Fusions-acquisitions : la concentration du packaging s’accélère

HL Studio/Geka

Depuis quelques mois, les opérations de fusions-acquisitionsentre sociétés spécialisées dans l’emballage se multiplient. Des rapprochements qui semblent inévitables sur un secteur encore relativement atomisé.

Fabrication d’échantillons, conception d’applicateurs, ou flaconnage : tous les domaines du packaging sont concernés. Ces douze derniers mois ont été particulièrement mouvementés. Les cessions, fusions et acquisitions se sont succédé, dessinant un nouveau paysage. Constat irréfutable, le secteur se concentre. Les concurrents d’hier deviennent des alliés pour demain. Ces rapprochements ont d’abord pour objectif de faire naître des ensembles plus solides, capables d’accompagner au mieux le développement de leurs clients.

Estimé à 700 milliards de dollars au niveau mondial, dont 25 milliards pour la France, le marché de l’emballage est très dynamique. En croissance depuis plusieurs années, il devrait continuer sur cette lancée pour plusieurs raisons, à commencer par la hausse de la consommation, notamment en Asie. Or, pour vendre un produit, difficile de faire sans contenant… Par ailleurs, le packaging est un vecteur de différenciation pour les marques. Enfin, la réglementation environnementale évolue, poussant les professionnels à concevoir de nouvelles solutions. L’alimentaire reste le secteur le plus gourmand en matière d’emballage (il représenterait 40% des ventes mondiales), tandis que les cosmétiques sont en queue de peloton avec seulement 3%.

Globalement, le mouvement de concentration s’explique par la structure du marché du packaging. La mondialisation des groupes de cosmétiques entraîne mécani-quement des évolutions chez leurs prestataires (besoin de partenaires mondiaux, multitâches…). D’autant que les marques veulent éviter de représenter une proportion trop importante du chiffre d’affaires de leurs sous-traitants. Une entreprise de petite taille peut ainsi perdre des marchés. Selon certains experts, Oeka Beauty, fabricant allemand d’applicateurs qui a réalisé un chiffre d’affaires de 27 millions d’euros en 2014, a été fragilisé pour cette raison. Placé sous tutelle judiciaire, il a été racheté en juin dernier par son ancien concurrent Geka (140 millions d’euros de CA en 2014), ce qui a donné naissance cet été au Groupe Geka.

Grandir par croissance externe

Conséquence pour les prestataires : ils doivent envisager des opérations de croissance externe. Une course à la taille critique est engagée. «À l’heure actuelle, en France, le tissu industriel est très atomisé, en particulier dans le secteur du plastique. On peut donc s’attendre à ce qu’il y ait d’autres rapprochements», observe Olivier Le Grelle, partenaire associé de la Financière de Courcelles, banque d’affaires spécialisée dans les fusions et acquisitions. 

La globalisation pousse également les acteurs du packaging à grandir. «Les marques positionnées sur tous les continents veulent des fournisseurs ayant des usines un peu partout», souligne Michel Dupuis, président de Cojemial Conseils, société de conseil aux industries liées à la beauté et au luxe. Une manière notamment de simplifier la gestion de leur logistique. Moyennes ou grandes entreprises sont ainsi amenées à s’unir. C’est le cas de MWV, intervenant dans le dispensing et le carton, qui s’est allié en juillet dernier à RockTenn. Résultat : WestRock, un géant au revenu annuel estimé à 15 milliards de dollars. «Cette association fait que nous pouvons proposer une large gamme de solutions dans toutes les régions du monde», affirme Kevin Clark, executive VP of home, health & beauty solutions de WestRock.

Autre point important, les donneurs d’ordres recherchent des solutions complètes et non pas la seule fabrication d’un emballage. «Ils incitent donc leurs prestataires à acquérir des savoir-faire», analyse Olivier Le Grelle. Réalisation d’un flacon, d’une pompe, d’un décor et conditionnement de la formule sont des métiers bien différents. Les alliances stratégiques de Bioplan (ex-filiale du groupe Ileos) lui ont permis de faire évoluer son offre d’échantillons, tout en élargissant sa couverture géographique. Avec le rachat de la société Le Papillon en 2013, le spécialiste a renforcé son savoir-faire en remplissage d’unidoses de parfum. Puis, la fusion, en septembre 2014, avec Arcade Marketing (alors propriété de Visant Corporation) lui a donné accès à des solutions brevetées impliquant la micro-encapsulation et des processus d’échantillonnage à plat. Si le nom du nouvel ensemble est déjà connu (Arcade Beauty), des mouvements seraient toujours en cours en ce qui concerne son actionnariat.

Les fonds à la manœuvre

Toutefois, pour expliquer l’accélération des mouvements, il faut conjuguer ces causes structurelles avec un effet conjoncturel. D’ailleurs, le packaging n’est pas le seul domaine à vivre de grandes opérations de fusions et acquisitions. Du côté des industriels de la cosmétique et de la pharmacie, l’agitation est aussi perceptible, comme l’illustre la mégafusion en cours des marques de beauté de P&G avec Coty. Après son fort ralentissement entre 2008 et 2010, le marché du merge & acquisition reprend des couleurs cette année. Les investisseurs jouissent d’une bonne visibilité, les indicateurs économiques sont au vert. «En temps de crise, chacun reste campé sur ses positions. Or, la période d’inquiétude et de risque majeur est passée», estime Michel Dupuis. Et les fonds d’investissement, à l’origine de nombreux mouvements, sont bien implantés dans le secteur. «Ils ont un regard sur le marché différent de celui des industriels, souligne Olivier Le Grelle. Ils ont une ligne d’horizon. Quand ils achètent, ils savent quand ils vont sortir». Près d’un tiers des spécialistes du packaging seraient détenus par des fonds. Le contexte économique étant favorable aux manœuvres, la partie va continuer.

Sept opérations qui comptent

– Septembre 2014 : Fusion entre Bioplan (groupe Ileos) et Arcade Marketing. Naissance d’Arcade Beauty. Domaine d’activité : échantillons.

– Février 2015 : Rachat de Promens par le groupe RPC. Domaine d’activité : emballage plastique rigide.

– Mars 2015 : Seconde reprise des Verreries de Masnière par le groupe Stölzle, suite à leur placement en redressement judiciaire. Domaine d’activité : verre.

– Juin 2015 : Rachat d’APPE par Plastipak Packaging. Domaine d’activité : emballage plastique rigide.

– Fin juin 2015 : Reprise d’Oeka Beauty par Geka. Naissance du groupe Geka. Domaine d’activité : applicateurs.

– Fin juin 2015 : Ileos annonce sa volonté de céder ses activités d’impression à Mayr-Melnhof Packaging. Domaine d’activité : impression.

– Juillet 2015 : Fusion entre MWV et RockTenn. Naissance de WestRock. Domaines d’activité : emballage carton, papier, pompes.

Facebook
Twitter