Ingrédients : le visage entre dans la lumière

La radiance supplante désormais le traitement des rides dans les attentes consommateurs. Au-delà des solutions immédiates, les marques réclament une action sur le long terme.

C’est l’un des it-mots du moment : la radiance. Néologisme venu de l’anglais, ce nouveau Graal de l’anti-âge pourrait se traduire par l’éclat du visage ou plus spécifiquement, sa luminosité. «La radiance est indépendante de la couleur de la peau, rappelle Fabrice Lefèvre, global scientific marketing manager d’Induchem. Une belle lumière est avant tout correctement réfléchie.» Le moyen le plus sûr d’y parvenir ? Avoir la surface la plus lisse possible.
«Pendant longtemps, la luminosité du teint a été traitée à l’aide de pigments, pour un effet immédiat», poursuit Fabrice Lefèvre. Dioxyde de titane, soft-focus, flouteurs… Bienvenue dans l’ère du blur : des formules qui apportent instantanément une action réfléchissante de surface. Par un effet de correction optique, les ridules sont lissées, les imperfections gommées… Les spécialistes du pigment ont d’ailleurs élargi leur offre dans ce sens : les RonaFlair de Merck, dont le récent Balance Green neutralise en plus les rougeurs, les Chione HD de BASF… Ces derniers ont d’ailleurs été mis à l’honneur dans la collection couleurs 2016 de la société allemande. Parmi les formules présentées pour valoriser le catalogue de BASF, les clients du groupe ont pu découvrir un Graceful Radiance Serum contenant un mélange de Chione HD Digital Pink et Metric Violet, des micas synthétiques qui infusent de la luminosité. «La radiance est devenue un prérequis, assure Valérie Pian-Parison, marketing manager personal care Europe chez BASF Care Creations. Pour booster l’interaction avec la lumière, nous avons deux approches : les nacres blanches interférentielles ou les métalliques colorées.»
Si l’effet immédiat séduit, il s’efface au premier démaquillage et pour assurer même sur peau nue, les marques se tournent vers les producteurs d’actifs. Comme le martèle Fabrice Lefèvre : «On constate une demande croissante pour une réponse biologique à un problème physique». Selon lui, le premier point à corriger est la surface de la peau, comme le ferait un flouteur. «Cela peut être réalisé grâce à des tenseurs ou des actifs qui vont stimuler la synthèse de constituants de la matrice extracellulaire», poursuit-il.

Une décomposition des facteurs

Dans la collection d’extraits botaniques New Radiance, le français Naturex a mis en avant ses ingrédients riches en AHAs exfoliants pour justement «renouveler la peau en surface de façon rapide», explique Yohan Rolland, business manager personal care de l’entreprise. Les extraits d’hibiscus et de cranberry du fournisseur ont été titrés en acides organiques, dans des concentrations comprises entre 7% et 45%. Ils permettent d’éliminer les cellules mortes qui vont de pair avec les irrégularités et qui ternissent le teint.
Le travail sur les pigments et l’action en surface sont des premiers pas, mais d’autres données sont à prendre en compte. «D’un point de vue biologique, nous allons aborder la radiance sous plusieurs angles pour traiter le problème dans sa globalité», souligne David Boudier, responsable de la communication scientifique de Silab, spécialiste des actifs anti-âge. «En premier lieu, il faut détoxifier la peau car le cumul des éléments cellulaires oxydés favorise un teint terne», expose-t-il. Parmi les réponses possibles du catalogue de Silab, le responsable de la communication scientifique propose deux façons de prendre en charge le problème : activer un mécanisme cellulaire puissant de détoxification tel que l’autophagie avec CellDetox et lutter contre la pollution et la formation d’agrégats de protéines oxydées qui en résulte avec Apolluskin (qui cible un récepteur aux hydrocarbures aromatiques, l’AhR).
Baisser le taux de protéines oxydées, «qui vont absorber la lumière», selon Fabrice Lefèvre, est aussi la priorité d’Unilucent-HR14, développé par Induchem. L’entreprise a mis en évidence des métabolites secondaires de la plante de résurrection ou Haberlea rhodopensis, qui se sont révélés de puissants antioxydants double action : sur la fermeté (stimulation de la synthèse de collagène, action sur les fibroblastes dans la matrice extracellulaire) et sur la défense des protéines contre l’oxydation. «Les tests ont été réalisés sur des explants de peau stressés par les UV pour constater l’effet protecteur de notre actif», précise Fabrice Lefèvre.
Chez Silab, David Boudier évoque un deuxième champ d’action qui séduit souvent les services marketing, celui de l’oxygénation. «L’Oxygeskin lutte contre le stress hypoxique et améliore la synthèse de cytoglobine pour faciliter le transport de l’oxygène parmi les cellules, explique-t-il. Les résultats de nos tests ont montré un effet bonne mine et une hausse de la couleur rosée de la peau.» Cet effet peau de bébé est aussi en ligne de mire du Gatuline Radiance de Gattefossé, mais avec un mécanisme différent puisque son pouvoir illuminant vient d’une double action sur la microcirculation et la nutrition.

La quête du teint parfait

Ce dernier point est important. Mais, aussi évident soit-il, il est parfois oublié qu’un visage hydraté et nourri aura plus de luminosité. «La bibliographie nous montre qu’une peau carencée aura tendance à être plus terne, expose David Boudier, trouvant là son troisième axe de travail. Fin 2014, nous avons relancé notre actif nourrissant Nutripeptides (des di- et tripeptides de riz), assorti de nouveaux tests démontrant une belle action sur l’éclat.»  Il évoque enfin une dernière approche, peu prise en compte : la purification. «Nos actifs comme le Sebocytine (matifiant) ou le p-Refinyl, qui empêche la rigidification des pores et évite qu’ils ne se dilatent, sont intéressants car ils affinent le grain et limitent la brillance.» Un constat partagé chez Expanscience, qui a récemment lancé un actif destiné aux peaux grasses, Pixalia. Celui-ci revendique un «effet Photoshop» en améliorant la qualité du sébum produit et en traitant l’inflammation.
La réflexion de la lumière n’est plus le seul challenge des fournisseurs d’ingrédients, confrontés à une requête plus sophistiquée : celle du teint parfait. «C’est une demande globale, mais les attentes sont différentes selon les origines géographiques : pour une Asiatique cela passe par la radiance avec, en plus, un effet blanchissant et antitaches, tandis que pour les Occidentales, il s’agira de maîtriser les rougeurs», rappelle Fabrice Lefèvre. Lors du prochain In-Cosmetics à Barcelone, Induchem proposera sa solution polyaction, le Brightenyl, qui intervient sur la radiance, mais aussi sur la pigmentation. Quand la tendance de la perfection cutanée rejoint celle de l’actif multifonction.

Une difficile évaluation

«La radiance est l’une des mesures les plus compliquées, admet Fabrice Lefèvre, chez Induchem. Nous avons des ressources physiques pour mesurer la profondeur des rides, mais la luminosité et la pigmentation sont plus difficiles à estimer.» L’expert scientifique ajoute néanmoins que de nombreux outils existent, comme le spectromètre ou le Visia. Silab effectue la majorité des tests d’efficacité en interne et son groupe d’experts entraînés in vivo a montré que, statistiquement, «parmi tous les paramètres de la radiance, quatre contribuent particulièrement à son appréciation globale : la réflexion de la lumière, la couleur rose, la couleur olive et l’état de fatigue des yeux».

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