Composition : «La dynamique est très bonne»

© Firmenich

Président de la division parfumerie de la maison de composition Firmenich, Armand de Villoutreys, avec Olivier de Lisle, son senior vice president parfumerie fine, commente l’exercice 2013 et dévoile sa stratégie.

Comment qualifier l’exercice 2013 ?

Armand de Villoutreys : La dynamique est très bonne. En body care, nous enregistrons de belles performances, notamment en capillaires avec le groupe L’Oréal, avec Henkel, SC Johnson… C’est un segment sur lequel nous sommes ambitieux, particulièrement dans les pays émergents, comme le montre la récente inauguration du centre de développement de Mumbai, en Inde, doté de  toutes les fonctions d’un grand centre. En home care, notre plus grande victoire de l’année est le renouvellement de Suavitel bleu (NDLR : Soupline de Colgate en France). C’est un business stratégique, la plus forte référence du segment. En parfumerie fine, l’année a été particulièrement bonne aux Etats-Unis, avec de beaux succès chez BBW, les parfums de célébrité, et nous sommes très fiers d’avoir gagné la création de la fragrance Modern Muse d’Estée Lauder. P&G reste un compte très solide. Gucci Première vient d’arriver en Europe.

Notre progression s’est bien confirmée dans les pays émergents. Marc Jourdan-Gassin, vice president Fine Fragrance International, a été transféré au Brésil afin d’accentuer  encore notre force localement. Celle-ci s’illustre cette année par des lancements majeurs chez Avon (Sensuelle, Only Imagine), Oriflame (More by Demi) et Natura, ainsi qu’en Inde chez Titan, nous permettant ainsi d’exporter nos dernières nouveautés en ingrédients.

 

Quelles sont ces nouveautés ?

A.V. : Nous avons déposé vingt brevets au cours du dernier exercice et introduit trois captifs importants : le Tillenal, une note verte tilleul, le Methylcitral à la senteur de verveine et un Watermelon Ester issu des biotechnologies. Ce sont nos lancements de l’année qui parlent le mieux de ces nouvelles pépites de la palette des parfumeurs. Armani Nuit, construit autour de Firabs Iris combiné à un vétiver d’Haïti, symbole de notre engagement dans le développement durable ; la gamme Zegna Essenze avec sa bergamote premium et «traçable» ; ou Apollo Axe et sa sauge sclarée développée spécifiquement pour ce projet autour de deux captifs, la Firascone (fruité aromatique) et le Nirvanol (santal). Unilever nous a remis, pour ce parfum, l’award de la meilleure création 2013. L’innovation reste au cœur de nos succès.

 

Que pèse-t-elle ?

A.V. : Au delà-des ingrédients, il y a de la technologie. Prenez l’exemple de l’encapsulation. C’est une réelle piste de développement, particulièrement dans des pays asiatiques. Nous croyons à ces nouvelles techniques, que nous développons grâce à notre accord d’exclusivité avec Amyris. Avec cette entreprise américaine, nous allons bientôt lancer un bio-patchouli, une note boisée entièrement produite par bio-technologie. Ce sera évidemment un captif. Cela marque encore une fois notre engagement en faveur du développement durable, pour lequel nous avons reçu plusieurs prix.

 

Où en sont les équipes de création ?

A.V. : Notre volonté est de valoriser les talents. Tout d’abord, nous avons nommé trois nouveaux maîtres parfumeurs : Honorine Blanc en parfumerie fine à New York, Martin Koh à Londres et Johannes Feser à Genève en body and home care. C’est un titre important pour nous, qui traduit à la fois le talent, l’esprit d’équipe et la volonté d’aider la collectivité, les qualités humaines et les succès sur le marché. Par ailleurs, Mathieu et Anne-Sylvie Lenoir intègrent notre centre de Shanghai pour la division body and home care. Les arrivées récentes continuent à prouver le pouvoir d’attraction de notre marque pour les talents. Il est important d’avoir deux filières de recrutement, interne et externe, afin de ne pas se limiter à une école de pensée. Mon équipe idéale comprend des maîtres parfumeurs, des jeunes arrivant à maturité mais que nous ne voulons pas trop exposer et des talents expérimentés venus de l’extérieur.

Au nombre des talents arrivés chez Firmenich, je suis ravi d’introduire Olivier de Lisle. Depuis quatre ans dans le groupe, Olivier était en charge des opérations de la division parfumerie. Il prend aujourd’hui les commandes de la parfumerie fine avec une légitimité interne et une compétence externe, car il connaît le client et le consommateur dans le monde entier. Il arrive à la fois avec un œil neuf et une vraie culture du métier.

 

Votre feuille de route ?

Olivier de Lisle : Je dois projeter la stratégie de la division à cinq ou dix ans dans un environnement qui change. Le marché est saturé, le consommateur trop sollicité. La donne a changé et le cœur de notre métier a explosé géographiquement – il faut couvrir tout le globe avec des marchés nouveaux en construction. Une autre dimension a évolué également : si les frontières entre le prestige et le mass sont plus floues, le spectre qualitatif de l’offre s’est élargie avec, d’un côté, l’apparition d’un segment hyper-luxe et, à l’opposé, des produits plus value for money. Le développement des specialty stores, aux Etats-Unis, est révélateur de cette évolution. Nous avons su les accompagner, notamment avec l’équipe consumer insight. Parallèlement, le consommateur se détourne de certains produits car leur qualité s’est dégradée.

 

Quelle réponse apporter face à ces changements ?

O.L. : Nous devons replacer le jus au milieu de l’équation. La ligne de force reste un bon jus ! Nos clients sont de plus en plus sensibles au discours sur sa valeur. Je suis optimiste, car le message est passé. Nos parfumeurs savent créer des fragrances à forte addiction, celles qui restent après les paillettes du lancement, qui ont une durée de vie unique sur le marché. Nous voulons être la référence et la préférence, l’entreprise que l’on choisit par raison et celle avec qui l’on aime travailler.

De bonnes performances

2,89 milliards de francs suisses (environ 2,34 milliards d’euros) pour l’exercice clos le 30 juin 2013, soit une croissance de 10% en francs suisses et 7% en monnaie locale. La hausse des prix dope légèrement la valeur.

La division parfumerie fait un peu mieux que le groupe avec de bonnes performances de la parfumerie fine aux Etats-Unis comme au Brésil, des progressions à deux chiffres alors que le marché reste difficile en Europe de l’Ouest.

Tiré par les pays émergents et les Etats-Unis, le body home care a connu une belle année.

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