Parfum : le cuir, on l’a dans la peau

Note mythique, le cuir fait un retour remarqué dans la parfumerie. Une façon de s’affranchir (un peu) des notes gourmandes ?

Une bonne nouvelle, c’est ainsi que les parfumeurs interprètent ce retour en force des notes cuir, profondes et mystérieuses, dans les flacons de saison (certains parlent même d’«année cuir»). «Fantasme du créateur, cette note de caractère avait disparu, des féminins notamment, à la fin des années 80. Elle revient aujourd’hui par la niche et les collections privées des grandes marques… mais pas seulement», constate Aurélie Dematons, créatrice du Musc & la Plume, agence conseil en création olfactive.
Bien sûr, l’influence de la mode n’y est pas pour rien ! On trouve du cuir à peu près dans tous les défilés Gucci, Céline, Armani : pantalons, robes, plastrons… Il véhicule volontiers cette image bourgeoise et sulfureuse… Bourgeoise mais sulfureuse. Et comme la cologne, synonyme elle aussi d’authenticité et de belles matières premières, le cuir renvoie implicitement aux années 1920 à 1970, sorte d’âge d’or de la parfumerie. Sa réapparition, même en facette (pour donner du relief), est synonyme d’un retour aux codes de la belle parfumerie.

Audace et élitisme

L’industrie du parfum prend son essor dans la région de Grasse au XVIe siècle, lorsqu’on a l’idée d’imprégner de sent-bon les habits en peau, notamment les gants, qui sentaient très fort. Le destin du cuir et celui du parfum sont à jamais scellés. Si toutes les grandes maisons ont un Cuir de Russie dans leur collection (Chanel bien entendu, mais aussi Guerlain, Creed ou LT Piver), c’est bien que cette construction olfactive, comme le chypre d’ailleurs, est synonyme d’audace, d’engagement et, disons-le, d’élitisme.
Son côté seconde peau donne de la sensualité et de la texture à n’importe quelle fragrance. L’effet «cuir» vient du mariage entre le bouleau (reconstitué car le bois de bouleau est désormais interdit pour des raisons toxicologiques), l’essence de cade, le
styrax ou le labdanum avec des matières premières de synthèse : le sudéral et l’IBQ (Isobutylquinoléïne) notamment, sans oublier la base «vitessence» – cuir neuf, tout juste sorti de la boîte – de Symrise.

Moins sombre, plus féminin

«Le oud lui a finalement ouvert la voie en permettant aux consommateurs de redécouvrir ses notes un peu difficiles et segmentantes», reconnaît Émilie Coppermann, parfumeur chez Symrise. En dehors d’une alliance avec du patchouli ou du tabac
(Cuiron pour Homme de Helmut Lang, relancé il y a quelques semaines), qui mime à merveille le fond de sac vieilli (Bottega Veneta Homme Extrême), le cuir nouveau est plus «blanc», moins sombre, plus daim, plus doux et féminin que provoquant (plus crémeux aussi parfois dans quelques compositions mixtes ou féminines), c’est ainsi qu’il en devient acceptable. À l’image de ce Cuir d’Ange (Hermès) léger et espiègle, dont Jean-Claude Ellena, parfumeur exclusif de la Maison, raconte que «des notes florales de violette» peuvent en émaner.
Autre «fleur de cuir», le Cuir Cannage (Dior) et son cœur rose-iris. Nuit d’Issey (Issey Miyake) propose, lui, une belle colonne vertébrale cuir habillée de bois et d’épices. Autre façon de se faire tolérer, la matière s’adoucit d’un peu de vanille (assez courante dans les accords du moment, à l’exemple de Light My Fire de By Kilian) ou de fève tonka (Man in Black de Bulgari et son accord cuir-tabac blond).

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