Naturels : oud, un parfum de mystère

©Firmenich

Dernière pépite de la parfumerie, le bois de oud fait redécouvrir à l’Occident des notes animales et subversives bannies par nos narines délicates.

Les parfumeurs parlent de «oud mood». Bois précieux et odorant, l’oud est dans l’air du temps et sa célébrité soudaine ne se dément pas depuis trois ans. La parfumerie de niche ne jure que par lui (Musk Oud By Kilian, Colonia Intensa Oud Acqua di Parma, Oud de Réminiscence) et le sélectif lui fait les yeux doux (L’autre Oud de Lancôme, Damask Oud Hugo Boss). Ce qui pouvait passer pour une tentative de séduire le marché moyen-oriental, qui en raffole, se mue avec le temps en une vraie réflexion autour d’un nouveau thème olfactif – ce qui n’arrive pas si souvent –, dont chaque parfumeur est impatient de donner sa propre interprétation. «Je l’ai découvert à Dubaï, il y a une quinzaine d’années. J’ai croisé un homme qui en était (très) parfumé : ça a été un vrai choc olfactif», se souvient Alberto Morillas (Firmenich), créateur avec Jacques Cavallier du sublime M7 (Yves Saint Laurent), premier parfum occidental à intégrer du oud à sa formule (2002), en le revendiquant.

 

Une odeur brute et sophistiquée 

«Louis XIV faisait parfumer son linge avec du bois d’aloès brûlé en encens – l’autre nom du oud –, il aimait son odeur hyper virile», raconte l’historienne Elisabeth de Feydeau. Mais comment expliquer ce revival ? Cette note boisée (en arabe, al-oud signifie «bois») fait d’abord voyager. Imaginez un arbre, l‘Aquilaria malaccensis, qui pousse à l’autre bout du monde (en Thaïlande ou au Laos) et qui ne sécrète sa résine odorante que lorsqu’il est infecté par un champignon – la résine joue le rôle d’anticorps et lui permet de se défendre. Mais seuls 10% des arbres sont infectés naturellement et il faut attendre deux à trois ans pour que la résine noirâtre affleure à la surface du tronc. Parfaitement rare, le oud est un cadeau du ciel pour une parfumerie en mal de rêve et de luxe. L’autre atout majeur du «bois des dieux», c’est son animalité âpre, son odeur déroutante qui fait un drôle d’effet sur nos narines délicates. Comme le gibier, il doit être travaillé pour être toléré.

 

Plus cher que l’or

Compte tenu de son prix prohibitif (environ 17 000 euros le kilo), il n’est utilisé qu’en traces homéopathiques. Quelques gouttes d’huile essentielle et le oud s’invite en VIP, offrant un surplus de valeur symbolique au jus. Bertrand Duchaufour, compositeur de Oud For Love pour The Different Company, en glisse 0,5% à 0,6%, pas plus. «Je n’ai guère senti de parfums du marché qui puissent revendiquer la présence de oud naturel, hormis certains produits de niche, peut-être», constate-t-il. Il s’agit souvent de bases synthétiques développées par les maisons de composition ou d’une interprétation, d’une illusion née d’un mélange de notes animales, de certains bois qui vont «mimer» le bois précieux : le karanal (le fameux «bois qui pique»), l’ambroxan, le patchouli, le cypriol (qui rappelle le papyrus), l’huile essentielle de cade (pour la facette fumée) et de nagarmotha, éventuellement du castoréum. Qu’il soit réel ou une illusion réussie, le oud bouscule de ses ardeurs la parfumerie minimaliste et évanescente. «Cette belle odeur, animale, boisée, calcinée, tanée, a le grand mérite de faire redécouvrir ces notes oubliées ou méprisées par la parfumerie», s’enthousiasme Mathilde Laurent (Cartier). «Le oud, c’est une nouvelle approche de la sensualité, sans compromis, très sexuée, envoûtante et mystérieuse», renchérit Alberto Morillas.

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