Ressources humaines : des états-majors en ébullition

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Les récents mouvements à des postes clés chez Procter & Gamble ou L’Oréal soulignent les difficiles conciliations des talents.

Après la brusque annonce du départ de Bob McDonald de la présidence de Procter & Gamble, le retour d’Alan George Lafley au poste de PDG n’a pas surpris puisque c’est la deuxième fois qu’il est appelé à la rescousse pour reprendre les rênes de la société. Sa mission ? Relancer notamment la partie beauté – 24% du chiffre d’affaires qui s’élève à 83,68 milliards de dollars pour l’exercice clos le 30 juin 2012 (environ 62,9 milliards d’euros). «P&G a perdu des parts de marché significatives face à L’Oréal et Unilever depuis 2010, explique Mark Astrachan, analyste de la société de bourse Stifel Nicolaus, 25% du chiffre d’affaires a fondu.»

Dans ce contexte, Alan George Lafley a choisi de resserrer son organisation autour de quatre grandes divisions. Il a nommé Deborah A. Henretta, déjà présidente du groupe Global Beauty Care, fonction qu’elle conserve, Group president of Global Beauty (les marques de grande diffusion, de salons de coiffure et du sélectif). A elle de gérer près d’un quart du chiffre d’affaires du groupe. «La combinaison de ce retour et ce resserrement de l’état-major fait grincer des dents en interne, elle démotive ceux qui aspiraient à évoluer et espéraient que souffle un vent nouveau. Une population aujourd’hui plutôt déprimée, d’autant que le niveau de salaire, plus élevé chez P&G que sur le marché, en fait des profils plus difficiles à recaser», note un spécialiste du recrutement du secteur.

 

Une petite révolution interne

Chez L’Oréal, les récents départs ont provoqué une petite révolution interne, laissant les collaborateurs médusés. Il y a quelques semaines, c’était Céline Brucker, directrice générale L’Oréal Paris France, présentée comme promise à un bel avenir au sein du groupe, qui annonçait son départ. Plus médiatique, plus étonnant encore, le départ de Youcef Nabi, véritable star de la maison et souvent sur le devant de la scène. Alors que le numéro un mondial se refusait à tout commentaire, Youcef Nabi a choisi Le Monde, daté du 10 juin, pour expliquer son départ : «cette démission est sans doute la chose la plus rationnelle de ma vie. J’ai donné vingt ans à ce premier job, j’ai envie de faire autre chose». Le président de Lancôme, qui a fait venir Penelope Cruz comme Julia Roberts, quitte le groupe après une carrière brillante illustrée par quatre ans à la tête de cette marque, le retour de celle-ci à des taux de croissance plus qu’enviables et, auparavant, trois ans comme boss de L’Oréal Paris International, là aussi avec succès et un vrai talent dans la gestion des égéries. Hasard du calendrier ? Cette défection intervient peu de temps après la création d’un nouveau poste chez L’Oréal, la vice-présidence des divisions sélectives (Luxe, Cosmétique active, Produits professionnels et The Body Shop), confiée à Nicolas Hieronimus, qui continue à piloter la branche Luxe en direct.

Comment expliquer ces pertes de talent dans un groupe qui, jusqu’ici, n’en avait pas l’habitude, du moins jusqu’à ce que Guillaume de Lesquen quitte la tête de Yves Saint Laurent Beauté pour rejoindre LVMH et la Chine ? De simples problèmes d’ego ? «Non, assure une chasseuse de tête. Ces départs de quadra sont révélateurs de l’époque, qui veut qu’un individu qui réussit désire prendre son destin en main. Ils illustrent un autre phénomène : un patron qui incarne une marque se vit comme un créateur. Dans les faits, il n’aura jamais complètement ce pouvoir, même si ses performances sont reconnues et saluées. Chez L’Oréal surtout, c’est la loi du marché qui prime.»

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