Recyclage : la PLV se met au vert

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Si la défense de l’environnement fait l’unanimité, les moyens à mettre en place sont toujours sujets à débat. Dans l’industrie de la PLV, les avis sont partagés sur la récente mesure gouvernementale de recyclage de certains matériels.

Le développement durable se niche aussi dans ce qui peut sembler des détails. Ainsi, dans le cadre de Sharing beauty with all, L’Oréal Produits grand public France a mis au point un programme d’allégement de l’emprise environnementale de ses PLV. La division a harmonisé l’essentiel des normes entre ses trois affaires afin de créer une même structure tout en préservant les spécificités de chacune. Ce programme va plus loin qu’une mesure de 2010, année de promulgation de la loi portant sur l’engagement national pour l’environnement, dite «Grenelle 2».

Éco-contribution

Celle-ci prévoit le recyclage des éléments d’ameublement professionnels dont font partie certaines PLV. Sont concernés les présentoirs de sol livrés vides ou les meubles sur lesquels le magasin peut présenter, ranger, stocker des produits, soit essentiellement des meubles d’agencement qui, le plus souvent, ne servent qu’une fois. Sont exclus, selon le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, «les présentoirs de sol ou glorifieurs mettant en valeur un ou des articles à des fins publicitaires ou commerciales mais ne mettant pas de produits à disposition des clients (…). La fonction principale de ce type d’élément est de faire de la publicité (…). En revanche, les stands d’animation publicitaire ou totems d’animation avec tablette restent bien inclus dans le champ de la filière» qui commence à se mettre en place. Un organisme, Valdélia, a été agréé pour la collecte. Depuis deux ans, «les metteurs sur le marché» – autrement dit, les marques – des PLV concernées sont soumis à une éco-contribution en fonction du poids et des matériaux utilisés. «Pour la PLV, elle s’élève à 110 euros par tonne, indique Arnaud Humbert-Droz, directeur général de Valdélia. Nous avons collecté 17 220 tonnes de meubles en 2014, mais il est difficile d’estimer le nombre de PLV récupérées.»
Si les marques sont directement concernées, cette mesure n’est pas sans conséquence sur leurs fournisseurs. «Rien ne dit qu’elles ne nous répercuteront pas l’éco-taxe», affirme l’un d’eux. Autre interrogation : comment produire une PLV «propre» ? Si les groupes ont anticipé la demande, les PME se sentent démunies. «Nous avons créé des unités de travail en interne, notamment pour faire de la veille sur des matériaux écolos. Même s’il existe pas mal de matières recyclables, elles ne sont pas toujours compatibles avec les exigences de nos clients du luxe, constate Raphaël Cohen, PDG de RC Concept. La dorure à chaud, par exemple, n’est pas un procédé écologique. Certains plastiques, en particulier pailletés, sont difficilement recyclables. On peut remplacer le pelliculage par du vernis mais ce dernier a tendance à casser et à moins rigidifier la PLV. Il existe des vernis qui se plastifient et dont les propriétés sont proches du pelliculage mais il faut étudier leur coût. Bien des matériaux alternatifs restent chers.»

Démarche responsable

«Les fournisseurs s’interrogent sur les conséquences de cette loi sur leur activité», rappelle Christophe Chipault, président d’IDD PLV et de la commission PLV verte au Popaï France. L’organisme vient de terminer la rédaction de référentiels pour intégrer l’environnement à tous les stades de création d’une PLV en vue d’une certification (voir encadré page précédente). «Une dizaine d’entreprises auront leur agrément en juillet. Pour cela, elles doivent adopter une démarche d’éco-conception durant tout le cycle de vie de la PLV.» Le coût de l’audit est estimé entre 2 500 et 3 000 euros pour une certification de trois ans. «Au-delà de cette somme, il faut y voir un retour sur investissement : cela permet de mieux aborder l’achat de matières premières et de mieux les utiliser», nuance Christophe Chipault.
Beaucoup de fabricants déclarent ne pas avoir attendu pour adopter une démarche éco-responsable. «Nous avons commencé à sensibiliser les équipes techniques et créatives il y a au moins cinq ans, souligne Pierre-Alain Weill, directeur général de Com & Shop. L’éco-conception était alors un critère essentiel pour les marques. Mais nous avons dû la mettre entre parenthèses avec la crise : les clients sont d’accord pour que les PLV respectent l’environnement à condition que ce ne soit pas au détriment du prix et de la qualité.» Le challenge n’est pas totalement impossible. Il existe en effet des matériaux «propres», notamment des encres biodégradables et des pelliculages à base d’acétate qui se dissolvent, à des prix accessibles. «Plus nous serons nombreux à demander ce type de matières, plus les prix baisseront», déclare Pierre-Alain Weill.

