Chimie verte : solabia modernise son unité de production

Le laboratoire de formulation Solabia, où sont élaborés des produits à destination des grandes marques de la cosmétique. © Stéphane Frachet

Spécialisé dans les ingrédients d’extraction végétale, Solabia-Ucib agrandit son site de production et de recherche à Anet (Eure-et-Loir). Objectif : développer la culture cellulaire et garder une longueur d’avance dans les biotechnologies.

De l’extérieur, c’est une usine chimique un brin désuète sur les bords de l’Eure, à Anet (Eure-et-Loir), à l’ouest de Paris. A l’intérieur des 6 000 m2, Solabia vient de se doter d’un outil de culture cellulaire dernier cri, comprenant salle blanche, réacteurs de fermentation, analyse chromatographique, screening… “Grâce à cet investissement d’1,5 million d’euros, nous allons multiplier à l’infini les cellules que nous utilisons, et donc limiter des tests coûteux, compris entre 70 000 et 90 000 euros l’unité”, s’enthousiasme Florent Yvergnaux, directeur de la recherche de cette filiale du groupe Ucib, contrôlé par Gérard Josset.

Inconnu du grand public, Solabia-Ucib est le fabricant du Fucogel, qui adoucit la formule de plusieurs cosmétiques et hydrate la peau. C’est aussi l’un des principaux fournisseurs d’acide pidolique, un actif de base issu principalement de la betterave et qui est utilisé à la fois pour des médicaments comme le Magné B6 et des cosmétiques. Atout : il est très bien assimilé par l’organisme, et par la peau en particulier.

Procédés enzymatiques

Fournisseur des marques de LVMH, d’Estée Lauder ou encore d’Uriage, cette PME de 340 salariés emploie des procédés enzymatiques pour extraire des principes actifs, et n’a donc pas besoin d’acides ou de chaleur pour “casser” les molécules. Résultat : celles-ci résistent mieux. “Au niveau de la peau, des micro-organismes pathogènes ou allergènes prennent le dessus si les molécules ont été affaiblies lorsqu’on les a isolées”, décrypte Florent Yvergnaux, dont l’équipe d’une quinzaine de chercheurs met au point entre dix et vingt molécules par an. Les nouveaux laboratoires devraient accroître ce résultat.

Parmi les axes de recherche de Solabia, la famille des oméga-céramides, qui s’apparente à ceux qui composent l’épiderme. “Nous travaillons sur les propriétés anti-âge de ces dérivés d’huile de framboise pour Uriage, et de fruit de la passion pour le brésilien Natura”, détaille le directeur de la recherche. D’autres grandes marques telles que Chanel et L’Occitane suivent de près ces travaux.

Autre projet de recherche mené ici, sur le resveratrol. Cette molécule, qui défend certains cépages contre les attaques du champignon botrytis, fait le succès de la marque d’officine Caudalie depuis vingt ans. “Nous travaillons sur la delta-viniférine, actif qui aide la vigne à combattre le vieillissement”, explique Florent Yvergnaux, qui va pouvoir multiplier les souches de botrytis dans ses éprouvettes.

Cap sur le Brésil

Créé en 1972, le groupe Ucib réalise plus de 50 millions d’euros de ventes grâce à ses actifs d’origine végétale et animale pour la pharmacie, la cosmétique, la nutrition. 70% de la production est exportée. Ucib compte quatre usines en France : Ucib-Solabia à Anet (Eure-et-Loir), CEP à Meaux (Seine-et-Marne), Biokar Diagnostics à Allonne et Solabia à Beauvais (Oise). Ce chimiste compte aussi deux unités au Brésil, où l’activité progresse de 25%, selon le PDG Gérard Josset. Ce n’est pas le coût du travail qui a attiré Ucib au Brésil. “Ce pays dispose de la plus forte biodiversité au monde, et les Brésiliennes sont de grandes consommatrices de cosmétiques”, précise le PDG. Selon lui, l’ancienne colonie portugaise sera le premier marché des cosmétiques à court terme. 

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