Entreprise : Carven renaît chez Jacques Bogart

Discrètement, Jacques Bogart fait le pari d’un groupe français indépendant qui fabrique en France dans ses deux usines, exporte à 92% et développe sa propre distribution. Fin 2012, il a racheté la parfumerie Rose de France à Nice, et détient désormais une cinquantaine de points de vente dans le monde. En 2013, il lance le nouveau parfum Carven, activité qu’il a acquise il y a plus de deux ans à l’actionnaire de la maison de couture Henri Sebaoun, suivant la règle qu’il s’est fixée, à savoir privilégier les marques en propre plutôt que les licences. Aujourd’hui, 35% du chiffre d’affaires d’environ 100 millions d’euros est réalisé en retail, et pour les parfums et cosmétiques, 90% par ses marques (Jacques Bogart, Ted Lapidus, Méthode Jeanne Piaubert, Stendhal, Vegetable Garden) et 10% par les licences (Chevignon, Naf Naf, Lee Cooper, Bugatti). 0,5% du capital est coté en Bourse, le reste appartenant au PDG David Konckier et à sa famille. «La présence de groupes indépendants en France est essentielle pour conserver une vitalité à cette industrie et donner du choix aux consommateurs», défend cet entrepreneur qui s’exprime rarement dans les médias.

400 points de vente

Pour Carven, le groupe a travaillé patiemment avec le jeune directeur de création Guillaume Henry, maître d’œuvre du renouveau de la maison fondée en 1945. «Nous avons la volonté d’installer la marque sur la durée et dans un esprit de sélectivité, comme l’a fait Thierry Mugler à ses débuts. Il est rare de pouvoir faire partie d’un tel projet, celui de la renaissance d’une marque mythique», assure David Konckier, qui a connu une expérience similaire avec Balenciaga dans les années 1990. Francis Kurkdjian (Takasago) a créé la fragrance florale, Thierry de Baschmakoff le flacon en verre givré. L’étui est souligné de rayures vertes, motif cher à Madame Carven. La distribution a démarré le 28 février chez Colette, avant un déploiement en avril dans quelque 400 points de vente triés sur le volet. Le parfum historique Ma Griffe est réédité dans le même temps. L’international doit suivre : Italie, Espagne, Suisse, Japon, Etats-Unis où une exclusivité avec Saks est signée pour le mois d’août. Au deuxième semestre, le Moyen-Orient est prévu, pour un total de trente pays. «L’accueil est bien meilleur sur les marchés à l’export qu’en France, ne peut s’empêcher de souligner David Konckier. Depuis des années, les détaillants ont oublié qu’ils avaient besoin de vendre autre chose que des leaders, au risque d’avoir des magasins sans identité. C’est l’une des raisons pour lesquelles la distribution sélective perd des clients.» L’indépendance permet aussi ce franc-parler.

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