Altercosmeto : Éric Bordron

© Bruno Mazodier

La mer et ses algues avec Algologie puis Docteur Renaud avec ses fruits et légumes, Eric Bordron, par le biais de sa holding Altercosmeto, construit une entreprise liée à la nature. Sans négliger pour autant une activité sous-traitance dans son usine bretonne.

C’est en pleine crise, en 2008, qu’Éric Bordron commence à regarder le marché et à se poser à nouveau la question de l’entrepreneuriat. Il est alors directeur e-commerce chez Clarins après être entré dans le groupe aux débuts des années 2000 embauché par Vera Strubi chez Mugler. Un bon souvenir puisqu’il évoque «un CRM monde sans limite à la créativité» et estime y avoir enrichi sa culture de la connaissance du consommateur, du marketing relationnel. Sa volonté d’être son propre patron l’emporte cependant et le mène à s’intéresser à la vente directe avec un préalable, avoir sa propre usine. D’où l’achat mené en 2009 par Altercosmeto, holding avec des partenaires privés et Phillimore, fonds de private equity, des laboratoires d’Armor.

Éric Bordron qualifie de «cession douce» cette opération qui le dotait d’un outil industriel neuf et spécialisé dans le façonnage et labellisé Ecocert. Il lance donc la marque La Presqu’Île en vente directe. Mais en dépit d’un panier moyen à 120 euros, l’expérience tourne court. D’où un recentrage sur l’activité de sous-traitance avec cependant une marque, Algologie, destinée au marché professionnel et vendue dans une quarantaine de pays. Installée sur la presqu’île de Pen Lan dans les Côtes d’Armor, en face de Bréhat, celle-ci joue à fond la carte des algues et de la mer.

À l’heure de la croissance externe

Fin 2013, l’expérience est suffisamment concluante pour que l’entrepreneur double sa capacité de production et envisage une nouvelle étape passant par la croissance externe. PricewaterhouseCoopers est mandaté pour identifier une cible. Ce sera en 2014 Docteur Renaud, marque à base d’actifs issus des fruits et des légumes, qui était alors dans le giron du groupe Nuxe. «Nous restions dans notre logique du naturel même si c’est la terre après la mer et notre positionnement professionnel ce qui permet une mutualisation des forces de vente et un discours commun centré sur l’esthéticienne», souligne Éric Bordron. La marque est en effet alors vendue dans 400 instituts en France mais aussi, en exclusivité pour les parfumeries, chez Douglas avec un positionnement entrée de gamme (prix moyen autour de 21 euros). Cette exclu se poursuit chez Nocibé. Parallèlement, un nouveau fonds, XAnge (Banque postale), lui aussi minoritaire, entre au capital.
Aujourd’hui, cette acquisition digérée et avec un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros, l’heure est au développement. D’une part avec Docteur Renaud qui doit élargir sa distribution et enrichir sa gamme. D’autre part avec Algologie qui lance des produits retail toujours positionnés sur la nature (80% d’ingrédients naturels) et en entrée de marché (aux alentours de 30 euros). Avec ces deux marques, la mutualisation s’étend également à la formation avec un vrai service proposé aux esthéticiennes au siège parisien. Par ailleurs, Altercosmeto parie sur son savoir-faire en façonnage. «Nous sommes des experts de la moyenne série (de 50 000 à 60 000 unités à la référence), pouvons développer les formules et mettre en pack», explique le président. Et il ajoute : «Nous cherchons une marque française, sans usine, complémentaire de notre offre – ce qui exclut une gamme marine – et vendue dans le réseau sélectif et/ou en instituts.» Une volonté clairement affichée de poursuivre sa politique d’acquisitions.

Son parcours

La première partie de la carrière d’Éric Bordron a été consacrée à l’étude du comportement du consommateur et aux bases de données. Chez Claritas d’abord (1993-1998), puis dans une structure qu’il avait créée et enfin chez Clarins où il est entré en 2000 pour travailler sur le marketing relationnel. «Mon métier était la connaissance du consommateur et le CRM», explique-t-il. Chez Clarins, il fait ses premiers pas dans la vente directe avec Joël Palix, autre spécialiste de ce secteur et alors en charge des parfums. En 2004, à la demande d’Olivier Courtin, président du groupe, il crée sa première plateforme B to C avant de se lancer dans l’aventure d’Altercosmeto en 2009.

Facebook
Twitter