Composition : le parfum cède à l’appel du cédrat

L'Occitane

Cultivé depuis l’antiquité dans le bassin méditerranéen, ce gros citron cabossé reste mal connu du grand public. Pourtant, il revient en grâce en parfumerie comme en cosmétique.

Canard au basilic et au cédrat, lotte à la coriandre et au cédrat… L’agrume s’invite de plus en plus sur les cartes gastronomiques. Il est vrai que son physique étrange, avec ses fruits oblongs pouvant atteindre 25 cm et un poids de 3 kg, a de quoi intriguer. Pourtant, cet ancêtre du citron originaire d’Asie du Sud s’est diffusé en Perse puis en Méditerranée dès le IIIe siècle avant Jésus-Christ. Comment serait-il venu d’Indochine jusque-là ? On soupçonne les botanistes qui entouraient Alexandre le Grand lors de sa grande expédition ainsi que les échanges entre Hébreux, Perses et Assyriens.
C’est dire si le fruit granuleux charrie sa part d’Histoire. D’ailleurs, il s’invite dans nombre de recettes médicinales de l’Antiquité mais aussi dans les traditions religieuses juives ; il est notamment appelé etrog, dans la fête du Soukkot, qui est aussi le nom d’un parfum de la marque confidentielle Arquiste : le cédrat s’y entoure de myrte et de feuilles de dattier pour retranscrire l’ambiance de cette cérémonie. Aujourd’hui, l’agrume est toujours cultivé aussi bien pour la confiserie que pour son essence, obtenue par expression à froid de son écorce.
La production se concentre en Italie (Calabre et Sicile), en Grèce (dans le Péloponnèse et en Crête), ainsi qu’en Corse du Nord. Car le cédratier, arbuste haut de 3 à 4 mètres, résiste moins bien au froid et à la chaleur que les autres rutacées, et exige des hivers doux comme des étés tempérés.

La star des eaux fraîches

Le climat protégé du Cap Corse a permis sa culture, très importante aux XIXe et XXe siècles, avec l’essor des eaux de Cologne, comme l’Eau de Fleurs de Cédrat au catalogue de Guerlain dès 1920. Les Corses le surnomment même «la pomme d’or», tant les vergers de cédratiers ponctuent le paysage du nord de l’île.
Et l’ingrédient reste une star des eaux fraîches. En témoignent les récents Tilleul Cédrat de Fragonard, Cologne Cédrat de Patricia de Nicolaï et Cédrat Enivrant d’Atelier Cologne. Ou encore l’édition 2015 de la Cologne de l’Herboriste Bien-Être (Lascad), à l’extrait de cédrat des jardins de Corse et de Méditerranée. Un exercice qui ravit son auteur, Sidonie Lancesseur (Robertet, avec Michel Almairac). «Son essence est plus complexe, plus acidulée et verte que celle de citron, avec presque une note florale à l’image du magnolia. Lorsqu’on les associe, la première gomme l’aspect citrique de la seconde, plus rêche et agressive. Le cédrat me renvoie aussi une image joyeuse de l’arbre en feuilles et du soleil méridional».
Car si son essence coûte près du triple de celle du citron, elle présente aussi une facette boisée unique, proche du cèdre, d’où son nom. Il suffit de gratter l’écorce pour la faire surgir. Depuis peu, l’agrume bosselé s’invite en cosmétique, notamment dans la nouvelle offre masculine de L’Occitane (eau de toilette et gel douche, mais aussi nettoyants et soins visage). «Après notre partenariat pour l’immortelle corse, nous cherchions un autre produit local, explique Jean-Louis Pierrisnard, directeur scientifique R&D de L’Occitane. D’après nos tests sur les extraits issus de macération huileuse du fruit, ceux-ci relancent l’énergie de la cellule, tout en assainissant la peau, avec des pores resserrés. Bien sûr, pour le parfum, nous contrôlons la distillation en évitant le développement des furocoumarines photo-sensibilisantes.»
Ces vertus n’ont pas échappé à Bio Beauté de Nuxe, qui propose aussi des soins à l’extrait de cédrat bio. Un retour en grâce mérité pour cette «grande gueule» des agrumes.

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