Moins de solvants et de colle

À l’usine Fapec, la peinture à l’eau est préférée à celle avec solvants. «Il est ainsi possible de recycler le bois peint, explique Audrey Heimendinger, directrice commerciale de cette société familiale qui réalise des meubles et PLV, notamment pour L’Oréal et Yves Rocher. C’est beaucoup mieux pour la santé des salariés et cela n’a pas changé notre production.» Les solvants sont aussi moins présents dans les colles, dont l’utilisation est réduite. Plutôt que de coller les différentes pièces d’une PLV, celles-ci sont assemblées. Les vendeurs peuvent donc plus facilement les séparer et les placer dans les containers de tri. «Ces choix ont une faible répercussion financière : de l’ordre de 2 ou 3 centimes par meuble, annonce Audrey Heimendinger. Au final, ce n’est ni plus cher, ni moins cher car l’éco-conception permet de faire d’autres économies.»
Fapec et Com & Shop ont optimisé la fabrication, le stockage et le transport des PLV. «Nous avons revu la taille de certaines pièces afin d’en mettre davantage par feuille de carton lors de la découpe et réduire ainsi les chutes», précise Pierre-Alain Weill. Revoir la dimension des présentoirs de quelques centimètres a aussi permis d’optimiser le transport (moins de camions, donc moins d’émanation de CO2). «Il en est de même pour l’expédition de PLV à l’étranger. Qui dit plus de meubles par containers, dit moins de droits de douane», ajoute Audrey Heimendinger.
Le respect de l’environnement impose parfois un changement de procédé de fabrication moins contraignant qu’il n’y paraît. Mais cela ne peut fonctionner qu’à condition de convaincre le maillon final. Le recyclage des centaines de PLV utilisées dans les hyper-
marchés doit être réalisé par les distributeurs. L’Oréal a pris son bâton de pèlerin pour convaincre ces derniers, notamment à l’occasion des OP beauté qui servent de pilote. In fine, c’est le magasin qui recycle, bien loin du prestataire qui a mis au point le produit.

Une certification en cours

Le Popaï, qui s’est doté d’une commission PLV verte en 2009, vient de lancer Eco-Popaï, un standard d’éco-conception soutenu par l’Ademe. Elle débouche sur une certification d’une durée de trois ans. Pour l’obtenir, les entreprises doivent être auditées sur la direction et leur gouvernance, les processus de vente, la conception, la production, les activités support, les achats et les matières premières, la logistique et la communication. Des formations sur les matériaux recyclables, la réduction des déchets… sont également proposées.

 

100 000

C’est, en tonnes, le volume annuel des déchets issus de la PLV

Source : Popaï

 

La collecte en ordre de marche

Valdélia, organisme agréé par le ministère de l’Ecologie, propose deux modes de collecte :

– L’enlèvement sur site, par exemple sur le point de vente (dans le cas de grandes quantités de matériels à recycler : plus de 2,4 tonnes)

– Le dépôt en des lieux précis où sont installées des bennes de récupération

Le montant de l’écocontribution pour les marques est de 110 euros par tonne de matériels de PLV. Le non-respect de la loi entraîne une sanction administrative du ministère de l’Ecologie équivalant à 2,5 fois le montant de l’écocontribution.

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