Que représente la beauté pour Unilever ?

Paul Polman : À proprement parler, je ne dirais pas qu’Unilever est un groupe spécialisé dans la beauté prise au sens large mais plutôt une entreprise consacrée au personal care. Nous voulons aider chacun à être en meilleure forme, plus heureux «à l’intérieur» comme «à l’extérieur». Grâce à notre connaissance approfondie des consommateurs et notre R&D pionnière, nous sommes en mesure d’apporter des produits et des services innovants qui peuvent changer des vies. Et même en sauver. C’est ce qui nous permet d’aller plus loin que la beauté.

Nous développons un vaste – et toujours en expansion – portefeuille de marques globales proposant des produits de soin sous différentes formes. De Lifebuoy, la marque numéro un mondial des savons antibactériens qui permettent de sauver la vie de millions d’enfants, à Dove, qui a redéfini le sens du mot beauté et fait campagne sur le thème de l’estime de soi, en passant par des marques tendances comme Tigi.

En quoi votre vision est-elle différente ?

P.P. : Ce souci de la personne dans sa globalité nous permet de concevoir des produits innovants. Par exemple, Ioma Collagen Renew, le premier soin antirides encapsulé, atteint le cœur du derme pour réenclencher la production de collagène dans les fibroblastes et le protéger contre les processus oxydatifs, ou la technologie rupturiste de Regenerate, le soin dentaire qui peut inverser l’érosion de l’émail des dents et le régénérer. Tout cela nous a aidés à devenir numéro deux mondial du personal care. Mais il reste beaucoup à faire. Nous continuerons à travailler sur les nouvelles technologies pour repousser les limites scientifiques et techniques. Cela nous permettra d’apporter des soins au plus grand nombre, dans davantage de régions et sous toutes les formes. En élargissant l’accès à nos produits et services à travers de nouveaux circuits et en développant notre portefeuille, nous avons plus que jamais l’opportunité d’améliorer le quotidien.

Ce positionnement est-il compatible avec votre politique d’acquisitions ?

P.P. : Notre vision a attiré plusieurs entreprises qui ont intégré le groupe, comme Alberto Culver, Kalina, TIGI et, côté prestige, Dermalogica, REN, Murad et Ioma. J’ai toujours été persuadé qu’il en va de la responsabilité des affaires d’améliorer le monde. C’est ce que les consommateurs demandent de plus en plus, et à juste titre. Les salariés aussi – la moitié de nos jeunes diplômés assurent que c’est l’une des raisons pour lesquelles ils nous ont rejoints. Et c’est aussi pourquoi, selon LinkedIn, Unilever est l’une des trois sociétés les plus recherchées dans le monde pour y travailler, devant des entreprises high tech comme Facebook ou Amazon. C’est pour nous un privilège.

Oui mais les marques sélectives pourraient sembler moins compatibles avec cette ambition…

P.P. : Le soin premium et luxe progresse même quand le mass ralentit. Le marché sélectif mondial est estimé à 75 milliards d’euros, parfums compris, et devrait atteindre les 100 milliards d’ici à 2018. C’est donc un créneau attractif. Et nous avons choisi de nous focaliser sur le soin et les capillaires en accord avec notre cœur de métier. Pour construire ce portefeuille, nous avons sélectionné des marques en adéquation avec notre culture et nos valeurs, complémentaires les unes par rapport aux autres et ayant un bon potentiel de croissance. Dermalogica a un fort héritage sur le marché professionnel, centré sur les fondamentaux du soin de la peau plutôt que sur la beauté. Murad est le numéro un des doctor brands contemporaines. REN est positionnée sur le marché, à la croissance rapide, des naturels. Enfin, Kate Somerville est une marque dermocosmétique glamour, et par conséquent plus axée beauté.

Elles rejoignent Iluminage Beauty, bien placée sur le créneau en pleine expansion des devices, et Ioma la première, dans laquelle nous avons investi. C’est une superbe marque qui utilise une technique de diagnostic révolutionnaire grâce aux MEMS (NDLR : Micro Electronical Mechanical Systems) afin de proposer des programmes de soin personnalisés. Par ailleurs, les MEMS permettent de démontrer l’efficacité du produit. Ioma est distribuée dans seize pays avec 1800 systèmes de diagnostic déployés dans le monde. Plus d’un million ont été réalisés en cinq ans. Nous sommes très satisfaits de cette offre Prestige et heureux que les fondateurs de ces marques travaillent toujours avec nous pour en assurer la croissance. Tout comme nous allons faire croître notre portefeuille historique, nous avons l’ambition de développer ces nouvelles marques mais nous n’allons pas dévoiler les détails de notre plan…

Plus précisément, en quoi contribuent-elles à améliorer le futur ?

P.P. : Elles peuvent aider à construire un avenir meilleur, y compris pour la planète, comme nous l’avons montré avec notre Unilever Sustainable Living Plan. Murad a une fondation pour aider les vétérans américains et les jeunes à vivre plus sainement. Et Dermalogica a élaboré un programme FITE (Financial Independence Through Entrepreneurship) permettant à des femmes d’emprunter et d’accéder ainsi à l’entrepreneuriat. Cela correspond aux ambitions d’Unilever de donner un pouvoir économique à 5 millions de femmes d’ici à 2020.

Cette ambition est-elle mondiale ?

P.P. : Avec 60% de notre business sur des marchés émergents ou en développement,  nous sommes bien placés pour exploiter notre connaissance des consommateurs à travers le monde. Nous touchons déjà chaque jour 2 milliards de consommateurs. Et en tant qu’entreprise centrée sur les personnes et tournée vers le futur, nous tâcherons toujours de faire en sorte que les êtres humains vivent mieux. C’est pour moi ce qui différencie vraiment Unilever Personal Care. Et je suis très fier de notre innovation, de notre détermination et de nos immenses talents.

En quoi la création des déodorants compressés entre-elle dans ce plan ?

P.P. : Conformément à notre schéma directeur, Unilever Sustainable Living Plan, nous devons prendre soin de la planète. Nous avons donc  décidé de partager cette technologie en invitant d’autres entreprises à nous suivre en proposant, elles aussi, un déodorant plus durable. Autrement dit, un contenant plus petit mais avec la même quantité de produit, soit 50% de gaz propulseur, 25% d’aluminium pour le packaging et 35% de camions en moins sur les routes. Nous travaillons constamment pour réduire notre empreinte environnementale. Mais nous avons d’autres exemples comme MuCell, une technologie qui réduit de 15 % la consommation de plastique dans nos flacons. Et là aussi, nous avons renoncé à notre exclusivité. Nous sommes une grande entreprise mais nous ne pouvons pas mener seuls le changement. Nous sommes donc heureux quand d’autres nous rejoignent dans ce mouvement et espérons être à l’origine d’une évolution dans l’industrie.

 

 

Exergue

Nous tâcherons toujours de faire en sorte que les êtres humains vivent mieux. C’est pour moi ce qui différencie vraiment Unilever Personal Care.

Son parcours

Avec son CV, Paul Polman pourrait ne sembler qu’un spécialiste des PGC : de ses débuts chez Procter qu’il quitte en 2006 alors qu’il en était group president Europe pour rejoindre Nestlé en tant que chief financial officer et responsable des Amériques jusqu’à son arrivée en 2009 chez Unilever en tant que CEO. Mais ce Néerlandais de 59 ans a aussi d’autres ambitions, dont un réel souci de la responsabilité sociétale de l’entreprise. Certains estiment même qu’il veut sauver le monde. Il est en tout cas un des grands champions du développement durable et de la RSE.

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