Design : aménager des bureaux à son image

Alors que de nombreux groupes de cosmétiques changent de locaux, l’agence de design Saguez Workstyle livre une étude sur l’évolution des espaces, et du travail lui-même.

Fin juin, les 277 salariés de Puig France quittaient leurs bureaux de Neuilly-sur-Seine dispersés sur trois sites pour des locaux flambant neufs sur les Champs-Élysées. Un mois auparavant, c’est l’équipe d’Amore Pacific Europe qui emménageait sur la plus belle avenue du monde, dans un appartement aux murs blanc crème en harmonie avec l’identité de sa marque phare Lolita Lempicka. «Une adresse sur les Champs-Élysées est un signe d’appréciation pour l’équipe, qui éprouve de la fierté à faire redémarrer la marque», affirmait alors Rémi Cléro, le président du groupe. D’ici quelques mois, Yves Rocher et Clarins vont emménager dans des immeubles à leur image, respectivement à Issy-les-Moulineaux et Porte Maillot, entre Paris et Neuilly-sur-Seine.

Dématérialisation des échanges

Emplacement, luminosité, sensation d’espace, communication entre les services sont autant de facteurs qui participent du bien-être au travail. L’agence de design Saguez & Partners, via sa filiale Saguez Workstyle, a étudié l’évolution des aménagements de bureaux. Elle a elle-même signé de nombreux projets, dans divers secteurs dont la beauté : Chanel à Pantin, Yves Rocher à Rennes et Issy-les-Moulineaux, Symrise à Clichy, mais aussi Casino, Carrefour, So Ouest, Peugeot, Microsoft, EDF… Pour elle, la qualité de vie au travail répond aux mêmes exigences que l’aménagement d’un point de vente, son métier d’origine.

«De même que l’expérience « retail » est concurrencée par le e-commerce, l’expérience « working » est bousculée par la dématérialisation des échanges, souligne Bernard Astor, directeur de création associé. Un chiffre l’atteste : 247 milliards de mails sont échangés par jour dans le monde. Dans les espaces de travail comme dans les magasins, il faut remettre en valeur la relation physique.» Et d’affirmer certaines convictions : « »Space planning » est une expression que je rejette. Il faut d’abord comprendre comment les gens travaillent, entre eux et avec leurs clients. On n’aménage pas de la même façon le siège de Microsoft France et un cabinet d’avocats. Certes, les lieux sont contraints par la présence de fenêtres, de cloisons. Mais il faut aussi penser en termes d’exposition, de vue, de hauteur sous plafond, de circulation. Pour Yves Rocher à Rennes, nous avions constaté que l’immeuble disposait de portes-fenêtres qui n’ouvraient sur rien. En accord avec l’architecte, nous avons créé une terrasse qui prolonge aujourd’hui la cafétéria.»

Casser la monotonie

L’open space est un autre terme accusé de tous les maux, mais Saguez Workstyle ne raisonne pas par diktat. Dans certains cas, des bureaux fermés sont contre-productifs. L’agence recommande de moduler les espaces et les hauteurs de cloisons, pour casser la monotonie. Chez Microsoft, des banques d’accueil permettent de préparer des réunions, So Ouest dispose d’espaces insonorisés pour deux personnes. Ailleurs, les zones de restauration, qui ne sont occupées que quelques heures par jour, peuvent être transformées en salles de réunions. Celles-ci peuvent se tenir debout, assis sur des sofas, derrière  un paravent pour délimiter un territoire. «Tout ce qui décadre l’espace de travail permet de mieux se concentrer», assure Bernard Astor.

Autre exemple, l’agence a eu un jour à aménager un siège social dont l’accueil ne faisait que 2,70 m sous plafond : «Ce n’était pas à la hauteur d’un grand groupe. Nous n’avons pas hésité à faire percer le plafond. Cela peut sembler une perte d’espace mais c’est important pour l’image que l’on projette.»  Vers l’extérieur comme en interne, car la fierté des collaborateurs à occuper un espace rejaillit sur leur implication professionnelle.

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