Actifs : Le végétal prend le pas sur l’animal

©Luisa Puccini/GettyImages

Les actifs cosmétiques issus du végétal n’ont pas uniquement reproduit ou imité leurs homologues du monde animal. Ils ont aussi su en tirer le meilleur, parfois même en les surpassant en termes d’efficacité ou de tolérance.

Longtemps pourvoyeurs d’actifs pour la cosmétique, les animaux ont moins la cote. Pour des raisons réglementaires et sous la pression de l’opinion publique, nombre d’ingrédients ont peu à peu disparu. Néanmoins, ils demeurent une source d’inspiration. En témoignent les molécules qui remplacent un produit issu du monde animal dans les formules ou celles qui en sont directement dérivées. L’acide hyaluronique (AH) symbolise cette tendance.

De l’acide hyaluronique de labo

Autrefois extrait des crêtes de coq, l’AH est désormais obtenu par fermentation bactérienne. «Les molécules que nous produisons sont les mêmes que celles issues des crêtes de coq, seules la longueur des chaînes carbonées et la viscosité varient», souligne Anne-Sophie Dutailly, responsable marketing chez le fournisseur d’actifs cosmétiques Soliance. Ce dernier fabrique quatre acides hyaluroniques de différents de poids moléculaire. Si celui extrait de la crête de coq est très élevé, un moindre poids permet de conserver ses propriétés – effet filmogène sur la peau pour une action protectrice et hydratante – et même d’en apporter d’autres : «À haut poids moléculaire, l’AH dit natif a essentiellement une action réparatrice et cicatrisante, explique-t-elle. À l’inverse, la molécule d’AH hydrolisé agit sur la synthèse de collagène et elle est davantage utilisée pour son effet anti-âge. Enfin, ses fragments peuvent stimuler la synthèse endogène d’AH dans la peau.» Soliance va plus loin et propose une technique d’encapsulation de l’acide hyaluronique, afin d’obtenir un effet de rétention d’eau au niveau de la peau. «Ces effets sont visibles entre une et six heures après application», indique Anne-Sophie Dutailly.
Pour autant, remplacer un produit animal par du végétal n’équivaut pas systématiquement à le substituer par un composé de structure similaire. L’essentiel est que les fonctions soient conservées. Ainsi, la marque de dermocosmétique Embryolisse, née dans les années 50, utilisait des extraits embryonnaires d’origine animale riches en nutriments. Ils procuraient aux produits un effet lissant, hydratant et tenseur. Cependant, dans les années 90, il a fallu adapter leur composition. La marque a donc opté, avec son emblématique Lait-Crème concentré, pour un complexe végétal aux propriétés identiques. «Nous souhaitions conserver le même niveau de sensorialité et d’efficacité afin de satisfaire nos clientes fidèles», explique Thierry Courtot, pharmacien chez Embryolisse. En effet, ce Lait-Crème concentré génère toujours une part importante du chiffre d’affaires du laboratoire. «C’est le formulateur de notre partenaire, Gattefossé, qui s’est chargé de réaliser le travail mimétique de l’extrait placentaire, appelé d’ailleurs “placenta végétal”», précise le pharmacien. Si la formule mise au point n’est pas exactement similaire, elle duplique l’enchaînement protéique initial avec de l’aloès associé à des protéines de soja ainsi qu’à un propylène glycol.
À la même époque, avec le scandale de la vache folle pour déclencheur, le fabricant d’ingrédients actifs biologiques Silab a lui aussi travaillé au remplacement de ses ingrédients. Il troque l’albumine animale (des protéines de sang de poids moléculaire élevé) contre la Tensine, actif composé de protéines de blé qui possède les mêmes caractéristiques et offre le même effet tenseur et viscoélastique.
Silab a par ailleurs planché sur des peptides de thymus et de rate, qu’il a remplacés avec succès par des peptides de lupin (l’actif Structurine de la marque), qui ont des propriétés nutritives similaires et sont des stimulants du métabolisme cellulaire. En outre, faire appel au végétal permet parfois de s’affranchir de certaines contraintes propres aux animaux. Par exemple, la lanoline, anciennement utilisée par Embryolisse, amoindrissait la tolérance des produits car la laine des moutons dont elle était extraite pouvait être imprégnée des pesticides pulvérisés dans les champs avoisinants. «Nous l’avons remplacée par du beurre de karité», indique Thierry Courtot.
Au-delà de ces substitutions souvent contraintes, le monde animal reste une source d’inspiration pour les cosmétiques. Ainsi, la beauté a commencé à s’intéresser aux cellules-souches végétales parce qu’elles présentent des caractéristiques communes avec celles des êtres humains et des animaux (voir encadré). Les céramides par exemple, sont des molécules que l’on trouve aussi bien dans le règne animal que végétal. Véritables «briques» structurelles de notre peau, ces acides gras jouent un rôle dans le réarrangement des lipides afin de renforcer la barrière cutanée – l’un des premiers remparts face aux agressions extérieures.

Aller au-delà de la nature

C’est notamment par l’intérêt nutritionnel porté aux acides gras polyinsaturés tels que l’acide linolénique et l’acide linoléique que Solabia s’est lancé dans la synthèse de ses Oméga Céramides. «Nous avons voulu les stabiliser sous forme de céramides biomimétiques et leur conférer un rôle amphiphile», détaille Jean-François Molina, directeur commercial et marketing de Solabia. Sorties de leur environnement naturel, ces molécules peuvent en effet présenter des instabilités que des designs moléculaires pourront compenser. «Les Omega Céramides sont un parfait exemple de l’utilisation que nous faisons du végétal, de la façon dont nous lui appliquons les technologies vertes pour le fonctionnaliser, voire en augmenter les performances, poursuit Jean-François Molina. La biocatalyse enzymatique, notamment, nous sert à dépasser ce que la nature a de meilleur.» En outre, la technologie des Omega Céramides de Solabia permet de tirer profit de sa diversité, en personnalisant les actifs selon les plantes dont ils sont issus : lin, argan, coton… Une diversité où le végétal n’a rien à envier à l’animal et dont la cosmétique sait qu’elle a encore beaucoup à attendre.

Cellules-souches : proches, mais pas similaires

Les structures des végétaux et celles des animaux sont à la fois proches et pleines de dissemblances. Elles sont faites des mêmes éléments constitutifs, les cellules, mais celles-ci ne sont pas strictement identiques. C’est notamment le cas des cellules-souches, dont les versions végétales sont très en vogue dans les soins anti-âge et dont le nom a été inspiré par celles du règne animal. Chez ce dernier, il s’agit de cellules indifférenciées ayant la capacité d’engendrer des cellules spécialisées qui se distinguent par leur potentiel de différenciation (totipotentes, multipotentes ou unipotentes). Cette capacité à se renouveler tout en conservant leurs caractéristiques est similaire chez les cellules indifférenciées du méristème des plantes, d’où le nom de cellules-souches végétales. Certains industriels ont mis en évidence la capacité de celles-ci à stimuler leurs homologues humaines, sans que les mécanismes n’en soient encore élucidés.

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