Genoskin : Pascal Descargues

Copyright, 2010

Sa start-up produit des échantillons de peau à usage de test pour les fabricants de cosmétiques et médicaments. Une aventure qui a amené ce jeune chercheur à développer de multiples compétences, de la recherche à la commercialisation.

Il aurait pu être «seulement» un brillant chercheur du CNRS. Ou de l’Inserm. «Seulement» entre guillemets, bien sûr, tant ces deux références sont des musts de la recherche, mais aussi parce que Pascal Descargues a très vite choisi d’orienter son parcours vers l’entrepreneuriat et de transformer ses connaissances sur la peau en produits innovants. «Les chercheurs sont de moins en moins de purs esprits ! En ce qui me concerne, j’ai eu, dès le début de ma thèse, un double objectif : mener des investigations en réel et aussi, suite à un cours de création d’entreprise suivi en maîtrise, valoriser mes découvertes en produits pour l’industrie ou le consommateur final.» Ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’il choisit d’effectuer son post-doc au sein du pôle (ou, plus précisément, du cluster) de biotechnologies de San Diego, où il existe un fort lien entre chercheurs et start-up. «J’ai vu là-bas de belles histoires qui m’ont donné envie de créer, mais plutôt en France parce que l’environnement y est très favorable à la création, via des aides, concours, incubateurs…»

Échantillons de peau ex vivo

La certitude de cette vocation entrepreneuriale forgée sous le soleil californien se trouve un peu refroidie – au sens propre comme au figuré – quand il rentre en France en octobre 2008. Avec une période de remise en question : «Pourquoi me lancer dans le vide alors que j’aurais pu plus classiquement présenter des concours de chercheur ?» Mais le goût de l’aventure reprend le dessus et Pascal Descargues structure son projet. D’un côté, il se forme à l’entreprise en suivant un master de management et, de l’autre, il obtient qu’un prestigieux laboratoire universitaire l’héberge pour la poursuite de ses travaux. Fin 2009, le nom de Genoskin est enregistré, avec un positionnement précis et novateur : la production de kits de peau destinés aux expérimentations (absorption, sensibilisation…), sur la base non pas de modèles reconstruits, mais ex vivo.

En 2011, un brevet initial est déposé, rapidement suivi de la création de la société Genoskin qui produit sa première référence : Nativskin. Il s’agit d’une biopsie de peau maintenue dans une matrice de 8 à 11 mm, sur laquelle on peut déposer le produit à tester, et qui a la particularité d’être cultivée ex vivo, à partir d’échantillons de peau issus d’opérations chirurgicales. Un processus qui a nécessité tout un travail «commercial» en amont. «Je monte, dans le cadre d’agréments du ministère de la Recherche, détaille-t-il, des contrats avec des CHU pour récupérer, avec le consentement éclairé des donneurs, des tissus provenant d’opérations de chirurgie esthétique qui auraient dû être détruits.»

Il a aussi fallu développer un emballage spécifique et organiser des transports ultrarapides (24 h maximum). Après deux premiers clients (Leo Pharma et Oriflame) en 2012, Genoskin a fourni ses kits et /ou des études à façon à d’autres groupes comme L’Oréal, LVMH, Yves Rocher ou Unilever. Le PDG de 37 ans reconnaît déléguer de plus en plus la recherche pour se consacrer à la prospection. «J’aime cette interactivité avec les clients. Et cela ne me gêne pas de discuter finance.» Quand il disait que les chercheurs étaient de moins en moins de purs esprits…

Son parcours

Titulaire d’un doctorat de sciences de l’Université Toulouse 3 en 2006 avec une thèse axée sur la peau, Pascal Descargues obtient, à la suite de plusieurs prix récompensant ses travaux, un financement pour effectuer un post-doc à l’Université américaine de San Diego. De retour en France en 2008, il se prépare à créer son entreprise en suivant le master de management de la Toulouse Business School tout en poursuivant ses recherches au sein d’un laboratoire du CNRS. Le 1er octobre 2011, il crée Genoskin, qui emploie aujourd’hui quatre salariés et a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 280 000 euros (+50% en un an).

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