Formation : Les troisièmes cycles en pleine ascension

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Une quarantaine de cursus de niveau bac +5 et plus se partagent le marché de la formation initiale de haut niveau. Un nombre croissant est orienté marketing et management. Des filières visant à répondre aux nouveaux enjeux du secteur.

On recense une trentaine de troisièmes cycles (bac +5 et 6) en cosmétique, principalement des masters professionnels en cosmétologie/formulation. S’y ajoutent une dizaine de cursus en Management du luxe, placés sous l’égide des écoles de commerce et de management : master pro, masters spécialisés (MS), MBA (master in business administration, recrutant majoritairement en formation continue). Ces diplômes constituent souvent une spécialisation à des cursus généralistes, en marketing/gestion mais aussi en master 1 de chimie/biologie, en écoles d’ingénieurs, voire en droit ou en communication. Les formations sélectives (sur dossier et entretien) regroupent quelques dizaines d’étudiants par promotion.

Nombre de spécialisations en cosmétique se sont greffées ces dernières années sur des masters techniques généralistes (chimie, biochimie). «Le gros du programme est constitué par la formulation à base de polymères, ce qui permet à nos étudiants de trouver des débouchés dans des domaines industriels divers (teintures, encres, vernis, composites…)», expose Clorinthe Labbe, responsable de l’option Formulation et cosmétologie de l’ENSCMu (Ecole nationale supérieure d’enseignement en chimie de Mulhouse).

Voyages d’études

L’explosion est encore plus remarquable du côté des spécialisations en marketing du luxe. Ce qui n’est pas sans attirer un regard acerbe de la part des pionniers du secteur, comme Thibaut de La Rivière, directeur de l’Institut supérieur de marketing du luxe. «Difficile de former des jeunes sans travailler en ligne directe avec la profession», commente-t-il. «Les filières de haut niveau en cosmétique souffrent d’un manque de connexion avec le terrain, renchérit Régine Ferrère, présidente de la Cnep (Confédération nationale de l’esthétique-parfumerie). Faute d’avoir touché au plus près les problématiques des parfumeries, instituts et spas, comment concevoir et marketer de manière adéquate ?»

Pour autant, les formations en gestion ont su mettre à profit leur réputation et leur carnet d’adresses pour tisser un solide réseau dans le monde du luxe. «Nous avons des partenariats forts avec le groupe L’Oréal, ainsi qu’avec Estée Lauder, Coty, Gucci, Chanel ou Guerlain…», énumère Denis Darpy, directeur du master Marketing et stratégie, parcours Luxury management, de Paris Dauphine. Comme ce dernier, ils sont plusieurs à avoir opté pour l’alternance. Avantage pour les étudiants : une meilleure insertion à la sortie, et des études financées par l’entreprise d’accueil. Un atout d’autant plus appréciable dans les cursus commerciaux, d’un coût de plusieurs milliers d’euros à l’année. Même les filières classiques prévoient cinq à six mois de stage. Côté enseignement théorique, aux cours de marketing et de management s’adjoignent modules créatifs et voyages d’études dans les capitales du luxe (Londres, Milan, Londres) ou dans les pays émergents… Ouverture internationale oblige, tout ou partie des cours se fait en anglais.

