Coiffure : « Nous n’arrêtons pas de nous renouveler »

Franck Provost fête le quarantième anniversaire de sa marque éponyme, la principale enseigne du groupe Provalliance. Quarante ans de passion marqués par le bouleversement du métier du coiffeur. Un point sur le groupe et sur l’évolution de la profession.

Que signifie cette fête pour vos 40 ans ?

Franck Provost : Je précise d’abord que c’est l’anniversaire de la marque Franck Provost et non de Provalliance. C’est l’occasion de remercier tous les gens qui m’entourent, les clients, les équipes, les collaborateurs… Quand j’ai ouvert mon premier salon à Saint-Germain-en-Laye – le premier sans rendez-vous –, en région parisienne, je n’avais pas élaboré de plan de développement. J’ai souhaité avancer pour répondre à tous ceux qui m’entouraient et me faisaient confiance. Cet anniversaire commencera par un show au Palais des Congrès à Paris le 15 mars. Cela marquera le début d’opérations qui dureront toute l’année. C’est aussi un hommage à ce métier de passion, de contact, de beauté. C’est un métier merveilleux, qui offre la possibilité de rencontres inespérées, au sein de toutes les couches de la société. C’est un métier qui exige une grande qualité d’écoute et d’intérêt pour autrui. Je pense que cela fait la différence, et également le résultat. La relation avec un client détermine tout : la création, l’envie, l’audace !

Au-delà de cette passion, en quoi ce métier a-t-il changé ?

F.P. : Tout a changé, il s’est «professionnalisé». À mes débuts, nous ne nous posions pas de questions sur le compte d’exploitation. Il fallait avoir de bonnes idées, et cela fonctionnait – c’est comme ça que j’ai instauré le sans-rendez-vous et la journée continue, ce qui n’existait pas du tout à Saint-Germain-en-Laye en 1975. Dans certains salons, le coiffeur était roi, décidait de tout et la cliente n’avait pas toujours son avis à donner, le comble… Aujourd’hui, les femmes savent ce qu’elles veulent, ce qu’elles ne veulent pas, elles sont beaucoup mieux informées, et s’assument parfaitement !

Et comment voyez-vous l’avenir des salons ?

F.P. : À l’instar des autres secteurs d’activité, nous subissons la crise. Et celle-ci est aggravée par la multiplication des auto-entrepreneurs : ils n’ont pas de charges à payer, pas d’obligation de diplôme pour exercer… En n’ayant pas les mêmes règles, les coiffeurs à domicile appauvrissent le métier, le «déprofessionnalisent» en quelque sorte. Certains de nos franchisés ont jusqu’à quinze salons, ce sont des artisans doublés d’entrepreneurs avertis. En outre, le taux de fréquentation des salons est passé à quatre fois par an et cette baisse est aussi inquiétante que sérieuse. Par ailleurs, pour qu’un établissement soit rentable, il faut que le coiffeur apprenne à gérer, comprenne un compte d’exploitation, découvre la culture d’entreprise.

Et la formation des équipes est essentielle ! Or de moins en moins de coiffeurs forment des apprentis. À la sortie de leur CAP, ceux-ci ne peuvent pas tenir une clientèle. En tant que président du Cnec (Conseil nationale des entreprises de coiffure), je suis très préoccupé par cette situation. Je plaide activement auprès des pouvoirs publics pour que nous nous engagions à garder les apprentis deux ans après leur diplôme afin qu’ils acquièrent une certaine maturité et l’expérience nécessaire pour assumer leur clientèle, tout en étant exonérés de charges pendant cette période. Enfin, il faut bien choisir son positionnement, qui doit être en adéquation avec le prix. Il est très important de cibler soigneusement sa clientèle et de respecter ce positionnement.

Votre expansion passe-t-elle par l’étranger ou des acquisitions ?

F.P. : Toutes enseignes confondues, nous avons environ un millier de salons à l’étranger, majoritairement sous les enseignes Franck Provost et Jean Louis David. L’image de Paris et celle de la mode restent très attractives. Cette expansion prend des formes diverses : filiales, master franchisés ou franchisés traditionnels. Et elle doit se poursuivre. Notre ambition est clairement de nous développer dans les Bric. Pour autant, cela n’exclut pas d’acheter des réseaux en France.

La franchise et les nouveaux concepts sont-ils une arme anticrise ?

F.P. : La franchise est une arme dans la mesure où elle permet d’identifier clairement un concept, ce qui est le cas pour chacune de nos enseignes. Mais cela ne nous empêche pas de proposer de nouveaux services au sein même de ces concepts. Jean Louis David a ses Bars à Styles avec une coiffure réalisée, sur cheveux secs, en quinze minutes pour 15 euros. Chez Franck Provost, nous proposons Indian Sun, une technique de coloration coup de soleil (six sections), soit un balayage rapide et abordable à 35 euros. Avec Niwel, dont l’égérie est Noémie Lenoir, nous nous adressons aux femmes noires ou métissées avec nos treize salons mais aussi avec la gamme Niwel Beauty, vendue dans nos Niwel Beauty Store et chez Marionnaud depuis fin 2014. Par ailleurs, nous allons créer en milieu d’année un site e-commerce Niwel, avec une offre élargie à une trentaine d’autres marques, toutes ciblées pour les femmes noires, métissées ou à la peau mate, qui ont du mal à trouver les produits spécifiques qui leur correspondent. Enfin, il y a nos nail bars avec Colorii. Nous n’arrêtons pas de créer, de nous renouveler.

Provalliance en chiffres

N°1  européen de la coiffure

N°2 mondial

11 marques: Franck Provost, Jean Louis David, Saint Algue, Fabio Salsa, Niwel, Intermède, Coiff&Co, Interview, La Suite Bleue, Jean-Marc Maniatis, Colorii

2 700 salons  dans le monde

1 900 salons en France, dont 400 succursales

30 pays

25 000 collaborateurs en salon et 200 au siège

 + de 30 millions de clients par an

1 milliard d’euros de chiffre d’affaires

 

Son parcours

L’apprentissage chez un coiffeur ou le Prytanée militaire ? Il y a des choix d’adolescent qui engagent une vie même si le jeune Yvon, comme il s’appelait alors, n’imaginait sans doute pas son destin. Parti du Lude, dans la Sarthe, il lui a d’abord fallu passer par Paris, s’installer à Saint-Germain-en-Laye il y a quarante ans avant de partir à la conquête du monde et de ses concurrents. En 2000, il rachète La Coifferie. Cette première acquisition est suivie par une succession d’autres alors qu’en 2008, il crée Provalliance avec le géant américain Regis Corp. Mais celui-ci se dégage de ses activités en Europe continentale en 2012 et Franck Provost reprend la main avec le soutien du fonds Chequers Capital.

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