Texture : par quoi remplacer les silicones ?

Ils ont de plus en plus mauvaise presse et sont d’ailleurs interdits en formulation par la charte Ecocert-Cosmebio. Mais comment remplacer ces champions de la sensorialité ?

Utilisés depuis les années 1950 dans les produits cosmétiques, ces dérivés de silice n’ont pas leur pareil pour donner le glissant qui facilite l’application, le toucher sec et soyeux ou velouté des produits de soin ou de maquillage, pour démêler, gainer et apporter de la brillance aux cheveux. Bref, on en trouve dans quasiment tous les produits cosmétiques : les fonds de teint et les ombres à paupières peuvent en contenir jusqu’à 50%, bases lissantes et combleurs en sont quasiment exclusivement constitués, shampooings et surtout sérums brillance en regorgent sous des formes diverses, qu’il s’agisse de silicones ou de silicones volatils, de gels ou polymères de silicone. Les plus courants sont le cyclopentasiloxane et le diméthicone.

Les marques les évitent

Mais ils ont mauvaise presse depuis la montée en puissance des partisans du bio. Ils sont soupçonnés d’être occlusifs et comédogènes pour la peau et on les accuse surtout d’être biocumulatifs et néfastes pour l’environnement et les cours d’eau. En 2008, un rapport d’Environnement Canada concluait que certains siloxanes (D4 et D5) pouvaient présenter un risque pour l’environnement et qu’ils avaient un potentiel d’accumulation dans les organismes aquatiques. L’étude de Santé Canada en 2009 les a innocentés. Et le D4 a été considéré comme sans risques bien que classé comme reprotoxique par le Scientific Committee on Consumer Safety (SCCS).

Néanmoins, de plus en plus de marques évitent désormais de formuler avec des silicones. Mais que mettre à la place ? Principalement des esters. Chez Croda par exemple, spécialiste de ce type de composant, on en propose deux catégories. Pour les soins, les esters émollients apportent du glissant avec un toucher plus ou moins gras, plus ou moins léger. Ceux-ci sont obtenus en combinant par estérification des alcools gras issus d’huile de coprah ou de synthèse chimique à des acides gras tirés d’huile de colza, palme, betterave… Leurs noms finissent la plupart du temps en -ate (caprylate, laurate, myristate, stéarate…). Pour les soins capillaires cependant, pour lesquels on a besoin en plus d’une action démêlante et de brillance, on fait appel à des esters encore une fois, mais à la chimie plus complexe, avec une fonction éther pour une meilleure dispersibilité, comme des PPG3 benzyl ethermyristate, PPG3 benzyl ethere exanolate.

Tensioactifs et polymères cationiques

On peut aussi utiliser des tensioactifs et polymères cationiques. Chargés positivement, ils vont équilibrer la charge négative de la kératine lorsqu’elle est mise à nu et ainsi lisser la chevelure sans l’alourdir ni la graisser. Les plus utilisés sont les sels d’ammoniums quaternaires, qui peuvent être de simples tensioactifs cationiques (effet démêlant et lubrifiant) ou des polymères cationiques (dérivés de la gomme de guar tels que «chlorure d’hydroxypropyltrimonium de guar» et «polyquaternium»). Leur chaîne grasse est dérivée de divers composants huileux comme l’huile de coco, de ricin ou encore de colza. Cependant, quaternaires et esters ethylés ne sont pas autorisés en bio. On leur préfère alors des gommes qui vont aussi gainer le cheveu même si celles-ci n’ont chimiquement rien à voir, ainsi qu’en termes de solubilité. Ces polymères de sucre à chaîne courte, comme les gommes de guar, de caroubier ou de xanthane, ont l’avantage de s’éliminer facilement au rinçage mais n’ont pas de charge positive.

Pour ce qui est du maquillage, remplacer les silicones est encore plus délicat. Certes, on peut retrouver des touchers secs grâce à des poudres de riz, de tapioca ou de l’amidon de maïs, mais plus on en utilise, plus on alourdit les produits. Autre risque : faire «pelucher» un fond de teint au moment de l’application sur un soin. Il est donc nécessaire de faire des associations et d’user de toute son expertise de formulateur. En conclusion, il n’existe à ce jour aucun ingrédient qui remplace à lui seul les silicones.

Les silicones et Reach
Près de 20% de la production totale des silicones produits est destinée à l’industrie cosmétique. Ce sont des silicones cycliques ou volatiles, utilisés directement dans les produits, ou des intermédiaires comme les silanes, utilisés pour fabriquer des polymères ou pour apporter de la fonctionnalité aux dimethicones. Quarante trois sortes de silicones ont déjà été enregistrés dans la phase 1 de Reach achevée en 2010 (production de plus de 1000 tonnes par an). Cependant, tous les silicones ne sont pas concernés par Reach. C’est le cas des dimethicones par exemple, qui sont considérés comme des polymères. En revanche, les silanes et les siloxanes D4 et D5 qui font partie des matières premières des dimethicones sont inclus dans cette procédure.

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