Parfum : faux poivre mais vraie fraîcheur

Matière mascotte du moment, le poivre de Sichuan apporte fraîcheur et exotisme à de nombreuses compositions.

Il a beau être revendiqué dans beaucoup de compositions récentes, cet ingrédient avance masqué. Il n’est pas tout à fait ce qu’il paraît être. D’abord, c’est un faux poivre ! Le poivre de Sichuan, aussi appelé poivre chinois ou baie de Sichuan, ne fait pas partie de la famille des pipéracées (comme le poivre noir) mais des hespéridés (à l’image des agrumes). Celui qui a la chance d’avoir en main une de ces petites coques constate qu’elle est vite trahie par son habit : sa peau granuleuse aux vésicules gorgées d’essence rappelle ses cousins les agrumes. Ingrédient traditionnel de la cuisine chinoise, tibétaine ou bhoutanaise, il fait partie du mélange cinq épices (avec la badiane, le fenouil, la cannelle et le clou de girofle).

Une matière très facettée

Le poivre de Sichuan est issu d’un arbuste à baies rouges de Maoxian (région montagneuse de Chine centrale) rapporté en Europe, au XIIIe siècle, par Marco Polo et récolté au mois d’août à 2 800 mètres d’altitude. Pas étonnant que, lorsque Jean-Claude Ellena, parfumeur Hermès, compose son tableau olfactif Le Jardin de Monsieur Li, avec des ingrédients typiquement chinois (kumquat, jasmin, pivoine), il convoque le poivre de Sichuan, dont il émane une odeur zestée, «bergamotée» et citronnée.

«C’est une matière première très facettée, très complexe. C’est déjà une composition en soi : comme un agrume frais qui évoluerait vers les épices, avec une note noix de muscade», explique Laure Jacquet, parfumeur produits naturels chez Charabot (groupe Robertet). L’entreprise a d’ailleurs mis au point une extraction au CO2 supercritique qui rend hommage à toutes ses facettes et permet même de cibler une famille de molécules à extraire pour obtenir un ingrédient sur mesure.

100% mixte

«Lorsqu’on le sent, on ne sait pas avec certitude si on a affaire à un poivre ou à un citron ! Peu de matières offrent deux caractéristiques aussi dissociées, estime Sylvie Ganter, cofondatrice d’Atelier Cologne qui l’a utilisé dans Jasmin Angélique. Le poivre de Sichuan est une note de tête idéale pour nous qui aimons détourner les agrumes. Nous avons un projet en cours qui met cette note épicée-citronnée au cœur de la formule.»

Son originalité, c’est aussi ce côté pétillant («bulle de champagne» disent certains nez, d’autres évoquant l’«effet pile électrique» sur la langue), une impression physique ajoutée à l’émotion olfactive. Le poivre de Sichuan joue sur plusieurs formes de sensorialité. Dans Aromatics in White (Clinique), quelques grains donnent au parfum toute son aura vivifiante en habillant de modernité l’accord chypre (rose-patchouli) de l’original. Si le nouveau brûlot olfactif IKKS Burning for You explose sur la peau, c’est grâce à lui. Dans Chrome United (Azzaro), c’est le départ qui l’emporte grâce à son mariage avec la coriandre et la bergamote : il prolonge la fraîcheur avec peps. «On trouve déjà beaucoup de baies roses dans les féminins. L’intérêt du poivre de Sichuan, c’est qu’il fonctionne aussi bien pour les masculins», ajoute Aurélie Dematons, créatrice de l’agence conseil Le Musc & la Plume. Le bouquet épicé poivre de Sichuan-coriandre-genièvre de Cerruti 1881 Bella Notte Homme (Olivier Cresp, Firmenich) tient longtemps et crée la surprise. Dans Aqua Vitae Forte (Maison Francis Kurkdjian), il illumine encore plus cet accord fleur d’oranger-ylang gorgé de lumière. Au fond, si cet ingrédient est si présent dans les parfums de la saison, c’est que l’on ressent le besoin de pimenter son quotidien. On évoque le sel de la vie. Voici le poivre !

Facebook
Twitter