Digital : vers une logistique connectée

Après avoir séduit le grand public, les objets connectés arrivent dans la sphère professionnelle. En logistique, ils pourraient être utilisés de différentes manières. À la clé : des gains de productivité, mais aussi une amélioration des conditions de travail.

Ils sont déjà des milliards. Ordinateurs, smartphones, tablettes mais aussi montres et bracelets : en quelques années, les objets connectés sont devenus omniprésents. Et ce n’est pas terminé. Selon le cabinet d’études Gartner, en 2009, près de 2,5 milliards d’objets étaient connectés dans le monde. En 2020, il devrait y en avoir 30 milliards. Pour l’Idate (société d’études sur Internet, les médias et les télécommunications), le Net relierait 80 milliards d’outils à cette date, contre 4 milliards en 2012. Si les pronostics des cabinets divergent, ils s’accordent au moins sur la croissance exponentielle de ces appareils, capables de chercher des informations et de communiquer entre eux sans l’intervention d’un être humain. D’abord entrés dans la sphère privée, ils font déjà leurs débuts dans les milieux professionnels.
Un grand nombre de secteurs devrait être touché. La logistique n’échappera pas à la règle. Pour anticiper les bouleversements à venir, l’ECR (Efficient consumer response), organisme rassemblant fournisseurs et distributeurs dans l’objectif de développer de bonnes pratiques pour servir au mieux le consommateur, en partenariat avec Eleven Strategy & Management, cabinet de conseil spécialisé sur le digital, a organisé un cycle d’ateliers autour de cette thématique. «L’objectif était d’identifier comment les objets connectés peuvent améliorer l’efficacité opérationnelle des flux logistiques», décrit Xavier Hua, délégué général d’ECR. Résultat : différents usages, généralisables et dont le coût serait raisonnable, ont été relevés.

Développer des applications

L’Internet des objets devrait permettre aux fournisseurs d’optimiser la collaboration avec les revendeurs de petite taille. Pour cela, il faudrait développer des applications pour smartphone destinées à gérer les stocks et à passer les commandes. «Grâce à ces outils, les marques pourront avoir avec les petits détaillants des relations aussi organisées qu’avec les gros revendeurs», souligne Éric Orjas, responsable de l’offre supply chain d’Eleven. Ils leur offriraient une gestion facilitée et bénéficieraient en retour des données, qui pourraient être analysées. «Il faut profiter de la pénétration des smartphones, c’est ce qui peut provoquer la bascule car nous sommes déjà habitués aux applications. Il n’y aura donc pas de barrières à l’usage», précise Éric Orjas. Une manière également de résoudre le problème de l’absence de système informatique dans certaines boutiques indépendantes.
Outre dans ces points de vente, les objets connectés pourraient également jouer un rôle au sein des entrepôts. La fonction de géolocalisation présente un intérêt particulier. «En équipant de balises les chariots qui servent à transporter les palettes, on pourrait allouer les ressources en temps réel et optimiser les déplacements», indique Xavier Hua. À la clé : des gains de productivité considérables. Ces balises peuvent être dotées d’autres fonctionnalités, qui permettraient par exemple de surveiller le niveau de batterie des chariots et d’alerter lorsqu’une recharge est nécessaire. À l’aide de toutes les données collectées, il serait ensuite possible d’établir des prévisions.

Une hypervision en 3D

De telles initiatives sont encore rares mais certains professionnels travaillent déjà sur le sujet. C’est le cas d’ID Logistics (chiffre d’affaires 2014 : 874,5 millions d’euros), qui compte parmi ses clients plusieurs acteurs de la beauté, dont Elizabeth Arden, Coty et Marionnaud. Le logisticien déploie cette année une solution d’hypervision 3D destinée à gérer un entrepôt connecté pour Nespresso. «Un entrepôt regroupe beaucoup de solutions mécanisées pilotées par des systèmes qui vivent indépendamment les uns des autres, décrit Ludovic Lamaud, directeur général adjoint développement et innovation chez ID Logistics. L’idée, c’est de pouvoir tous les réunir dans un seul outil.» Développé par a-SIS, un éditeur de logiciels, celui-ci centralise toutes les informations et permet de visualiser en 3D sur un écran toute l’activité de l’établissement. Il est ainsi en mesure d’identifier des problèmes et de les signaler. «Cet outil est intéressant pour la gestion en temps réel et la réactivité qu’il peut offrir», précise Ludovic Lamaud. À partir du deuxième semestre 2016, il devrait être progressivement déployé dans les autres entrepôts du groupe en France, puis en Europe.
Le digital renforce l’efficacité des flux, mais parfois, il contribue aussi à améliorer les conditions de travail des employés. ID Logistics œuvre à la création d’un outil qui permettra aux préparateurs de commandes de visualiser sur une tablette l’emplacement du colis sur la palette. Ils sauront ainsi où déposer chaque carton et éviteront de les manipuler plusieurs fois, ce qui représente en outre un gain de temps. Le logisticien espère pouvoir tester cette solution à la fin d’année.

Sécurité et fiabilité

En dehors de l’entrepôt, les objets connectés se rendraient également utiles. La géolocalisation des camions à l’aide de capteurs rencontre un certain écho et des spécialistes ont déjà équipé leur flotte. C’est le cas de Transalliance (CA : environ 505 millions d’euros réalisés en transport), qui assure la traçabilité en temps réel de ses véhicules et promet davantage de sécurité et de fiabilité.
L’utilisation de telles balises facilite différents aspects de la logistique. En ce qui concerne le transporteur, elle optimise la gestion de son parc. Une manière de réduire les trajets, ce qui s’inscrit également dans une démarche de diminution des coûts et de l’empreinte écologique. Une préoccupation essentielle aujourd’hui. À l’aide de la localisation en temps réel, les espaces de réception des entrepôts peuvent être alloués en fonction de l’heure d’arrivée exacte, alors qu’ils sont actuellement planifiés en fonction d’une estimation. Le créneau horaire pourrait se préciser au fur et à mesure de l’approche du camion et une alerte pourrait prévenir en cas d’avance ou de retard importants.
Loin des drones ou d’autres appareils spectaculaires, de simples balises de géolocalisation bien exploitées pourraient engendrer des gains de productivité dans la chaîne logistique. Elles devraient figurer parmi les premiers objets connectés utilisés dans le secteur, mais rien n’empêche les professionnels de faire d’autres choix. «Toutes les technologies sont matures, les responsables logistique voient les enjeux, il faut cette prise de conscience de la part des directions générales», affirme Éric Orjas, du cabinet Eleven. Car les décisions sont à prendre dès aujourd’hui pour avoir une meilleure logistique demain.

La RFID fait son chemin

Ce n’est plus un secret pour personne, Décathlon, Nespresso et Marks & Spencer font appel à la RFID (Radio Frequency IDentification). Et d’autres pourraient les suivre. Ce système de puce électronique, qui permet d’identifier les produits, peut remplacer codes-barres et antivols. Après avoir travaillé sur l’identification des références et sur la communication entre fournisseurs et distributeurs, la parfumerie sélective va s’y intéresser de près. GS1 France organise ainsi une journée d’information le 7 juillet. «L’objectif est de réunir les décideurs pour leur donner le plus d’informations possible sur la technologie. Ils pourront donc réfléchir en interne à ce qu’ils pourraient en faire, pour quels bénéfices», précise Alexandre Rieucau, chargé du secteur parfumerie sélective chez GS1 France. S’ils souhaitent se lancer, GS1 France organisera une concertation sectorielle. Affaire à suivre.

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