Anti-âge : l’inflammation silencieuse fait parler d’elle

Les cibles de l'inflammaging permettent de fournir une réponse globale au vieillissement. Ici, le comportement d'une matière première en formulation est étudié au sein du Centre de recherche de Seppic. © Antoine Icard

Inéluctablement, l’inflammaging attaque les cellules, notamment celles de la peau, entraînant leur vieillissement. La lutte contre cette inflammation chronique, qui n’épargne personne, fait l’objet de nombreux développements.

Si l’on cherche des publications issues de revues scientifiques qui traitent de l’inflammaging – inflammage en français –, on en trouve en nombre et récentes. C’est un signe qui ne trompe pas. Ce phénomène inflammatoire silencieux impliqué dans le vieillissement cellulaire a d’abord été décrit et exploité dans le champ médical, à cause de son implication potentielle dans certaines maladies génétiques entraînant un vieillissement prématuré, avant d’éveiller l’intérêt des fabricants de cosmétiques. Un parcours classique pour les avancées biologiques dont la beauté s’empare.

Avec ou sans agression externe

On connaît bien le mécanisme de l’inflammation aiguë : il est défini comme l’ensemble des réactions locales se produisant dans l’organisme en réponse à l’action irritante ou à la perturbation créée par un certain nombre de facteurs. Il est caractérisé par quatre phénomè-nes : rougeur, tumeur (production de tissu), douleur et chaleur. En réponse à une agression, le corps enclenche une cascade de réactions aboutissant à la production de protéines, les interleukines, capables de le protéger. Rien de pathologique, donc, dans ce bouclier localisé et épisodique, tant que l’organisme s’en sert à bon escient.

Mieux vieillir plutôt que rajeunir

C’est lorsqu’il sévit de façon chronique sans être la réponse à une agression que l’on parle d’inflammaging. En vieillissant, «les facteurs extérieurs produisent un bruit de fond chronique inflammatoire permanent, qui peut aller jusqu’à saturer les cellules», explique Florence Pouvreau, responsable techni-que et marketing chez Inter’actifs. L’inflammaging s’ajoute alors au vieillissement in-trinsèque classique. «Il s’agit d’une infra-inflammation, insidieuse, que l’on ne voit pas, détaille Frédéric Bonté, directeur de la communication scientifique chez LVMH. Elle est due à l’accumulation de phénomènes micro- et infra-inflammatoires.»
Ce qui est nouveau, c’est le concept de globalité associé à l’inflammaging. Il met un nom sur une chaîne de réactions, dont certains maillons avaient déjà été identifiés, mais séparément. «Ces phénomènes isolés fonctionnent en fait ensemble. C’est ce qui leur confère leur aspect chronique», complète Florence Pouvreau. Le concept est dans l’air du temps, à l’heure où la consommatrice veut mieux vieillir plutôt que rajeunir. La lutte contre l’inflammation silencieuse s’inscrit dans le champ de la prévention. «Nous nous plaçons dans les concepts qui montent en cosmétique et devraient exploser dans l’anti-âge», prévoit Yohanna Sander, en charge de la gamme anti-âge chez le fournisseur d’ingrédients Seppic. Mais le terme «inflammaging», répandu dans les pays anglo-saxons où l’on parle couramment de «vieillissement infraclinique», comme l’explique Frédéric Bonté, ne l’est pas encore en France. Il se fait pour le moment une place chez les fournisseurs d’ingrédients, en attendant que le marketing s’en empare pour le propulser auprès du public.
«Certains mécanismes sont très bien identifiés, comme la dégradation de la fonction mitochondriale», décrit Florence Pouvreau. La libération d’espèces réactives de l’oxygène (les fameuses ROS pour Reactive oxygen species) entraîne la dégradation du collagène et de l’élastine. La Pangénine LI6, produite par le suisse Principium et fournie par Inter’actifs, est un extrait de pollen issu de la fleur de seigle, qui possède une action antiradicalaire. L’actif cible la mitochondrie, cette usine énergétique cellulaire, dont l’interleukine 6 (IL-6, une protéine issue de la fa-mille des cytokines, marqueurs majeurs de l’inflammation) peut être assimilée au carburant. Elle va permettre de relancer l’activité des mitochondries, lieu «où se produit essentiellement l’inflammaging et où il se répand», ajoute-t-elle.

Une réponse dès 30 ans

Une autre cible de taille est justement l’IL-6. Lorsqu’elle est produite au niveau du derme, on observe une production de radicaux libres. «D’après la littérature scientifique, 80% du vieillissement de la peau est lié à l’inflammaging», constate Yohanna Sander. L’actif TimeCode fourni par Seppic va limiter la surexpres-sion d’IL-6, l’expression d’un enzyme pro-inflammatoire (MMP  1) impliqué dans la dégradation de la matrice extra-cellulaire (la structure qui remplit les espaces entre les cellules) et a une action anti-collagénase (l’enzyme qui dégrade le collagène). L’actif est recommandé à partir de 40 ans.
Du côté de LVMH, on conseille même de lutter contre l’inflammation silencieuse dès 30 ans. C’est avec l’orchidée présente dans la gamme Orchidée Impériale de Guerlain que le groupe a apporté sa réponse. «Nous étions à la recherche de substances qui inhiberaient les interleukines, dont on sait que l’hyperproduction latente est néfaste», raconte Frédéric Bonté. Orchidée Impériale contient des extraits qui jouent sur l’IL-6 et l’IL-4 en défendant la peau contre ses phénomènes infracliniques. «Nous évitons ainsi le cercle vicieux de l’inflammation, sinon il s’auto-entretient.»
Le mécanisme n’a pas livré tous ses secrets. «Le concept est assez compliqué et il n’a pas encore été décortiqué. La peau est un tissu extrêmement vivant… Pour l’inflammaging, par exemple, des spécificités cellulaires entrent certainement en jeu.» Ce qui demanderait peut-être des réponses particulières selon le tissu cellulaire visé.

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