Tests : Spincontrol ouvre un labo en Indonésie

Créé à Tours en 1991, ce laboratoire de tests spécialisé dans les cosmétiques est aujourd’hui présent en Asie et en Amérique du Nord. Un nouvel établissement verra le jour cette année à Djakarta.

«La peau d’un Indien ne réagit pas comme celle d’un Occidental, ni comme celle d’un Chinois ou d’un Africain.» Ce défi présenté aux grands fabricants de cosmétiques, ceux qui ont des visées mondiales, Patrick Beau le connaît parfaitement. Cet ancien chercheur en sciences a fondé Spincontrol, spécialisé dans les tests de produits de beauté, en 1991 en bénéficiant d’un transfert de technologie d’imagerie par résonance magnétique (IRM) de l’université de Tours. En clair, l’université lui laissait la liberté d’utiliser des matériels de pointe, encore rares à l’époque. C’est un programme de recherche sur une crème hydratante d’Yves Saint Laurent qui l’a orienté vers l’analyse de la peau et la cosmétologie.

Depuis, l’entreprise a grandi. Ses appareils de mesure et ses salles de test sont désormais déployés à Bangkok, en Thaïlande, depuis 2003, à Montréal, au Canada, depuis 2008, et à Bombay, en Inde, depuis 2011. Enfin, un labo Spincontrol devrait ouvrir ses portes cette année à Djakarta, en Indonésie, «un pays de 300 millions d’habitants qui consomme beaucoup de produits de beauté», se réjouit Patrick Beau.

Désormais, la société emploie près de 120 personnes (environ 5 millions d’euros de chiffre d’affaires), qui encadrent quelque 20 000 volontaires sur trois continents, l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord. Leur mission : tester les effets des crèmes pour des géants comme L’Oréal, LVMH et Shiseido. «Il ne s’agit pas de délocaliser notre activité, ni de chercher du personnel ou des coûts d’analyse low cost, mais bien de répondre au mieux à une forte demande là où elle existe. Nous ne pourrions pas tester sur des Françaises une crème anti-âge vendue en Asie du Sud-Est, les épidermes ne réagissant pas de la même façon», illustre Patrick Beau, dont la société contribue également à valider des compléments alimentaires, des cosmétotextiles et des dispositifs médicaux. 

Tokyo, un rêve impossible

Situé dans une artère industrieuse et passante du centre de Tours, Spincontrol jouxte un centre sportif, un magasin de plomberie, des banques, des logements… «Nos volontaires doivent nous trouver facilement. Il faut que les salles de test soient bien desservies par les transports en commun, ce qui nous oblige à trouver des implantations proches des centres-villes. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas pu nous implanter au Japon», explique Patrick Beau, refroidi par les coûts prohibitifs des loyers tokyoïtes. Qu’à cela ne tienne, les grandes marques de cosmétiques japonaises, telles que Shiseido ou encore le spécialiste des soins haut de gamme Kanebo, n’hésitent pas à confier leurs tests au labo thaïlandais de Spincontrol.

Toujours en Asie, si la société a déjà pensé à une implantation en Chine, «le contrôle des cosmétiques y passe forcément par des laboratoires d’Etat, ce qui reviendrait à transmettre nos savoir-faire gratuitement. Pour y échapper, il faut mener un lobbying très actif», déplore l’entrepreneur, qui ne se sent pas armé pour affronter ce marché gigantesque.

Quant au continent africain, «il n’est pas encore mûr, juge-t-il. Peut-être démarrerons-nous un jour par le Maghreb, à commencer par le Maroc pour analyser les effets des produits à base d’huile d’argan, notamment, mais il est encore trop tôt». Autre zone de laquelle Spincontrol est absent, l’Amérique du Sud. Rio de Janeiro ou Buenos Aires feront peut-être partie du prochain carnet de voyage.

La validation des produits, un long procédé

Chez Spincontrol, des dizaines de mesures et d’observations sont réalisées sous contrôle médical : tests dermatologiques de tolérance et d’efficience, mesures centimétriques, échographies, projection de franges, profilométrie… Les tests cliniques sont effectués avant, pendant et après le protocole de traitement, qu’il s’agisse d’un cosmétotextile ou de l’application d’un soin anti-âge. La société française a protégé quelques machines d’analyse, mais elle dispose surtout d’une vingtaine de brevets sur des logiciels d’analyse d’image. Pour un produit, la durée d’observation peut aller jusqu’à 56 jours et le panel comprend de 30 à 50 personnes volontaires concernées par les revendications du produit.

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