Ingrédient : la beauté fait son miel

© Leonid Nyshko/Fotolia

C’est l’ingrédient star des formules réconfortantes de l’hiver et de nombreuses marques lui dédient des gammes complètes, quand elles n’installent pas des ruches chez elles.

Onctueux, sucré et délicieusement régressif : rares sont les ingrédients qui font naître un imaginaire de douceur aussi rapidement que le miel. Cet aliment pour lequel Winnie l’Ourson pourrait faire des folies jouit d’«un énorme capital sympathie», estime Didier Thévenin, directeur de la formation internationale de Melvita. La marque bio, aujourd’hui dans le giron de L’Occitane, a d’ailleurs été créée en 1983 par un apiculteur, Bernard Chevillat. Le nom y fait aussi référence, «mel» et «vita», qui signifie vie. «Beaucoup d’acteurs se contentent de jouer sur son côté affectif, avec du parfum, sans l’incorporer dans la formule», déplore toutefois Didier Thévenin.
Pourtant, le miel, riche en nutriments (vitamines, acides aminés…), possède plusieurs propriétés cosmétiques. «Les usages ancestraux lui confèrent depuis longtemps des vertus réparatrices et antibactériennes», précise Christine Charollais, directrice des laboratoires de recherche Sanoflore (L’Oréal Cosmétique active). Sa grande richesse en sucres (fructose, saccharose, glucose…) – près de 80% – est également intéressante. «Les molécules sucrées vont agir sur l’hydratation, explique Didier Thévenin. Le miel a aussi d’autres propriétés : celui de thym est réputé pour être cicatrisant et réparateur, celui de lavande est purifiant.»
Melvita a d’ailleurs mis en évidence que l’action combinée d’un complexe de plusieurs miels (acacia, oranger, thym) est plus efficace que s’ils étaient additionnés. Ce complexe, breveté, se retrouve dans la ligne Apicosma pour les peaux fragiles, dont une nouvelle référence vient d’être lancée, le soin apaisant sans conservateurs. Dans sa ligne Miel Suprême pour peaux sèches, Sanoflore a choisi un miel de tilleul bio pour sa puissance «antibactérienne et antioxydante», explique Christine Charollais. L’experte souligne aussi la facilité d’utilisation de cette matière première. «Il ne faut pas en mettre trop afin de ne pas déstabiliser la formule, mais il peut être utilisé tel quel, sans transformation. La qualité est la même que pour l’alimentaire.» Et alors que le miel de manuka (une plante qui pousse en Australie et en Nouvelle-Zélande) envahit l’alimentaire, vantant ses propriétés antibactériennes, parions sur son arrivée prochaine en cosmétique !

Buzzzz sur la ville

Reste que la diminution des abeilles observée depuis quelques années pose un problème majeur. On estime à 30% le nombre de colonies qui disparaissent chaque année en France. Si le sourcing pour la cosmétique n’est pas encore en danger (d’autant que d’autres pays en Europe en produisent en quantité), la protection des abeilles est devenue une cause prioritaire que certains professionnels de la beauté accompagnent, à l’instar de Guerlain. Dans sa ligne Abeille Royale, la marque de LVMH incorpore un Pur Concentré Royal – actif anti-âge cicatrisant – obtenu à partir d’un miel de l’île d’Ouessant produit par une abeille noire. Une race qui, selon le Conservatoire de l’abeille noire bretonne, n’est pas contaminée par le varroa (un parasite), ni en contact avec des produits phytosanitaires. Guerlain a donc apporté son soutien financier pour le recrutement d’un apiculteur chargé de veiller sur 150 ruches et leurs locataires.
Ces derniers temps, nombre d’entreprises «parrainent» des abeilles ou installent des ruches sur leurs toits. C’est le cas de la BNP ou de l’Opéra Garnier à Paris, au siège de Clarins en région parisienne et même à la Maison Blanche… Chez Melvita, quelques ruches sont disposées dans les jardins du site historique de Lagorce, en Ardèche, où les salariés jouent les apiculteurs.

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