Marques : les régions ont du talent

Des griffes de cosmétiques implantées en région s’appuient sur l’image d’un terroir et de son savoir faire pour se développer. Le tour de France en quelques exemples.

En Provence

La région possède un fort pouvoir évocateur et a suscité de nombreuses vocations cosmétiques : L’Occitane, Durance, Compagnie de Provence… Fondée en 1995, Terre d’Oc revendique de fortes racines méditerranéennes et s’approvisionne beaucoup dans la région, en huile d’olive notamment. Elle imagine aussi des lignes avec des actifs venus de loin, comme récemment le karité, toujours issus d’un commerce équitable. Elle a été sélectionnée par Nature & Découvertes pour produire la nouvelle gamme de la marque propre De Nos Jardins (cosmétiques bio et locaux), réalisée à partir de miel de Provence biologique. Les produits Terre d’Oc (8 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2011) sont vendus chez Nature & Découvertes et dans les boutiques à l’enseigne de la marque (2 en France, 5 à l’étranger).

Nouvelle venue dans les GMS, la marque Jeanne en Provence a été créée début 2012 par le groupe Arthès, implanté à Grasse. Outre 200 grandes surfaces en France, elle a déjà conquis plusieurs pays avec ses eaux de toilette, gels douche et laits corporels à la lavande ou à la verveine. «La marque profite de notre expérience. Et pour nos distributeurs, les aspects made in France et l’image provençale sont très importants», souligne Mylène Vialettes, responsable marketing chez Jeanne Arthès.

 

En Corse

C’est le 21 juin 2012 qu’a eu lieu la première réunion officielle de Corsica Cosmetica, fédération d’une dizaine de marques autour de la filière cosmétique de l’île de Beauté. L’étape suivante a été une présence forte sur Beyond Beauty, belle occasion pour ces petites structures, souvent familiales, de se faire connaître. «Nous avons choisi Paris pour dire que la Corse est une terre de cosmétiques», indique Xavier Torre, président de Corsica Cosmetica. Il est également le fondateur de la marque Testa Maura (bougies, eaux de parfums et soins du corps). Située sur le créneau des parfums de niche, elle a su séduire une centaine de portes dans le monde, dont Jovoy à Paris et Taïzo à Cannes.

Avec Realia, Muriel Crestey, ingénieur agricole et cosmétologue, cultive 3 hectares d’oliviers dans une démarche artisanale pour ses soins visage et corps. «Nous avons une approche très méticuleuse des matières premières. Notre huile d’olive est brute et non raffinée car produite en vue d’une utilisation cosmétique», précise Muriel Crestey. Hormis 25 boutiques en Corse, la marque est diffusée par vente directe. Elle compte environ 3 000 clients et son best-seller est une huile de rasage fraîche.

 

Dans les Alpes

La ligne de cosmétiques créée pour le spa des Fermes de Marie à Megève est aujourd’hui devenue Pure Altitude, dont la fleur d’edelweiss, cultivée dans le Valais, est le fil conducteur. «Nos clients recherchent ce côté nature. Nous avons également travaillé avec des parfumeurs comme Robertet pour avoir des senteurs évocatrices de la montagne», indique Marine Sibuet, responsable de Pure Altitude. La marque est présente dans 180 points de vente en France (parfumeries, pharmacies ou spas, dont une dizaine de spas partenaires pour les protocoles) ainsi que dans une dizaine de pays à l’international.

Annecy Cosmetics a vu le jour à l’initiative de François Salomon, l’un des fils du créateur de la fameuse marque de sport, arrivé en 2005 comme gérant de la société DJ-Pack, qui fournit des marques prestigieuses et a inventé un concept de stick à lèvres ultra-compact. La première gamme en 2009, dédiée à la protection solaire en conditions extrêmes, a été complétée en 2011 par une ligne bio de produits multifonctions pour ne pas surcharger les sacs à dos. Assez logiquement, la distribution dans les magasins de sport s’est imposée. Annecy Cosmetics réalise déjà 50% de son chiffre d’affaires à l’export.

 

En Bretagne

Si la région s’est déjà illustrée en cosmétologie marine avec des fournisseurs comme la société brestoise Océalys et, bien sûr, avec le fleuron national Yves Rocher, elle a récemment vu éclore de nouvelles propositions cosmétiques. Comme Bio Carnac, née il y a quatre ans du désir des dirigeants de Carnac Thalasso de disposer d’une offre spécifique (mise au point par Océalys) et non pas de cosmétiques lambda flaconnés à son nom. Pour l’heure, ces produits sont disponibles seulement sur le site et sur la boutique en ligne. «La thalassothérapie reçoit plus de 20000 clients par an qui sont les ambassadeurs de la marque», explique Martial Denêtre, directeur général de l’établissement.

Lancée en 2010 par Stéphanie Seznec, Britanie se distingue par son packaging chic associant rayures en noir et blanc à moucheture d’hermine. Ses gammes de toilette et d’art de vivre se déclinent en suivant la côte : côte d’Émeraude, Golfe du Morbihan, côte de Granit rose, Pays bigouden et, la dernière-née, côte d’Amour. La marque produit au maximum en Bretagne. Britanie est vendue dans une centaine de points de vente locaux et commence à s’ouvrir à l’export. «On nous approche pour la qualité des parfums et pour l’image déco chic de la marque. Certains de nos contacts à l’étranger ne connaissent pas la Bretagne, mais le concept “locavore” plaît énormément», commente Stéphanie Seznec.

Et aussi

On peut citer Parfums Berdoues, avec sa célèbre eau de toilette Violettes de Toulouse composée en 1936 par Henri Berdoues et déclinée en 2006 en eau de parfum (Violette Chérie) puis en Violette Divine, plus intense. Ces fragrances sont distribuées en France principalement dans les grands magasins. À l’international, on les trouve entre autres chez Marks & Spencer au Royaume-Uni. Le groupe est basé à Cugnaux, près de Toulouse, où il développe et produit l’intégralité de ses gammes (17 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2011, dont 25% à l’export).

 

Le parfumeur Jardin de France est né en 1920 dans la région d’Amboise, mais est maintenant installé à Bourbon-Lancy, en Saône-et-Loire (Bourgogne). Ses senteurs sont entièrement élaborées et produites sur le site, de la macération à la création graphique. L’entreprise vient de sortir une édition limitée, Absolue Damona, inspirée par la déesse des sources aux vertus bienfaisantes de Bourbon-Lancy. Jardin de France (2 millions d’euros de chiffre d’affaires) exporte 60% de sa production. «Le nom est très porteur et nous en jouons énormément. Le côté semi-artisanal est également très apprécié, car inscrit dans une région perçue comme authentique et très connue à l’international», explique Bertrand Sonnier, dirigeant de Jardin de France. M.B.

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