Parfum : l’Ambrox, synthèse de l’élégance

Il a remplacé, en note de fond, l’ambre gris naturel. Cette molécule star, pleine de complexité, apporte velouté, sensualité et modernité à nombre de parfums.

Les parfumeurs vantent sa «sensualité unique», qui n’a aucun équivalent et ne ressemble à rien d’existant. Il offre à une composition son animalité propre. L’Ambrox DL oscille entre des facettes marines, salées et minérales (très ambre gris finalement, qu’il a remplacé dans la parfumerie contemporaine) et des inflexions plus musquées, crémeuses et boisées propres. «Il me fait penser à un galet qui sèche au soleil, en fin de journée», explique Marie Salamagne, parfumeur chez Firmenich. D’autres le classent dans les notes boisées-cédrées. Il peut évoquer aussi une résine de pin (il en a la tonalité presque labdanum). Cette molécule de synthèse artificielle a la particularité d’être à tous les coups addictive et de faire l’unanimité (chez les aficionados du parfum et parmi les compositeurs eux-mêmes). Romano Ricci, créateur de la marque Juliette Has a Gun, l’a surdosée dans Lady Vengeance et Calamity J, et en a fait un ingrédient porte-bonheur jusqu’à le glisser dans presque toutes ses compositions : «C’est difficile pour moi de ne pas en mettre, il est devenu le symbole de ma Juliette !». 

Des facettes boisées et musquées

Si cette molécule a été découverte en 1949 par Firmenich, synthétisée en laboratoire à partir du sclaréol (composant naturel de la sauge sclarée), on dit que c’est dans Azzaro pour Homme (1978) qu’il apparaît de façon significative. Depuis, il éclabousse de sa magie un grand nombre de créations, indifféremment féminines et masculines. Note de fond, il donne à Light Blue (Dolce & Gabbana, 2001), fruité-floral signé Olivier Cresp, sa prodigieuse effervescence. Dans Stella (Stella McCartney, 2003), l’Ambrox prolonge à l’infini la note rosée sur la peau et lui donne un peu plus de modernité. L’Eau des Merveilles (Hermès, 2004), un «antifloral», est un hymne à l’Ambrox qui, plus encore que le cœur, est la colonne vertébrale de la composition, ce qui la rend si étrange et mystérieuse : il fait l’effet d’un halo de chaleur intense, salée et poivrée. Le Labo Another 13, parfum hypnotique, est conçu comme un cœur battant d’Ambrox simplement habillé de muscs et de notes ambrées. La sensualité lumineuse d’Acqua Di Giò Essenza (Armani, 2012), c’est encore lui ! Le parfumeur Alberto Morillas (Firmenich) en a injecté dix fois plus que dans l’original.

Un parfum à lui seul

Cette molécule sait à peu près tout faire. Elle est comme un prisme à travers lequel toutes les matières premières peuvent briller. Dans Encens Satin (Armani Privé, 2014), elle offre de la transparence et de la modernité à l’encens et lui oppose son fort tempérament. Comment assécher la note gourmande vanille-réglisse-café de Black Opium (Yves Saint Laurent, 2014) ? Surdoser l’Ambrox. «Cette molécule suggère à merveille le satiné de la peau, sa chaleur», raconte Marie Salamagne qui a eu un coup de cœur pour elle à l’Isipca (l’école de parfumerie de Versailles). Mais qu’est-ce qui la rend si différente de la plupart des molécules ? Elle se suffit à elle-même, elle est un parfum en soi et peut revendiquer une valeur olfactive propre. Il n’y a qu’à sentir Molecule 02 (Escentric Molecules, 2008) et Not a Perfume de Juliette Has a Gun (une dilution d’Ambrox dans l’alcool), paire d’Ovni monomatière (on les appelle les «solicules», comme on dit les soliflores), hommages exclusifs et monomaniaques à l’élégance de l’Ambrox DL, pour s’en rendre compte.

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