Carte blanche : mathilde Bijaoui

La cuisine et la gourmandise ont mené Mathilde Bijaoui aux parfums et chez Mane. Elle a intégré la maison grassoise à sa sortie de l’Isipca.

Les hommes et les femmes qui ont compté

Mon père d’abord – non, ce n’est pas le parfumeur Norbert Bijaoui, comme on le croit souvent. Cet homme de publicité, qui produit maintenant de l’huile d’olive en Provence, est aussi un grand cuisinier qui m’a initiée aux plaisirs du goût et de l’odorat, à un univers sensoriel et aux traditions culinaires de l’Afrique du Nord. Côté parfums, Judith Gross, ma «marraine en parfumerie». Je lui suis encore reconnaissante de m’avoir ouvert les portes de l’industrie pour un stage d’été juste après mon bac. Et parmi mes diverses rencontres professionnelles, l’actrice Tilda Swinton, avec qui j’ai créé Like This chez Etat Libre d’Orange. Ce fut une rencontre fascinante, qui a permis de créer un parfum ayant, comme elle, une vraie personnalité.

Les sources qui l’inspirent

J’aimerais dire la gourmandise, mais c’est réducteur car trop «sucré». Néanmoins, tout ce qui se mange et se boit est source d’inspiration. Du gâteau Satine de Pierre Hermé aux thés (notamment le genmaicha), sur lesquels j’ai suivi une formation. Quand je voyage, j’explore les marchés et je découvre des épices. Je cherche aussi à reconstituer la nature, ce qu’on ne peut pas extraire, notamment le lys qui m’a inspiré Lily &Spice (Penhaligon’s).

Les matières qui l’ont marquée

Cela évolue évidemment, mais en tête de mon hit-parade personnel, on trouve la cardamome – pour le parfum comme pour le café. Elle apporte du fusant, une note presque aromatique mais subtile, d’autant que chez Mane nous en avons une superbe dans la collection Jungle Essence… C’est une forme d’addiction. Ensuite vient le vétiver pour sa richesse, sa noblesse et je l’accompagne de ses dérivés pour le rajeunir. Enfin, je tiens à certains muscs comme le fixolide ou l’ambrettolide pour leur côté peau.

Les parfums qu’elle porte

Difficile d’en porter pendant la journée… Le soir, je mets les essais sur lesquels je travaille. Les réactions sont instructives. Sinon, en ce moment, le week-end, je suis plutôt éclectique : Bois d’Argent (Dior), chez Hermès l’Eau des Merveilles et les Jardins, avec une préférence pour le Nil. Plus jeune, j’ai été longtemps fidèle à Mûre et Musc (L’Artisan Parfumeur). Mais je veux aussi évoquer ceux que je ne porte pas et qui m’ont vraiment marquée avec, en tête, Eau sauvage de Dior, un jus qui n’a pas vieilli, Déclaration de Cartier et Light Blue de Dolce & Gabbana.

Son parcours

Un père gourmet peut amener sa fille à créer des parfums… La cuisine a, en tout cas, développé le goût et l’odorat chez Mathilde Bijaoui, suffisamment pour qu’adolescente, elle voie dans l’Isipca son avenir. Elle y entre en 1999 et commence rapidement son apprentissage chez IFF. Diplôme en poche, elle intègre Mane en 2004, d’abord au Bar-sur-Loup, puis à Paris en 2005. Elle y a notamment créé Fleur de Noël pour Yves Rocher, Fleurs de Brignoles chez L’Occitane, Womanity de Thierry Mugler (en collaboration avec l’équipe de parfumeurs Mane), Hommage à l’Homme de Lalique en duo avec Christine Nagel.

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