Logistique : « des standards mondialement reconnus »

Pour mener à bien la modernisation de la chaîne d’approvisionnement, la FFPS et la Febea ont fait appel à deux organismes de standardisation. Interview croisée de deux de leurs représentants, Pierre Georget, directeur de GS1 France, et de Xavier Hua, délégué général d’ECR France.

Dans quel contexte la FFPS et la Febea vous ont-elles sollicités ?

Xavier Hua : Les deux fédérations ont commencé à travailler en partenariat pour moderniser la chaîne d’approvisionnement de la parfumerie sélective en 2009 et notamment pour rédiger un manuel commun des bonnes pratiques logistiques des flux marchands, impliquant à la fois les distributeurs et les industriels. Fin 2010, alors que les premiers travaux étaient déjà bien engagés, ils se sont rendu compte qu’il convenait de continuer à collaborer mais dans une structure neutre, c’est-à-dire externe aux fédérations et c’est pourquoi ils ont fait appel à deux sociétés, GS1 France et ECR France, pour structurer leurs réflexions et accélérer leur concrétisation sur le terrain. La première apporte son expertise sur toutes les problématiques de standardisation des solutions concernant l’EDI, la traçabilité, les codes à barres, la RFID, etc., tandis que la seconde propose son expérience en termes d’organisation logistique, de gestion optimisée des flux, de partage des informations stratégiques (cross docking, category management, activity based costing).

Pierre Georget : A la fin des années 2000, les deux fédérations se sont rendu compte qu’il était impératif de réformer et de moderniser leurs pratiques, notamment pour créer un système d’identification des produits et des unités logistiques commun à tous les acteurs de la parfumerie sélective. Il faut se souvenir qu’il y a à peine cinq ans, les unités consommateurs, c’est-à-dire les articles destinés à la vente aux consommateurs dans les magasins de détail, ne disposaient pas toujours de code à barres en parfumerie, en tout cas pas de manière standardisée pour l’ensemble des acteurs. Et puis surtout, la profession est soumise au nouveau Règlement européen N°1223/2009 qui entrera en vigueur le 11 juillet 2013, avec des obligations nouvelles et nombreuses (traçabilité, procédures de retrait et de rappel, informations des consommateurs sur les produits…) impliquant distributeurs et industriels et protégeant davantage la sécurité des consommateurs. Enfin, comme dans d’autres secteurs de la grande distribution, notamment alimentaire, qui  ont déjà intégralement ou pour partie adopté cette modernisation, la parfumerie sélective, dans une conjoncture de tensions économiques, et un contexte de concentration et de mondialisation de la filière, se doit d’appliquer des process et des outils de fonctionnement de la supply chain répondant à des standards pertinents, communs et reconnus internationalement.

 

Justement comment expliquez-vous que ce secteur – pesant plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et gérant plus de 67 millions d’unités consommateurs dans plus de 2 100 points de vente – n’ait pas encore mis en œuvre ces process, comme la distribution alimentaire l’a fait depuis près de vingt ans ?

X. H. : Ce retard est relatif. Certes, il est effectif en comparaison des pionniers de la grande distribution alimentaire, mais on constate que dans la distribution spécialisée, à l’exception de Décathlon dans le sport et de quelques enseignes de bricolage qui se sont modernisées récemment, la plupart des secteurs n’ont pas encore adopté tous les outils innovants de l’EDI, des échanges de données entre distributeurs et fournisseurs, d’optimisation des flux et des stocks, du category management. Malgré les processus récents de concentration, la parfumerie sélective se caractérise aussi par des enseignes ou des industriels de taille plus modeste que dans l’alimentaire, et qui ont été pendant de longues années davantage focalisés sur les performances des ventes en magasins que sur celles de leur back-office, même si des groupes tels que L’Oréal et Procter & Gamble fonctionnent depuis longtemps déjà selon les standards des GMS. En sachant aussi que le retail spécialisé a démontré qu’il était plus souvent investi dans le déploiement des nouvelles technologies dédiées à l’amélioration des ventes et de la shopping experience en magasin que dans le back-office.

P. G. : Les marges sont moins confortables que par le passé et les acteurs de la parfumerie savent pertinemment que l’efficacité du back-office devient déterminante dans leurs activités et qu’elle peut leur permettre de faire des gains de productivité importants pour améliorer leurs marges, ce qui n’est plus le cas dans les magasins.

 

Quels sont les premiers déploiements et apports de cette réforme ?

P. G. : Suite à la publication, en novembre 2011, du Manuel de bonnes pratiques logistiques des flux marchands sur entrepôts, la traçabilité des unités consommateurs et des unités logistiques a commencé à être mise en place, avec l’application d’un code à barres pour les deux. Pour la partie logistique, il s’agit d’un code SSCC qui correspond au carton d’expédition. Le déploiement de l’automatisation et la standardisation des messages EDI est lancé concernant à la fois les avis de commande, ceux d’expédition, de facture et de paiement. L’été dernier, 19% des avis de commande au sein du secteur étaient déjà dématérialisés. La prochaine grande étape concerne la standardisation des fiches produits qui devront adopter, courant 2013, un format unique et la mise en place du catalogue électronique. Enfin, le Manuel des bonnes pratiques logistiques de retrait de produits cosmétiques vient de sortir. Il fixe les règles et procédures à suivre en cas de non-conformité constatée des produits, risquant de porter préjudice à la sécurité des consommateurs (articles 25 et 26 du nouveau Règlement européen n°1223/2009).

 

X. H. : La publication de ces deux manuels est une étape déterminante dans la feuille de route commune que se sont fixées les deux fédérations et dans leur volonté d’appliquer ces changements dans les deux à trois années qui viennent. Elle témoigne de leur implication collaborative et de leur capacité à se réunir régulièrement pour avancer. Leur traduction en anglais est également un élément positif dans l’efficacité attendue du déploiement de ces nouvelles méthodes à l’international, pour nombre d’entreprises déjà implantées à l’étranger. La parfumerie sélective peut paraître avoir tardé à se réformer mais elle prouve actuellement sa capacité à innover et à harmoniser ses modes de fonctionnement rapidement et à grande échelle.

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