Développement durable : un nouveau paradigme l’oréalien

Nathalie Oundjian/L'Oréal

Plus d’un an après l’annonce de ses ambitions en matière de développement durable et/ou de responsabilité sociétale, L’Oréal fait le point sur ses initiatives.

Pas de belles histoires ou de beaux sentiments sans retombées concrètes. Alexandra Palt, directrice responsabilité sociétale et environnementale de L’Oréal depuis 2012, campe sur les positions présentées dans le cadre du projet Sharing Beauty with all  annoncé il y a dix-huit mois. Fin avril, elle en a dressé un premier bilan. Car, rappelle-t-elle, «aujourd’hui, tout le monde parle de développement durable, mais comment juger du sérieux d’un programme ? Nous nous sommes engagés à rendre compte et pour cela, nous avons mis un indicateur en face de chaque objectif. Par ailleurs, nous avons constitué un groupe de critical friends (voir encadré) afin de nous confronter une fois par an à des acteurs engagés sur le terrain du développement durable et sociétal. Et ils nous donnent aussi des idées pour aller encore plus loin».
Côté innovation produits, Alexandra Palt se veut modeste en assurant qu’elle ne fait que coordonner, tout en précisant les changements qu’entraîne Sharing Beauty with all : «Jusqu’ici, il y avait deux paradigmes, la performance produit et la performance économique. Il existe maintenant une troisième obligation, la responsabilité environnementale et/ou sociétale. Cette nouvelle grille de travail n’est pas optionnelle. Nous devons être courageux collectivement». La fiche RSE comprend onze critères que ne peuvent négliger marketeurs et développeurs afin de savoir s’ils les améliorent. Si ce n’est pas le cas, il faut revoir la copie, sachant que 100% des innovations du groupe doivent avoir un impact social ou environnemental positif. Cela est également valable pour les rénovations. Au programme, la réduction des émissions de gaz à effet de serre alors que les volumes de production augmentent. Celle-ci passe par la baisse de la consommation d’énergie, y compris dans les transports de produits, et un recours aux énergies renouvelables.

Garantir la traçabilité

Évidemment, les ingrédients entrent aussi en ligne de compte. À ce sujet, la directrice ajoute : «Sur la biodégradabilité comme sur la biodiversité, un travail formidable a déjà été réalisé.» Elle prend l’exemple de l’huile de palme. Si tout le monde est d’accord pour lutter contre la déforestation, comment savoir de quelles plantations viennent ses dérivés dans la chaîne des fournisseurs ? Il faut aller voir sur place avec pour ambition de garantir la traçabilité de l’ensemble des dérivés en 2016, un travail encore expérimental bien sûr lié au sourcing responsable, ou solidarity sourcing en l’oréalien.
Ainsi, le groupe s’est associé à Solvay dans le cadre d’un programme indien sur l’approvisionnement en guar (épaississant et émulsifiant utilisé pour la coloration et les capillaires). Celui-ci doit contribuer à améliorer les conditions de vie de 1 500 fermiers. Solvay fait sans doute partie du club des fournisseurs qualifiés de «stratégiques», autrement dit accompagnant durablement la politique de L’Oréal. Sont ainsi appelées les entreprises dont la valeur ajoutée est «significative» pour le groupe par leur poids, leurs innovations, leur alignement stratégique et leur déploiement géographique. Elles représentent 60% du montant des achats directs. Ce plan d’action est l’un des exemples des moyens mis en œuvre pour augmenter le niveau de vie de différentes communautés.
«Oui, assure Alexandra Palt, une entreprise doit contribuer à la lutte contre la pauvreté. Cela appartient à notre culture, à nos valeurs. Nous devons évoluer dans une société apaisée, mais comment créer des programmes qui sortent les personnes de la pauvreté, comment les inclure dans la chaîne de valeur ? Comment étendre l’élan créé avec Matrix et nos microdistributeurs ?» Lancé dès 2010, il s’agit d’un projet de microdistribution destiné aux coiffeurs des favelas. Des microdistributrices reçoivent une formation en technique et gestion puis travaillent avec les salons de leur quartier, à qui elles vendent les produits, rémunérées par une commission. On en comptait près d’un millier en 2014.

