Parfums : l’art de la figue

L’arbre et le fruit au fort potentiel évocateur sont à l’honneur dans les colognes du printemps. Une note fruitée qui renouvelle le genre

«La figue elle-même n’est pas une odeur, c’est un goût, estime Michel Almairac, maître parfumeur chez Robertet. Ce qui sent, c’est le figuier entier, bois et feuilles compris, à condition qu’il fasse chaud.» Il y a bien eu, dans le passé, un absolu de feuille de figuier, mais son caractère allergisant l’a depuis longtemps banni de la palette des parfumeurs. Heureusement, la synthèse regorge de molécules permettant d’interpréter les diverses facettes du figuier. Comme la stémone (un captif Givaudan), au boisé vert un peu râpeux, souvent couplée à certains aldéhydes, lactones et notes sucrées pour retracer le lacté sirupeux de la sève mûre. On ajoute aussi un soupçon de pamplemousse grinçant – ou bourgeon de cassis pour les plus dispendieux –, ainsi qu’une trace d’hédione pour renforcer la fraîcheur, et le tout sent plus vrai que nature. L’accord offre alors la même ténacité que l’odeur des feuilles froissées persistant sur les doigts, une puissance qui vaut à la figue d’être de plus en plus utilisée dans des gels douche et des bougies. Pourtant, c’est la parfumerie d’auteur qui fut la pionnière du genre, grâce à l’imagination d’Olivia Giacobetti, mixant stémone et lactones type noix de coco dans le bien nommé Premier Figuier de L’Artisan Parfumeur en 1994, puis deux ans plus tard avec Philosykos de Diptyque. 

Naturel et appétissant

Nos envies actuelles de naturel remettent le fruit en évidence dans la corbeille des parfumeurs. La nouvelle Cologne Bien-Etre, co-écrite par Sidonie Lancesseur et Michel Almairac (Robertet), précise même qu’il s’agit de bourgeons de figuier des coteaux du Roussillon. Acqua di Parma file la métaphore dans l’édition Fico di Amalfi, de Blu Mediterraneo, une cologne jasminée et infusée du fruit mûri au soleil italien. Une vaporisation et l’on se voit dîner en terrasse avec vue sur mer… Car son formidable pouvoir évocateur est l’autre atout de la note, garante d’une ambiance estivale en Méditerranée. Dans Caligna – courtiser en provençal –, de la Collection de Grasse, L’Artisan Parfumeur esquisse les senteurs de l’arrière-pays grassois en mariant figue et sauge. Pour sa nouvelle eau fraîche Fleur de Figuier, Roger & Gallet joue, lui, un peu plus la carte de la nature sublimée, même s’il ne faut pas chercher la fleur, car celle-ci ne pousse en réalité qu’en inflorescence, à l’intérieur du fruit. «Tout le challenge d’une figue est d’équilibrer le départ végétal de la feuille et le lacté chaud de la sève. J’ai ici accentué la fraîcheur avec le pétillant des zestes d’agrumes et le fusant des baies roses», commente Francis Kurkdjian, parfumeur chez Takasago. La publicité de Fleur de Figuier dévoile une jeune fille à contre-jour, s’apprêtant à croquer dans le fruit. Un fruit défendu qui a aussi inspiré Kilian Hennessy pour concevoir son Bamboo Harmony (de la collection Asian Tales) autour du thé blanc et de la figue. «Il existe plusieurs interprétations de la Genèse ; le fruit croqué par Eve serait pour certains non pas une pomme, mais une pêche ou une figue. Sans oublier le symbolisme de cette dernière, autour de la fécondité et de la féminité». Le titre explicite Figuier Eden de la dernière Eau Armani Privé va dans ce sens.

D’autant que cette nouvelle note gourmande est encore peu sentie, comparé à la farandole de desserts type fruits rouges ou caramel. Ses effets lactés rassurants façon smoothie apportent aussi une sensation de cocooning bienvenue. Entre bonne chair, péché de chair et paradis, l’accord figue a de beaux jours devant lui. 

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