ont publié une lettre appelant à soutenir le Global Apollo Program. «Le but de ce programme mondial est de rendre les énergies renouvelables moins chères que le charbon d’ici à dix ans», a notamment rappelé la lettre, appelant «les principaux gouvernements à investir au moins 15 milliards de dollars par an en R&D».

Les fédérations aussi s’engagent

Parmi les signataires, Paul Polman, CEO d’Unilever, qui a déjà largement engagé son groupe sur la voie d’une croissance responsable. Bien que Unilever ne soit pas partenaire officiel de la conférence de Paris, la filiale française prévoit une communication corporate pour présenter son engagement et ses bonnes pratiques. François-Xavier Apostolo, vice-président personal care d’Unilever France, rappelle : «Nous, industriels des produits de grande consommation, avons le pouvoir d’améliorer les choses. Avec 2 milliards de points de contact chaque jour partout dans le monde pour Unilever, on peut convaincre les consommateurs». Impliqué de longue date dans la protection de la biodiversité, le Groupe Rocher sera également présent à la COP21 pour défendre une agriculture plus durable et lutter contre la déforestation. La Fondation Yves Rocher participe notamment à l’opération «1 arbre pour le climat» avec l’Association des maires de France.

De leur côté, plusieurs fédérations professionnelles s’engagent. Comme la Fédération européenne de l’industrie chimique dont le président, Jean-Pierre Clamadieu, affirmait en octobre, «nous voulons un accord fort, ambitieux et contraignant à Paris. Le changement climatique est l’un des plus grands défis pour la planète et nos objectifs sont en ligne avec ceux de la COP21».

Toutes les idées pour faire avancer le débat sur le climat sont réunies dans une sorte de boîte à idées, baptisée Solutions COP21. Là, les entreprises, partenaires ou non, les associations, les collectivités peuvent faire part des actions qu’elles ont mises en œuvre afin que d’autres s’en inspirent. Solutions COP21 organise par ailleurs une multitude d’événements.

Une Grande nuit de l’innovation

Une exposition ouverte à tous se tiendra au Grand Palais, en marge de la conférence onusienne. Et le vendredi 4 décembre, une Grande nuit de l’innovation doit avoir lieu, pour «montrer les grandes ruptures technologiques qui vont changer le monde de demain». Grands groupes et start-up sont invités à faire le show. L’enjeu est connu. Si Paris n’est pas une réussite, les phénomènes climatiques extrêmes que nous subissons aujourd’hui seront la norme demain. C’est pour cela, pour pousser les politiques, que Nicolas Hulot utilise Internet, appelant chacun à se mobiliser et à demander aux entreprises et aux États d’agir, enfin.

Réflexion sur le prix du carbone

Dans le cadre du projet de renforcement d’une forme de fiscalité écologique, des débats s’engagent sur la nécessité de définir collectivement un «prix du carbone». Aujourd’hui, une vingtaine d’acteurs seulement – entreprises ou pays – ont fixé un prix plancher auquel ils s’obligent à acheter leur énergie issue de ressources non renouvelables. L’Europe a initié en 2005 un «marché du carbone» mais le ralentissement économique à fait chuter le prix de la tonne, déjà assez bas lors de sa définition, rendant peu intéressants les investissements dans des énergies renouvelables. «Paris ouvre la voie à un élargissement de la tarification internationale du carbone. C’est une forme de boussole écologique qui dit la valeur que nous accordons au climat», indique Christian de Perthuis, économiste spécialiste des questions écologiques. Portée par différentes personnalités, dont Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, la fixation de mécanismes de tarification du carbone sera l’un des sujets de discussions de la COP21.

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