Métier : responsable adjointe, la shiva du point de vente

Avoir plusieurs bras, c’est la qualité requise d’une responsable adjointe qui orchestre la gestion des équipes, assure l’administration pratique du magasin, fait respecter l’esprit maison de l’enseigne tout en étant une super-conseillère auprès des clientes. Décryptage de la fonction et de la façon d’y accéder.

Des situations différentes

Responsable adjointe est un poste clé dans l’univers des parfumeries. Le flagship Yves Rocher des Champs-Élysées, fort de ses 150 mètres carrés et de sa trentaine de collaborateurs, n’en compte pas moins de trois parmi ses effectifs. Dans des points de vente de taille plus modeste, la responsable adjointe pallie les absences du responsable, attaché à plusieurs boutiques. «Je suis amenée en permanence à faire la navette entre mes deux parfumeries-instituts Passion Beauté de Saintes et de Cognac (Charente), expose Caroline Babaud, leur directrice. C’est pourquoi chacun de ces magasins a une responsable adjointe, qui le gère en mon absence

 

Un vivier de talents

Ces postes sont cruciaux dans les politiques de ressources humaines des enseignes. «Devenir leader (premier conseiller), puis adjoint, permet à nos conseillers d’avoir un plan de carrière possible au sein de la marque et de nos 600 magasins en France, et d’imaginer pouvoir prendre la direction d’un magasin ou d’une franchise», explique-t-on à la direction d’Yves Rocher. Nocibé annonce, elle, la nomination d’un adjoint «de manière pratiquement systématique» dans chacun de ses 360 magasins en propre. Objectif affiché : garantir un vivier de futurs responsables.

 

Des postes souvent pourvus par la promotion interne

Dans tous les types d’enseignes, la promotion interne est en effet la voie royale pour devenir adjoint. En ce sens, le niveau de diplôme initial ne revêt qu’une importance marginale, même si les BTS sont souvent privilégiés pour les embauches directes à l’extérieur. «Ce diplôme est gage d’une certaine ouverture, de compétences de base en gestion-management et d’une capacité à évoluer», note Luc Valentin, DRH de Nocibé. C’est le BTS esthétique en poche qu’Émilie Durand, 31 ans, a débuté comme simple conseillère, en 2005. Trois ans après, elle décrochait le poste de directrice adjointe au sein de la chaîne Parfum d’O (Marseille), à la faveur du développement de l’enseigne.

 

Des qualités managériales

Si les opportunités sont un facteur important d’évolution, le savoir-être demeure la clé de celle-ci. «Un bon adjoint doit avoir la passion du métier, aimer ses équipes et avoir envie de les faire progresser, déclare Martine Eustathiadès, franchisée Nocibé au centre commercial Riom Sud (Puy-de-Dôme). Ce qui va de pair avec un certain charisme, un fort investissement personnel et, bien entendu, une parfaite connaissance des produits et des techniques de vente.» Pour Caroline Babaud, les deux qualités phares d’un second sont l’honnêteté et la capacité d’écoute. «J’ai besoin d’être en confiance absolue avec la personne, explique-t-elle. Et la rigidité est la pire ennemie de l’osmose avec les équipes

Par-delà ces atouts personnels, l’adhésion à l’esprit «maison» est indispensable. Chez Nocibé, on demande ainsi aux adjoints d’avoir «l’esprit commerçant et le sens du service», avec un enjeu phare : l’animation des équipes. Mais aussi de faire preuve de souplesse. «La mobilité géographique, vers un magasin plus vaste notamment, peut s’imposer pour évoluer», indique Luc Valentin.

 

Une formation continue

Des exigences renforcées, partout, par une formation interne plus ou moins institutionnalisée. Le coaching informel avec la responsable, prépondérant dans les petites structures, est souvent renforcé, dans les grandes enseignes, par des sessions régulières, en présentiel et en e-learning. «Trois mois après mes débuts en tant qu’adjoint, j’ai suivi une formation de deux jours sur le coaching des équipes et la gestion des problèmes au quotidien», témoigne Nicolas Moiteaux, 25 ans, l’un des trois directeurs adjoints du flagship Yves Rocher des Champs-Élysées. Chez Nocibé, les adjoints font l’objet d’un parcours de formation ambitieux sur dix-huit mois, sanctionné par un titre de niveau 3 (bac+2). Ses huit modules explorent tous les aspects de la fonction (accueil, techniques de vente, animation et coaching des équipes, service, gestion du magasin, tableaux de bord, administration du personnel…). «Nous avons voulu sortir de l’ombre cette population de managers, en la professionnalisant et en reconnaissant ainsi son rôle stratégique», explique Luc Valentin.

 

Un poste très complet

Le quotidien du responsable adjoint s’apparente en effet à un marathon. Émilie Durand et Nicolas Moiteaux restent souvent les derniers avec la responsable, pour faire les caisses, gérer d’éventuels soucis et fermer le magasin. «Ma journée se partage à part égale entre la supervision de mon équipe de sept conseillères – il peut m’arriver d’être en charge de l‘ensemble des salariés lors des périodes de forte activité et les week-ends – et la gestion administrative, témoigne Nicolas Moiteaux. Sans oublier des points réguliers avec les deux autres adjointes et la directrice du magasin sur les objectifs chiffrés et de qualité du magasin : c’est un travail d’équipe permanent.» Un rôle très complet, explicité par Émilie Durand : «Nous organisons les rayons, mettons en place les vitrines, gérons les animations et démarchons les clients. Mais nous sommes aussi préposées à l’organisation des plannings, au dépôt des chèques en banque ou aux réunions stratégiques en l’absence de la responsable… Bref, nous sommes de “super conseillères”, qui avons aussi besoin de savoir tout faire à la place de la directrice. Un rôle un peu hybride, pas toujours évident à assumer

 

Un tremplin vers  la direction ou la gérance

Un aspect double de la fonction qui se reflète dans le statut et la rémunération. «Hormis dans les très gros magasins, les adjoints ont en général le statut d’agents de maîtrise», souligne Luc Valentin. Chez les grands groupes comme Nocibé, le salaire d’entrée se situe aux alentours de 1 600 euros bruts, auquel peut s’ajouter un variable de 10% environ. C’est généralement moins chez les indépendants. Globalement, une adjointe gagne de 20 à 30% de plus qu’une conseillère, et de 30 à 50% de moins qu’un directeur (lequel peut aussi espérer un variable plus important). La rapidité du passage d’adjoint à directeur ou gérant dépendra, là encore, des qualités personnelles et des opportunités. Et aussi du souhait d’embrayer sur des responsabilités plus lourdes. « Le responsable du point de vente porte sur ses épaules la responsabilité de la gestion des équipes de A à Z, des résultats… Finie, la relative insouciance de l’adjoint !», pointe Émilie Durand. Qui espère toutefois accéder à la fonction dans deux ou trois ans. Car telle demeure, malgré tout, l’évolution logique – et souhaitable – de la fonction.

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