Développer le dialogue

Les bénéficiaires de ces programmes ne font probablement pas le lien avec L’Oréal. Qu’en est-il des ONG, avec qui le groupe a souvent eu des relations difficiles, ou des consommateurs ? Avec les premières, L’Oréal assure vouloir développer le dialogue et multiplie les rencontres collectives à travers le monde, au Brésil, en Inde, en Chine, en France, etc. Quant au consommateur, même s’il est sensible aux alarmes médiatiques, plus ou moins crédibles, que sait-il du développement durable ? Et qu’en attend-il vraiment ? Cela est d’autant plus difficile à cerner que les attentes changent en fonction des pays. Faire de cette politique un atout différenciant lors de l’achat, tel est sans doute le défi de demain.

Des amis critiques

José María Figueres Olsen, ancien président du Costa Rica et connu pour son engagement en matière de développement durable, Lo Sze Ping, écologiste chinois passé par Greenpeace et directeur général de Greenovation Hub, Mehjabeen Abidi-Habib, Pakistanaise spécialiste de la gestion des ressources naturelles, la princesse sud-africaine Celenhle Dlamini, l’une des directrices de l’Ubuntu Institute qui travaille avec l’Onu, l’Américaine Analisa Balares, fondatrice et PDG de Womensphere, Christian de Boisredon, fondateur de Sparknews qui identifie les projets innovants et positifs à travers le monde, et, pour cette édition 2014, Edmund Blaney, spécialiste du marketing durable… Ils constituent le panel des critical friends qui se réunissent avec Jean-Paul Agon afin d’examiner les avancées du groupe et de suggérer des améliorations. Prochaine réunion au Brésil avec, pour thème principal, les aspects sociaux et sociétaux.

 

Quatre engagements pour 2020

Innovation : tous les produits doivent avoir un bénéfice environnemental (matières premières renouvelables ou issues de la chimie verte, réduction de l’empreinte environnementale, notamment pour l’eau, amélioration du packaging) ou social positif. En 2014, c’était le cas pour 67% des lancements.

Production : réduction de 60% des émissions de CO2 dans les usines et centrales de distribution, de 60% de la consommation d’eau par produit fini par rapport à 2005, de 20% versus 2011 pour le transport des produits, zéro déchet en décharge. L’année dernière et par rapport à 2005, les émissions de CO2 ont été réduites de 50,2%, la consommation d’eau de 36%, la génération de déchets de 23,1%. L’indicateur sur les transports n’est pas disponible et 3,8% des déchets sont partis à la décharge l’an dernier.

Consommation : chaque nouveau produit aura son profil environnemental et sociétal et ces informations seront accessibles au consommateur, chaque marque aura établi ce même profil et pris des engagements pour l’améliorer. Elle rendra également compte de ses progrès, un comité consultatif de consommateurs pourra influencer les actions en faveur du développement durable. En 2014, 22% des marques ont évalué cet impact et 25,4% ont effectué une action de sensibilisation auprès du public. En revanche, les informations sur le Product Assessment Tool élaboré en 2014 ne sont pas encore disponibles.

Partage : une action en trois volets (salariés, fournisseurs et communautés). La nouvelle politique sociale, The Body Shop compris, doit être finalisée en 2015 avec une couverture santé alignée sur les meilleures pratiques du pays de résidence des salariés, une protection financière en cas d’accident de la vie et des formations proposées partout dans le monde. Les deux premiers points étaient atteints en 2014 à 85,3% et 70,1%. Par ailleurs, 81,7% des employés ont bénéficié d’au moins une formation dans l’année.

Les fournisseurs, aussi, doivent s’adapter à ces nouvelles règles, notamment ceux qualifiés de «stratégiques». D’une part, ils sont évalués et sélectionnés en fonction de leurs performances sociétales et environnementales. C’est le cas pour 43% d’entre eux qui représentent 60% des achats directs de L’Oréal. D’autre part, ils doivent eux-mêmes s’auto-évaluer : 50% d’entre eux ont mené cette auto-évaluation. Dans ce but, ils auront accès en 2015 aux outils de formation du groupe afin d’optimiser leur politique. Enfin, 20% des fournisseurs seront associés au Solidarity Sourcing.

Les communautés en difficulté sociale, qui sont dans l’entourage du groupe, doivent être incluses dans ce programme. D’ici à 2020, plus 100 000 personnes doivent obtenir un emploi grâce à lui. Elles sont aujourd’hui 54 000 à en bénéficier ou à avoir accès aux métiers de la beauté.

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