Ouverture culturelle requise

Au sein de ce paysage bilatéral, l’Isipca occupe une place pivot. Cette école consulaire, située à Versailles (Yvelines), propose pas moins de cinq troisièmes cycles dédiés à l’industrie du parfum, de la cosmétique et de l’aromatique, tous en partenariat avec l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et un avec l’Essec. Des formations mixtes formulation-marketing unanimement reconnues.
Toutefois, dans la majorité des filières, l’orientation vers la cosmétique s’effectue en fin de parcours. «Comme nous visons les grands groupes, nos diplômés peuvent s’insérer indifféremment dans diverses filières du luxe, mode, joaillerie, parfumerie…», explique Olivier de Lagarde, responsable du MS Management du luxe et de la mode, majeure Luxe, du Collège de Paris. Quant aux étudiants en master technique, ils se voient proposer des modules en sciences humaines. «Beaucoup visent des postes d’ingénieurs R&D, de responsables qualité ou d’ingénieurs commerciaux : il leur faut aussi un bagage en marketing, communication, gestion, qualité ou droit du travail», prévient Clorinthe Labbe. À l’ENSCMu comme dans les autres M2 en cosmétologie, on annonce 80% de CDI ou CDD signés six mois après la sortie, dont 30% juste après le stage de fin d’études. Les diplômés touchent un salaire moyen à l’embauche de 28 000 à 30 000 euros bruts annuels. Les filières de management font état d’un délai d’insertion similaire, avec des salaires de 30 000 à 37 000 euros. Fonctions occupées : chef de produit, entrepreneur, commercial, acheteur, responsable du développement international. Et ce, dans le monde entier.

Autant d’orientations qui visent à répondre aux enjeux du marché : essor des griffes asiatiques, des marques sur mesure et de la cosmétique végétale ; poursuite de la révolution digitale. «Plus que jamais, les pros de demain devront faire preuve d’ouverture culturelle et de vision, avec en sus le développement de la réglementation et une expertise sur l’axe sécuritaire», souligne François Canac, responsable de la formation continue à l’Isipca. Des enjeux auxquels seuls pourront faire face les cursus à la fois de haut niveau et solidement ancrés dans la réalité du terrain.

«Des modules concrets pour aborder le marché du luxe»

Divya Patel, 30 ans, ancienne du M2 en Management des industries du luxe, de la mode, des cosmétiques et parfums à Paris ESLSCA business school (2007), aujourd’hui International key account manager chez Symrise

« Lors de mon M2, j’ai bénéficié de modules très concrets, comme la gemmologie ou le savoir-vivre, et rencontré de nombreux professionnels. J’ai effectué mon stage de fin d’études chez Mac Cosmetics (groupe Estée Lauder). Chez Symrise depuis quatre ans, je collabore avec les marques sur le développement des produits. J’interviens en France, en Suisse romande, en Wallonie et au Maghreb.”

 

«J’ai acquis une vision globale du marché international»

Alexandre Demé, 27 ans, ancien du M2 Biologie-santé – Développement et contrôle des produits de santé, Parcours cosmétologie de l’université de Nantes (2012), aujourd’hui chargé d’affaires réglementaires cosmétiques chez International Lacquers Cosmetics

« Après un M1 en Biologie-santé, le M2 m’a permis d’acquérir une vision globale des problématiques du secteur, de la conception d’un produit à sa mise sur le marché : formulation, qualité, réglementation, bonnes pratiques de fabrication… Il m’a aussi apporté un réseau fourni, notamment via mon stage de six mois en développement galénique chez L’Oréal. Mes missions depuis deux ans ? Répondre aux obligations réglementaires en Europe et dans le monde, et conseiller nos clients !”

 

«Démarrer un projet d’entreprenariat»

Jasmina Legros, 28 ans, ancienne du M2 Formulation et cosmétologie de l’ENSCMu (2012), aujourd’hui créatrice des cosmétiques JWUN (Just What U Need), vendus sur le site éponyme

« Après avoir obtenu mon diplôme d’Ingénieur chimiste de l’ENSCMu, j’ai suivi l’option Formulation pour ma dernière année. En parallèle, j’ai intégré La Fabrique d’innovation, un hôtel d’entreprises à destination des jeunes diplômés de l’école. J’ai pu traiter mon projet professionnel dans le cadre du mémoire de stage, sous statut d’étudiante auto-entrepreneur. Lauréate en 2012 du concours Idénergie sur les idées innovantes, j’ai décroché un accompagnement de huit mois sur le montage d’un projet professionnel. Résultat : j’ai créé mon entreprise dès mars 2013.”

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