Parfum : sacré santal

© IFF/TFS

Le bois langoureux fait son grand retour dans les parfums féminins. Avec de nouvelles provenances mais toujours autant de sensualité dans son sillage.

Quel point commun entre S by Shakira, Eau de Lacoste, Cherry in the Air d’Escada, Me de Lanvin et Rêve de Van Cleef & Arpels ? Le bois de santal. Son succès, après deux décennies de règne du patchouli, colle à la tendance du vintage, mais pas seulement. Pour décrire la senteur de l’huile essentielle de santal, tirée du cœur de l’arbre, les parfumeurs parlent de crémeux, de rondeur et de rémanence, car celle-ci dure longtemps sur la peau, d’autant qu’un petit pourcentage suffit pour une sensation de richesse.

Pourtant, le santal a un temps été le grand absent de l’orgue à parfums. Ce vide s’explique par l’histoire mouvementée de ce bois sacré, qui exhale aussi l’âme des civilisations indo-asiatiques. De nombreux récits en sanskrit évoquent son utilisation dans les cérémonies religieuses ancestrales. Aujourd’hui encore, en Inde, le santal est paré de mille vertus, parmi lesquelles celle de faire monter l’âme au ciel. Ce symbolisme, qui peut faire sourire les Occidentaux, a un impact économique : trois tonnes de santal auraient ainsi servi pour la crémation de Gandhi. Au-delà du pays, c’est toute l’Asie qui l’utilise, tant pour soigner en médecine traditionnelle que pour sculpter des divinités ou brûler de l’encens.

Des années de pénurie

En parfumerie, on employait initialement la variété botanique Album, cultivée dans la région de Mysore, en Inde. Ses accents voluptueux ont accompagné nombre de grands floraux ou orientaux comme Jicky de Guerlain ou Ma Griffe de Carven, réédité cette année. Jusqu’à la rupture en 1973, une période charnière car son prix s’envole de 40 à 210 euros l’année suivante. En cause, le gouvernement indien, qui voit ses besoins grandir et veut réguler le braconnage en fermant la vente à l’export. Depuis, celle-ci a lieu au compte-gouttes.

Si, en 1989, Samsara de Guerlain enivre à nouveau d’un sillage lacté, c’est qu’entre-temps la synthèse a proposé de bonnes alternatives au naturel, comme l’Ebanol ou le Javanol (Givaudan) ou, très récemment le Mysantol (IFF). Bien sûr, quelques grandes maisons cassent leur tirelire pour continuer de se fournir en qualité dite «Mysore» achetée dans les pays du Sud-Est asiatique, à l’image de Guerlain pour fabriquer des classiques tels Jicky ou Mouchoir de Monsieur. Ou encore Frédéric Malle, qui infuse son Dries Van Noten d’un santal Album du Laos (1 600 euros le kilo tout de même) pour arrondir son cœur d’épices.  

Mais pour beaucoup, l’alternative réside dans une autre espèce botanique, le Spicatum, qui pousse naturellement en Asie, même si celle-ci n’a pas le crémeux de son cousin indien. «Il donne de la naturalité et reste un excellent fixateur», explique Nathalie Lorson, de Firmenich, qui en a pourvu Satine de Lalique, aux côtés de l’accord gourmand de vanille et fève tonka. On le retrouve aussi dans Nuances d’Armani Privé, pour prolonger la texture luxueuse de son iris italien.

Depuis deux ans, les parfumeurs d’IFF piochent aussi dans un nouvel hybride, du santal Album, la variété originaire d’Inde, mais cultivée en Australie de façon équitable par la société TFS. Après quinze ans de patience, cette forêt de santal album au nord-ouest de l’Australie donne ses premières récoltes, et IFF, via sa filiale LMR, en a acheté une partie. On peut le sentir dans Quartier Latin de Memo ou, bientôt, dans la nouvelle écriture de Desnuda d’Ungaro par Domitille Bertier. «Combiné au santal de synthèse, il lui donne une présence fantastique», souligne celle-ci. Bref, un nouveau naturel qui ne laisse pas de bois.

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