Formation : « Il faut anticiper les évolutions de société »

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En 25 ans, les rapports à la beauté et aux soins du corps ont considérablement changé. Comment la formation s’est-elle adaptée ? La vision de Geneviève Batut Dajean, directrice de l’école d’esthétique* toulousaine Marge Verlair, qu’elle a fondée en 1990.

En quoi l’évolution de la notion de beauté a-t-elle influencé l’enseignement ?

G. B. D. : Après une phase centrée sur le bien-être (produits naturels et techniques manuelles) en est venue une autre, davantage axée sur le paraître (produits sophistiqués et plus d’appareils). Ces tendances ont marqué les esthéticiennes formées à chaque époque, et cela se traduit encore dans la diversité des pratiques. Aujourd’hui, les deux approches se mêlent et la formation doit à la fois ouvrir de nouveaux champs, comme le stylisme ongulaire, et faire évoluer des domaines classiques tels que le maquillage.

Qu’est-ce qui change dans le maquillage ?

G. B. D. : Le maquillage fait rêver, mais ce que cherchent de plus en plus d’enseignes, comme Kiko par exemple, ce sont des maquilleuses pour faire des animations flash, l’objectif étant de conseiller pour vendre et fidéliser. Il faut donc former les élèves à la vente. Cela passe par des méthodes très actives, à travers des sketches, des mises en situation. Avec notre CAP option Certificat de qualification professionnelle (CQP) maquilleur conseil animateur, nous les formons à cette polyvalence. 

Vous évoquiez Kiko, quel est l’impact des chaînes sur la formation d’esthéticienne ?

G. B. D. : L’arrivée au début des années 1990 des chaînes de parfumeries a rendu la beauté plus accessible et fait exploser les chiffres… et les recrutements. Sauf que rien n’était prévu dans les diplômes d’État d’esthéticienne en matière de connaissances sur les parfums. La réponse a été le Certificat international de l’esthétique parfumerie, une formation courte qui complétait le CAP. Quelques années plus tard, les parapharmacies ont créé un nouveau circuit de distribution, puis sont venues des chaînes de soin, type Esthetic Center. Et, enfin, les spas à partir de 2005. Pour nous, il a très vite été évident que nous devions préparer nos élèves à ces circuits et à leurs exigences. Quitte à inventer, car la dimension efficacité-rentabilité-rapidité n’est pas vraiment ce à quoi l’examen les prépare… Par exemple, nous développons un module maison sur la performance épilation, ou comment épiler une demi-jambe en huit minutes !

Toutes ces structures sont très demandeuses de managers…

G. B. D. : Heureusement, le nouveau BTS prend en compte le développement de cette fonction, avec la possibilité de prendre l’option Management en deuxième année. Il y a néanmoins des créneaux qui méritent des formations spécifiques, comme notre CQP spa manager. Les réseaux succursalistes recrutent plutôt à bac+2, mais il y a encore une large place en indépendant et/ou en franchise pour des profils moins diplômés au départ, qui montent en compétence. Soit en formation initiale – l’arrivée du bac pro a bien rééquilibré le cursus –, soit dans le cadre de reconversions : nous avons cette année 36 CAP pour adultes.

Et demain ?

G. B. D. : Il faut préparer les élèves à s’adapter et être ouvertes à tout, du luxe au low cost, sans hiérarchiser les circuits. Et sans négliger l’international, en particulier pour les spas. On va sans doute aussi assister à un développement du free lance, par exemple pour des actions le samedi. Je crois également beaucoup à des débouchés en cosmétologie, et nous ouvrons cette section du BTS. Toutes ces (r)évolutions nécessitent que les formations acceptent de sortir de la zone de confort – enseigner le diplôme tel que – et d’innover : aujourd’hui, il ne suffit plus de suivre les évolutions mais de les anticiper pour garantir l’employabilité des élèves.

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