Distributeur de l’année : Isabelle Parize, la conquérante

L’événement 2014 a été incontestablement le rachat de Nocibé par Douglas. Une opération menée, côté vendeur, par Isabelle Parize qui a su obtenir de ses nouveaux propriétaires de conserver l’enseigne sur le marché français et de rester aux commandes.

Qui aurait parié à l’été 2011 quand Isabelle Parize est arrivée aux commandes de Nocibé qu’à l’unanimité, la rédaction de CosmétiqueMag la désignerait comme le distributeur de l’année 2014 ? Les spécialistes de la parfumerie la regardaient un peu comme une intruse. Que connaissait-elle au retail en général ? Et au sélectif en particulier ? Certes, aux débuts de sa carrière, elle avait travaillé chez Procter & Gamble puis chez Henkel mais ce sont des marchés de PGC. Bien sûr, elle avait été à la tête de Quest, la maison de composition alors chez ICI, de 2005 à 2007, mais pour la vendre à Givaudan. Et il en reste le souvenir d’un choc des cultures entre cette femme à poigne et les parfumeurs.

Comme se souvient un des nez qu’elle a côtoyés à l’époque et qui prend la peine de préciser qu’il l’aimait bien: «Elle va très vite et en plus elle était trop orientée business pour nous autres créatifs ». Et il préfère rester anonyme tout comme ses collaborateurs, ses fournisseurs ou ses concurrents quand on les interroge sur Isabelle Parize. Mais tous saluent son efficacité, son professionnalisme, son exigence. «C’est une femme à qui on ne peut pas dire non», précise un de ses cadres alors qu’un de ses interlocuteurs habituels ajoute : «J’aime bosser avec elle mais la patience n’est pas son fort, en particulier avec ceux qu’elle ne trouve pas au niveau». Sans oublier son talent des réseaux.

Quel autre patron de ce type siège dans des conseils d’administration comme celui d’Air France KLM ou de Beiersdorf ? Elle-même se présente ainsi : «Je dis souvent aux équipes que rien n’est impossible si l’on fait les efforts qu’il faut. Je leur dis aussi qu’il faut oser pour provoquer la chance : oser voir loin et grand. J’aime les défis et arrivant à la présidence de l’enseigne à l’été 2011, un beau challenge se présentait à moi : réveiller la belle endormie qu’était Nocibé, petit acteur local. Aujourd’hui, elle est numéro 1 en nombre de points de vente en France et elle est un acteur clé pour le leader de la parfumerie sélective européen, Douglas.»

Le talent de vendre

Son expérience dans la maison de composition illustrait le talent pour lequel elle a été embauchée par Charterhouse, alors propriétaire de Nocibé : vendre. La mise sur le marché de ce qui était le numéro trois de la parfumerie sélective fut un long feuilleton avec son lot d’épisodes à rebondissements et de rumeurs. Alors à charge pour elle de préparer la mariée pour séduire un futur acheteur. Et la préparation de cette vente n’empêche pas la nouvelle patronne de l’enseigne de lancer en version accélérée – elle ne sait sans doute pas faire autrement – un plan de relance et de modernisation de Nocibé. Son ruban rouge à la boutonnière depuis la fin 2011, Isabelle Parize met en place un programme ambitieux dont le développement de sa marque propre. Et cela va loin puisque début 2014, elle crée les Bellista by Nocibé. Dans ces magasins d’un nouveau genre, le distributeur ose ne proposer que des produits signés Nocibé. Avec toujours un même souci, le recrutement dans un circuit également en mal de rajeunissement de sa clientèle.

Un fort pouvoir de persuasion

Elle est donc allée plus loin qu’un simple rafraîchissement de l’enseigne. Saluant le travail de ses 4 000 collaborateurs, elle estime que «les équipes ont su insuffler de la modernité, tout en veillant à préserver les valeurs fondatrices de Nocibé : la générosité, l’expertise, le conseil, le service et l’accessibilité. Tous ensemble, nous avons su faire bouger les lignes et mis notre savoir-faire et notre agilité au service des clients et des marques».

Clairement elle a pris goût à son nouveau métier. Et est devenue assez convaincante pour que Douglas garde l’enseigne Nocibé sur le marché français et lui confie le destin de ses magasins dans toute l’Europe du Sud. Comme le souligne un de ses grands fournisseurs, «parfois on se demande qui a racheté l’autre». Parallèlement elle continue à renouveler l’offre en proposant ainsi à la consommatrice, sur son site marchand, un service – Unique – de parfum sur mesure (69,90 euros pour 50 ml d’eau de parfum). Comme quoi les rumeurs de rachat ne freinent pas les innovations d’Isabelle Parize. En effet, le fonds Advent, propriétaire de Douglas, ne cache pas son intention de vendre ses parfumeries. Un nouveau défi à court terme ? À suivre.

 

« Il faut oser pour provoquer la chance : oser voir loin et grand. J’aime les défis. »

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