Franchise : des financements inspectés de près

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Il est certes plus facile de faire financer un projet en franchise qu’un projet isolé, mais les dossiers présentés doivent être à la hauteur d’établissements bancaires pointilleux.

Alors que Franchise Expo Paris accueillera quelque 530 exposants et environ 37 000 visiteurs du 22 au 25 mars porte de Versailles, confirmant ainsi sa place de rendez-vous majeur du secteur, les difficultés de financement des franchisés constituent un frein au développement des réseaux. C’est en tout cas le critère cité à 62% par les franchiseurs dans l’enquête annuelle 2014 réalisée par la Banque populaire en partenariat avec la Fédération française de la franchise, avant même le prix et la rareté des emplacements ou la qualité des candidats.
Le modèle serait-il victime de la frilosité des établissements bancaires ? «Nous ne sommes pas frileux sur le financement, répond Florent Lamoureux, directeur du marché des professionnels à la Caisse d’épargne. Nous avons prêté pratiquement autant d’argent à nos clients commerçants et artisans en 2014 qu’en 2013, à 10% près parce que la demande a été moins forte. Nous sommes une banque dynamique dans l’accompagnement des TPE, encore plus dans le domaine de la franchise parce que nous avons mis en œuvre une vraie stratégie à l’égard de ce type de distribution.» «Je ne pense pas que le montant moyen des financements ait baissé, affirme de son côté Florence Soubeyran, responsable du pôle franchise et commerce associé de la Banque populaire. Ils continuent de progresser modérément. Nous avons la chance d’intervenir sur un marché très qualifié, où les dossiers sont souvent bien structurés.»

Les enseignes moins optimistes

Du côté des enseignes, la vision est un peu moins optimiste. «Aujourd’hui, il est difficile de se faire financer. La profession est blacklistée par les banques car le taux de défaillance est important, assure Didier Flipo, fondateur de Twenty Nails, concept de bar à ongles lancé en 2013. Il faut plus d’apport, plus de garanties.» De fait, Florence Soubeyran reconnaît que «c’est forcément plus compliqué pour une jeune enseigne». Le point de vente pilote doit notamment pouvoir présenter un bilan et démontrer la viabilité du concept et sa rentabilité.
Les réseaux mieux installés estiment également que le contexte est plus délicat. «Depuis le credit crunch (resserrement du crédit, NDLR), les conditions se sont durcies. Les banquiers sont nettement plus vigilants», observe Grégory Diaz, directeur administratif et financier de Provalliance (Franck Provost, Jean Louis David, Fabio Salsa, Coiff&Co, etc.). «Je ne dis pas que toutes les banques donnent une réponse positive mais il y en a toujours au moins une», nuance Vincent Benard, directeur du développement de Beauty Success. «Il ne faut pas se mentir, elles accompagnent les dossiers solides. Cela nous oblige à sélectionner les candidats sur la motivation, la passion du métier, leur capacité de gestion et leur apport financier», convient Laurent Treuil, directeur associé en charge du développement de la franchise L’Onglerie.
Peu de chances que le dossier passe si le montant de l’apport personnel n’est pas de 30%. La dernière enquête de la franchise révèle que le niveau de ressources personnelles allouées au projet dépasse ce ratio et atteint 42%, une proportion stable par rapport à 2013. Pour leur projet de création, les franchisés peuvent recourir, outre leurs ressources propres et l’emprunt classique, à d’autres formes de financement comme le crédit-bail, le prêt à la création d’entreprise BPI, le prêt à taux zéro Nacre, un prêt d’honneur ou autre prêt régional. Passion Beauté a passé des accords avec la Socorec, structure du Crédit coopératif dédiée aux groupements coopératifs, qui facilitent le financement de nouveaux projets, via un système de prêt participatif abondé par le groupement. Ce levier permet d’augmenter la capacité financière du candidat et il est assorti d’une franchise de remboursement de trois ans sur le capital. Activé dans quatre projets sur cinq, ce dispositif «n’est pas sans lien avec l’accélération du déploiement de notre enseigne», considère Benjamin Bottura, responsable du développement de Passion Beauté.

Le franchiseur lui aussi évalué

Les banques examinent aussi avec attention le business plan car «le remboursement du prêt dépend directement de sa bonne réalisation», souligne Florence Soubeyran. Mais les indicateurs financiers ne sont pas tout, et des éléments moins tangibles sont également pris en compte, comme la qualité de l’emplacement, la personnalité du candidat, son parcours professionnel, son degré de motivation et d’implication, ses capacités entrepreneuriales, commerciales et de gestionnaire. «Le franchisé aura beau avoir accès à un certain nombre de services du franchiseur, c’est un chef d’entreprise responsable de son compte d’exploitation», martèle Florent Lamoureux, de la Caisse d’épargne. En cette période économique complexe, le profil de franchisé exploitant est préféré à celui d’investisseur. «Le premier, aux commandes de son entreprise, obtient de meilleurs résultats qu’un point de vente porté par un investisseur, dès lors que celui-ci en confie l’exploitation à un salarié», constate Florence Soubeyran.
Mais le franchiseur fait lui aussi l’objet d’une analyse approfondie : la qualité de son concept, sa notoriété et son image de marque, les outils et méthodes qu’il a mis en place pour transmettre son savoir-faire, sa déontologie sont ainsi auscultés. être adhérent à la Fédération française de la franchise est, de ce point de vue, particulièrement apprécié par les établissements bancaires.

Un modèle favorable

Enseignes et banques ont, pour une partie d’entre elles, noué des relations étroites. Autrement dit, les premières ont rencontré les pôles franchise des secondes, leur ont transmis un certain nombre de documents comme le DIP (document d’information précontractuelle) et le contrat de franchise. Le but ? Faciliter l’acceptation des dossiers et accélérer le processus de décision. «Ce dernier sera plus rapide si nous connaissons l’enseigne et encore plus rapide dès lors qu’elle est référencée», confie Florence Soubeyran. Cela ne signifie pas pour autant que les banques financeront tous les projets de ces réseaux. Les franchiseurs interrogés pour cet article concèdent qu’ils n’ont pas enregistré récemment de refus pour des créations ou des acquisitions de points de vente par un franchisé, sauf en ce qui concerne des rénovations d’unités existantes. Côté franchisés, ils sont 62% a déclaré que ce statut a joué en leur faveur dans l’obtention de leur crédit, selon l’enquête annuelle de la franchise.

Baisse des prêts intermédiaires

 

Montant des financements bancaires obtenus (y compris le crédit-bail)  Franchisés bénéficiaires

 2012 2013 2014

Moins de 50 000€                                           18%       20%       25%

Entre 50 et 100 000€                                      24%       20%       17%      

Entre 100 et 200 000€                                    28%       30%       21%

Entre 200 et 500 000€                                    22%       21%       23%

Plus de 500 000€                                        8%          8%          15%

Source : 11e enquête annuelle de la franchise tous secteurs réalisée par Banque Populaire en partenariat avec le Fédération française de la Franchise.

 

Pour 38% des franchisés, le financement bancaire obtenu est supérieur à 200 000€, alors qu’il est inférieur à 50 000€ pour un franchisé sur quatre.

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