Drugstores : Boots, la vie avec Walgreens

©2014 Nasdaq/Walgreens

L’enseigne britannique de produits cosmétiques et pharmaceutiques a été rachetée, en deux temps, par l’américain Walgreens. De quoi booster la catégorie beauté ?

Lors de l’annonce de l’acquisition, en 2012, de 45% des parts de Boots, beaucoup d’analystes ont considéré que, au-delà de la création d’un leader mondial de la santé et du bien-être, la motivation principale de Walgreens était d’optimiser la stratégie fiscale de l’entreprise cotée en Bourse. Boots, acteur principal de santé et d’hygiène-beauté de centre-ville au Royaume-Uni, qui appartenait à une firme de private equity, elle-même majoritairement détenue par le Monégasque (fiscalement parlant) Stefano Pessina, était en effet domiciliée en Suisse. Et ce, malgré une histoire centenaire et une activité principalement britannique.

Trois ans après cette opération à 6,7 milliards de dollars, complétée l’an dernier par l’achat des 55% restants, le fait est que Walgreens est toujours américain. Cela ne signifie pas que les analystes s’étaient trompés sur les visées fiscales de ses dirigeants. Ils avaient tout simplement sous-estimé l’ampleur de la réaction, à la fois politique – avec l’intervention du président Barack Obama, rien de moins – et populaire, au moment où Walgreens laissait justement entendre que son siège administratif pourrait quitter la région de Chicago, où il a été fondé il y a plus d’un siècle (1901), et où l’ancien sénateur Obama a conservé de nombreuses attaches politiques et amicales.

Des performances en hausse

Walgreens a finalement renoncé officiellement à s’installer dans le paradis fiscal suisse le 5 août 2014. Cette acquisition majeure a-t-elle, au passage, perdu de son attrait pour le leader des pharmacies américaines ? Loin s’en faut. Le rachat de Boots s’inscrivait en effet dans le cadre d’une stratégie de diversification vers le secteur de la beauté, dans lequel Walgreens accusait un certain retard.

L’acquisition de drugstore.com et de beauty.com, pour 409 millions de dollars en 2011, annonçait ce virage stratégique, visant notamment à rendre plus attractifs la visite de ses 8 200 pharmacies à travers les États-Unis ainsi que son site Internet. Lesquels ont pu bénéficier du référencement du célèbre N°7 de Boots, star britannique des produits de beauté, qui a très vite connu un grand succès et permis de gonfler les ventes de Walgreens.

Trois ans après, la fusion des deux groupes est incontestablement une réussite. Dès la fin du premier exercice, le résultat brut doublait quasiment grâce, selon l’américain, principalement à l’apport de Boots. En avril dernier, les résultats annuels ont donné une vision plus large et concrète de l’impact positif du rapprochement : au premier semestre 2015, les profits ont doublé par rapport au premier semestre 2014, passant de 1,43 milliard de dollars à 2,9 milliards.

Les synergies ont eu – et elles auront encore – leur importance, puisqu’elles atteignent plusieurs centaines de millions de dollars par an et qu’elles dépasseront le milliard de dollars d’ici à 2017. Par ailleurs, la culture d’Alliance Boots n’a pas été diluée dans le conglomérat américain puisque la marque Walgreens est quasiment invisible au Royaume-Uni et que les deux principaux managers d’Alliance Boots ont une influence considérable sur l’évolution des 13 200 magasins que comptent les deux groupes, aujourd’hui rassemblés sous la bannière Walgreens Boots Alliance Inc.

Les patrons de Boots aux manettes

Stefano Pessina, le big boss historique d’Alliance Boots depuis qu’il a racheté le groupe en 2006, est en effet devenu directeur général du conglomérat, au côté du président James Skinner. Et son ancien responsable beauté chez Boots, Alex Gourlay, est devenu directeur des programmes de fidélisation, toujours plus importants avec l’avènement du big data. Le rôle majeur qui leur a été donné résulte en partie du fait que Boots a su trouver un meilleur équilibre entre les produits de beauté et ceux de santé. L’enseigne a en outre réussi à atteindre une taille critique dans un marché nettement moins important que celui dont Walgreens a pu bénéficier aux États-Unis alors que les deux groupes ont un âge peu ou prou comparable : Boots a été créé en 1849 et Walgreens, un demi-siècle après. Ce dernier a su profiter de la Prohibition aux États-Unis… Il a en effet remporté un large succès commercial au cours de ses premières années d’exercice en vendant du whisky prescrit – donc légalement autorisé – à des fins thérapeutiques !

Produits de beauté et pharmaceutiques, ainsi que quelques services parallèles comme le tirage photo sur papier, resteront le core business des deux groupes, qui n’ont pas modifié et ne modifieront pas fondamentalement leur identité commerciale. Les échanges de produits sont pour l’instant relativement limités, en dehors des «références stars» de type N°7, ou des marques exclusives de Boots, Botanics ou Mark Hill, que devrait rejoindre Liz Earle, des soins «naturels» britanniques rachetés en juillet dernier.

Comme l’a indiqué Greg Wasson, le prédécesseur de Stefano Pessina à la direction générale de la nouvelle entité, l’objectif de la fusion est «d’amener Walgreens vers le monde et d’amener Boots aux États-Unis». Alliance Boots est en effet présent en Norvège, aux Pays-Bas ou en Thaïlande. Quant à Walgreens, il bénéficie d’une répartition géographique encore plus diverse que celle de Walmart aux États-Unis, le groupe affirmant que 76% de la population américaine vit à moins de 5 miles (8 km) d’un de ses 8 207 drugstores.

Le leader de la pharmacie

Au 31 mai dernier, sur les neuf premiers mois de son exercice 2015, le nouveau groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 74,9 milliards de dollars, soit une progression de 30,7% par rapport à la même période de l’année précédente. La hausse est encore plus marquée pour le seul troisième trimestre : +48,4%, à 28,8 milliards de dollars (20,4 Md$ pour la branche américaine du groupe, à +5,3%, avec des drugstores à +6,3% à magasins comparables) et elle est essentiellement due à l’intégration d’Alliance Boots. À l’heure où nous bouclons, il est trop tôt pour connaître les performances annuelles de ce nouveau géant qui a fait paraître ses résultats le 28 octobre dernier.

Facebook
Twitter