Animatrice-formatrice : un métier au cœur de la marque

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Le métier d’animatrice-formatrice, l’un des plus prisés du secteur esthétique, en recouvre en fait trois. Mais représenter les entreprises répond à des conditions exigeantes de formation et d’exercice.

L’intitulé «animatrice-formatrice» recouvre au moins trois métiers, occupés par la même personne ou par des professionnelles distinctes, en fonction des marques et des enseignes. Ambassadrices des marques, les animatrices assurent les animations commerciales sur les points de vente. Les formatrices ont la responsabilité des formations internes et externes : nouveautés, technologies, image… Quant aux attachées – ou technico – commerciales, elles se déplacent chez les dépositaires pour promouvoir marque, soins techniques et produits.

Si, par le passé, l’accession au métier se faisait couramment par l’évolution interne, après un CAP, un BP ou un bac pro, le BTS semble aujourd’hui la voie royale. «Nous recrutons, pour deux tiers environ, des BTS esthétique-cosmétique, mais également des profils commerciaux : BTS MUC (Management des unités commerciales), NRC (Négociation et relation clients) ou DUT Techniques de commercialisation», explique Lydie Gumery, directrice pédagogique de l’Isipca (Paris), qui propose, en deux ans et en alternance, la formation animateur-formateur pour les entreprises de la beauté.

Une solide formation initiale, renforcée en interne

Cette prépondérance du BTS esthétique devrait encore se renforcer puisque la réforme du diplôme, qui entrera en vigueur à la rentrée prochaine, prévoit le choix possible, en deuxième année, d’une filière Animation, formation et communication professionnelle aux niveaux national et international. Plusieurs écoles complètent ce bagage par une formation professionnalisée. «Nous renforçons leurs axes de compétences techniques : vente, marketing opérationnel, perfectionnement olfactif, connaissance du marché de la distribution sélective, anglais, maîtrise de l’outil informatique…, présente Annie Albaladejo, responsable de la filière Expert marketing beauté à l’École Peyrefitte (Lyon). Nous leur proposons aussi des modules de développement personnel, très demandés par les marques : travail sur l’estime de soi, gestion des conflits, communication interpersonnelle et non verbale, prise de parole en public…». Autant de points qui seront ensuite confirmés dans les entreprises intégrées. «Les formations en interne sont indispensables pour bien maîtriser la marque sur les plans technique et commercial, ainsi que les outils pédagogiques», souligne Dominique Cassou-Couet, ex-formatrice itinérante export et aujourd’hui responsable du Centre de formation Divona.

Le métier ne semble pas connaître la crise. L’Isipca annonce ainsi un taux de placement en CDD ou CDI de plus de 80% trois à quatre mois après la sortie. «Après plusieurs années de recrutement d’intérimaires, les marques embauchent à nouveau massivement en interne, explique Corinne Desson, directrice administrative et du développement de l’École Françoise Morice. Pour elles, il est plus rentable de s’appuyer sur quelqu’un de stable, qui connaît bien la marque.» Les débouchés sont nombreux, sur toutes les branches du marché : parfumeries, parapharmacies, centres de beauté, spas, stands en grands magasins…

Les entreprises plus exigeantes

Si l’animation des ventes est accessible sitôt le diplôme en poche, la formation nécessite un passage préalable plus ou moins long – de un à dix ans en moyenne – sur le terrain. «Pour être crédibles, il faut avoir eu un contact avec les consommateurs», indique Annie Albaladejo. En soulignant que l’insertion en qualité de formatrice est «peu probable avant un vécu d’au moins cinq ans dans la vente» en parfumerie, mais qu’elle peut être plus rapide en institut-spa ou parapharmacie.

Par ailleurs, le niveau d’exigence des entreprises est plus élevé qu’auparavant. «Face à un client de plus en plus en demande de services et de personnalisation, on attend des personnes énergiques, audacieuses, déterminées, dotées d’un certain talent de communication, et en même temps immédiatement opérationnelles, prévient Christine Mas, responsable de la formation et de la promotion de Shiseido France. Les attachées commerciales, notamment, doivent savoir s’imposer et entretenir des relations partenariales avec les distributeurs et même avec la concurrence.»

La passion pour l’esthétique et ses produits demeure toutefois la qualité phare. «Il faut que ces personnes intègrent très vite les valeurs de la marque, à la limite qu’elles les incarnent», souligne Lydie Gumery, de l’Isipca. Dans des fonctions caractérisées par de fréquents déplacements – hormis chez certaines grandes marques où les postes de formatrices peuvent être fixes –, autonomie, disponibilité et prise d’initiatives sont indispensables. Du fait du côté très prenant du métier, l’usure professionnelle peut être rapide. «Le temps de vie d’une formatrice de terrain ne dépasse pas quatre ou cinq ans», commente Marie-Noëlle Bort, responsable de formation Guinot. Clientèle internationale oblige, la maîtrise de l’anglais courant est incontournable et, de plus en plus, celle du chinois, de l’espagnol, du portugais, de l’arabe ou du russe. A fortiori pour les postes d’animatrices export (voir encadré ci-dessous). La réglementation des produits évoluant très vite, les formatrices doivent se soumettre à une veille professionnelle serrée. «Par ailleurs, le secteur de la formation s’oriente de plus en plus vers un partenariat-coaching d’ordre également commercial et marketing, afin d’aider nos dépositaires à faire évoluer leur chiffre d’affaires», note Marie-Noëlle Bort.

Des salaires confortables

En contrepartie, les salaires sont assez rémunérateurs. «Très variables d’une marque à l’autre et éventuellement complétés par des avantages en nature, ils débutent vers 2 000 euros bruts mensuels en national, davantage à l’export», précise Dominique Cassou-Couet. À cette base peuvent s’ajouter des systèmes de bonus. D’où des appointements mensuels souvent compris entre 3 000 et 5 000 euros.

Entre ces profils proches, les passerelles sont nombreuses. Les formatrices peuvent ainsi évoluer, par la suite, vers la direction de la formation, l’enseignement ou le marketing opérationnel. Les attachées commerciales ont, elles, la possibilité de se réorienter vers des fonctions de coach ou de responsable animation réseau. Et les animatrices d’opter pour la formation ou le développement commercial.

«L’export : le rêve… à condition d’avoir la santé !»

Corinne Desson, directrice administrative et du développement de l’école Françoise Morice et ancienne animatrice-formatrice à l’export pour plusieurs marques.

«La formatrice à l’international a pour mission de former les futurs distributeurs de la marque dans un pays. Pour exercer ce métier, il est préférable d’avoir pratiqué au préalable en France, en formation et en institut ou parfumerie. La maîtrise d’au moins deux langues étrangères est exigée, au premier rang desquelles, outre l’anglais, le chinois ou le russe. Du fait de la fréquence des déplacements, parfois d’un bout à l’autre de la planète en une seule journée, le métier requiert grande disponibilité, excellente condition physique et forte adaptabilité. Afin de faire coller au mieux sa présentation au marché local, il est important de s’informer de l’actualité et des spécificités des pays visités. Pour les passionnés du voyage et des contacts, ce mode de vie est captivant. En contrepartie, la difficulté est de trouver un équilibre entre travail et vie personnelle. C’est pourquoi, comme nombre de mes collègues, au bout de dix ans d’exercice, j’ai opté pour un poste plus sédentaire, me permettant de concilier vie privée épanouie et ambition professionnelle.»

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