Maquillage : le liner force le trait

Kevin Tachman pour Christian Dior Parfums

Inspirée par les défilés, aidée par des formules qui facilitent les tracés, la consommatrice se réapproprie le maquillage des yeux et ose des dessins plus graphiques.

«Depuis plusieurs saisons, le travail sur les liners devient de plus en plus important, constate Carole Colombani, make-up artist pour la France de Gemey-Maybelline. Il est loin d’être classique : on l’a vu épais, graphique…» En effet, les défilés des griffes de luxe, en prêt-à-porter comme en haute couture, ne sont pas étrangers au retour de l’œil de biche. «Les liners ont été popularisés par les réseaux sociaux : les photos de défilés sont diffusées rapidement et les tutoriels en vidéo permettent aux femmes de s’approprier les looks», poursuit la maquilleuse.

Graphique, naturel ou glamour

Un énième come-back avant que le nude ne reprenne ses droits ? Peut-être pas. Cette fois, il ne s’agit pas d’un simple revival rétro, comme on a pu le voir ces dernières années avec le combo bouche rouge et virgule appuyée au coin de l’œil. La créativité est de mise : appliqué au ras des cils, dans le pli de la paupière ou même sous l’œil, estompé pour réaliser un smoky, avec une virgule plus ou moins longue, voire deux traits, des étoiles… Le liner se prête à toutes les fantaisies pour des looks au choix, graphiques, glamour, naturels… «Chaque femme peut ainsi créer son propre style, estime Sabine Stadlbauer, executive director marketing du fabricant de crayons Faber-Castell. De plus, ce sont des produits qui ne coûtent pas très cher.»
Si la référence reste le noir, la couleur s’est offert une jolie percée. «Le liner bleu repéré sur le défilé printemps/été 2014 de Kenzo a lancé une tendance pour des traits Klein très épais», se rappelle Carole Colombani. Mais le trait coloré, qui se décline même en jaune, reste dédié à une mise en beauté printanière ou estivale. Pour autant, «les tons bruns ou vert émeraude peuvent être une alternative au noir en hiver». La couleur est plutôt compatible avec un autre geste qui monte, l’underliner. Ce trait dessiné sous l’œil présente l’avantage d’être appréhendé facilement par la consommatrice. «Grâce aux nouvelles formules de crayon, grasses mais séchant rapidement, le trait ne coule pas et l’application sous l’œil pose moins de problème de symétrie», précise la make-up artist.

Une offre étendue

Si les femmes ont pu s’approprier la tendance, c’est aussi parce que l’industrie a considérablement innové. «L’élargissement de l’offre a permis aux consommatrices de repérer leur outil, insiste-t-elle. Une fois qu’elles l’ont trouvé, elles en changent rarement : c’est une question d’affinité, d’angle, de confort, d’embout, de texture…» Parmi les nouvelles propositions notables, on peut citer le liner à trois pointes (3-Dot liner de Clarins, Intuitive liner de Bourjois), les versions en patch (Eyeliner patch de Sephora) dont certaines sont colorées ou métalliques (Mirror eyes de Dior), les gros feutres (Super liner blackbuster de L’Oréal Paris, Master graphique de Gemey-Maybelline), les biseautés (They’re real! Push-up liner de Benefit)… Parallèlement, les classiques se réinventent : les versions en pot redoublent de tenue et d’intensité (Ultra intense super-saturated perversion d’Urban Decay), les crayons se dotent de formules crémeuses (stylo longue tenue Chanel)… Il existe deux grands basiques, «le crayon gras, facile à appliquer, qui peut être discret ou accentué, et l’eye-liner feutre, qui est un geste un peu plus technique au résultat plus proche de la pin-up», expose Carole Colombani. Le trait fin, presque calligraphié au ras des cils, appuyé sur le bord externe et qui part en virgule est d’ailleurs très présent.

Des formules améliorées

Côté fabricants, la directrice marketing de Faber-Castell relève deux tendances : «Un retour du kajal classique, dans sa forme conique, noir profond, facile à utiliser, raconte Sabine Stadlbauer. De l’autre, la vogue des formules liquides dont la flexibilité permet de créer un style unique». Au-delà de ces différents usages, elle pointe des disparités géographiques. «En Europe, Russie incluse, et en Asie, la catégorie des crayons en bois reste très forte. Aux États-Unis, en Amérique latine et en Inde, ce sont plutôt les stylos mécaniques, car ces marchés sont demandeurs de produits pratiques, développe-t-elle. Globalement, les mines feutres ont le vent en poupe grâce à la tendance mondiale de l’œil de biche.» Sabine Stadlbauer note aussi que les formules se sont considérablement améliorées : elles sont plus glissantes, tiennent plus longtemps sans couler… Les demandes des clients du fabricant allemand vont toutes dans ce sens : «Longue tenue, facilité d’application, praticité», énumère-t-elle.
Comme pour tous les produits, une formulation de plus en plus sophistiquée s’accompagne de contraintes, surtout réglementaires. «Les clients exigent des formulations qui soient conformes aux législations mondiales, y compris à celle de la Chine, ce qui n’est pas toujours chose facile, admet Sabine Stadlbauer. Les avis sont aussi contrastés au sujet du pigment carbon black : pour certains il est accepté, pour d’autres, formellement interdit.» Utilisé dans sa forme «nano» pour les liners et les mascaras, le noir de carbone, plus connu sous le nom de carbon black, est montré du doigt pour des raisons de toxicité, bien qu’il ait reçu un avis favorable du Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (SCCS). «L’intensité est nettement meilleure avec du carbon black. D’autant que la consommatrice est en demande d’un véritable noir qui ne peut être obtenu qu’avec celui-ci», remarque Sabine Stadlbauer. Autrement dit, c’est encore l’utilisatrice qui trace la route du liner.

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