Carte blanche : Alexandra Carlin

Nathalie de Lopez

Parisienne formée à Grasse et aujourd’hui parfumeur chez Symrise, l’auteur du dernier opus de L’Atelier de Givenchy aime retranscrire les milliers d’images que lui évoquent les matières premières, notamment les naturels.

Les hommes qui ont compté

«Le parfumeur interviewé sur France inter en 1998, l’année de mon bac. C’est en écoutant l’émission par hasard que j’ai découvert le métier et que j’ai eu envie de faire du parfum mon moyen d’expression. S’il se reconnaît, qu’il me fasse signe ! Chez Robertet, il y a eu Daniel Maurel, qui m’a ouvert ses formules comme d’autres ouvrent leur cœur et qui m’a fait découvrir Grasse au rythme des floraisons. Puis bien sûr Maurice Roucel, grâce auquel je suis nez chez Symrise et qui a été mon mentor. Ses parfums sont à son image : entiers, simples et généreux. Un de ses plus précieux conseils a été de toujours garder à l’esprit l’idée créatrice d’une composition, comme un fil d’Ariane qui permet la lisibilité de la fragrance.»

Les matières qui l’ont marquée

«Tous les naturels sont magiques, tant leur pouvoir d’évocation est presque surnaturel ! Je me souviens de la première fois que j’ai senti de l’absolu bourgeon de cassis ou de l’essence de ciste, une vraie claque ! Un paysage de commencement du monde pour le premier, une porte qui grince pour l’autre… J’aime tous les bois, notamment le vétiver, qui m’évoque la terre qui s’embrase. J’ai eu la chance d’en déraciner moi-même lors d’une trépidante expédition de parfumeurs à Madagascar. Parmi les synthétiques, je citerai l’ambroxan : plus on en met, meilleur c’est, comme dans Bois d’Argent de Dior.»

Les sources qui l’inspirent

«Tout est prétexte à la création dès qu’il y a une émotion. Les épopées de Joseph Kessel ou d’Albert Cohen, avec leurs personnages hauts en couleur et au destin hors du commun, les défilés-spectacles d’Alexander McQueen, les chorégraphies d’Akram Khan ou d’Angelin Preljocaj, l’Outre-noir de Soulages… Et bien sûr, les voyages, très loin, notamment en Inde, où je vais souvent. Il n’y a pas de pays plus dépaysant et pourtant je m’y sens chez moi.»

Les parfums qu’elle porte

«Je suis fidèle à Escale à Portofino de Dior depuis sa création. J’aimerais parfois être un homme, pour pouvoir m’inonder de Fahrenheit et d’Habit Rouge. Et concernant mes essais, j’ai la chance d’avoir beaucoup d’amis qui sont mes “bêta testeurs” !»

Parcours

Après un baccalauréat littéraire et trois années «d’imposture» en fac de chimie, Alexandra Carlin intègre l’Isipca en 2002. Elle fait son alternance chez Parfums Christian Dior auprès de Marie-Laure Souvie, qui l’aide à entrer chez Robertet à Grasse. Elle remonte à Paris en 2007 pour rejoindre l’équipe parfumerie fine de Symrise. Elle fait également partie du GFIM, un groupe de huit nez qui décident de la palette des naturels et collaborent avec la R&D en Allemagne au développement des nouvelles molécules. Elle est l’auteur de Honour Woman d’Amouage (2012), Dream Angels Blush de Victoria’s Secret (2013), de nombreuses créations pour Oriflame et O Boticário, d’Anna de Blumarine (avec Maurice Roucel, 2014) et du nouveau parfum de la collection L’Atelier de Givenchy autour de l’immortelle.

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