Parfumerie sélective : Le Net, outil pour recruter des clients

Si les consommateurs préparent de plus en plus souvent leurs achats sur Internet, ce circuit peut-il aussi permettre à la parfumerie de gagner des clients ? La FFPS lance le débat.

«Les deux tiers de nos clients visitent la Toile avant de venir dans nos magasins», signalait William G. Koeberlé, président de la Fédération française de la parfumerie sélective, lors d’une matinée de débat que celle-ci organisait à Paris, le 11 octobre dernier, sur les défis du Net. Ce qui peut constituer, selon Franck Lehuédé, chef de projet senior du département consommation du Crédoc, une opportunité pour les enseignes : «leur rôle est d’accompagner au mieux le consommateur dans cette préparation des achats, en démontrant qu’elles connaissent très bien ses envies et qu’elles peuvent lui fournir une réponse personnalisée. C’est un élément fondamental. Les Français qui surfent sur le Net ne sont pas perdus pour les commerces physiques car ils sont aussi multi-canaux (…). Il faut savoir communiquer avec eux pour ne pas faire les frais de leurs arbitrages. Ils savent que leur pouvoir d’achat n’augmentera pas dans les prochaines années, que les dépenses dites contraintes comme le logement, l’énergie… seront plus importantes. Ils vont donc devoir faire davantage de choix de consommation». La beauté en fera-t-elle partie ? «Les acheteurs auront tendance à privilégier les secteurs innovants, le prix mais pas uniquement. Ils sont attentifs au service, à la qualité et à l’utilité des produits», ajoutait-il.

 

Les mêmes règles pour tous

Des critères qui doivent être pris en compte par le site marchand qui, pour l’instant, constitue surtout un moyen de recrutement en parfumerie sélective. «Le commerce électronique a représenté 2% du chiffre d’affaires du secteur en France en 2011, annonçait William G. Koeberlé. Il pèse 6% du chiffre d’affaires du sélectif en Autriche, 7% en Allemagne, plus de 20% en République tchèque.» Le e-commerce est le fait d’enseignes spécialisées (Marionnaud, Sephora, Nocibé…), de marques, sans oublier les pure players, plus ou moins actifs selon les pays. «En France, ceux-ci ne sont pas encore développés mais, dans d’autres pays, ils mettent notre modèle en péril», déclarait encore le président de la FFPS. Ainsi, en Autriche, «la moitié des ventes sur le Net émane de l’étranger, d’Allemagne et de République tchèque », constatait Hans Martin Hittaler, vice-président de la FEPD – Fédération européenne des parfumeurs détaillants –, qui dénonçait la multiplication de ces acteurs agissant en dehors du contrat de distribution sélective reconnu par une exemption européenne.  

«Les pure players doivent jouer selon les mêmes critères et pas seulement proposer des prix bas», rappelait le président de la FFPS. Nous ne sommes pas contre le Net, mais les règles doivent s’appliquer à tous.» Il en va aussi, selon lui, de la survie de la sélectivité. «Je voudrais prendre l’exemple du marché américain, pour rappeler à quel point l’exemption européenne est vitale pour nous. Aux Etats-Unis, les marques ont été tentées d’aller chez Walmart pour les volumes. Entre 1997 et 2009, le marché des parfums a reculé de 12% en valeur et de 40% en volume. L’industrie ne doit pas tomber dans ce piège en Europe. Nous avons une responsabilité sociale. Nos parfumeries représentent 17 000 emplois en France, dont 94% d’emplois féminins et 80% de salariés à temps plein. Nous dépensons 12 millions d’euros par an pour les formations, sans compter celles qui sont assurées par les marques.»

Comment lutter contre les pure players ? «A l’administration de faire son travail», répond le président. Mais aussi aux industriels de veiller à la diffusion de leurs produits. «Une personne en interne surfe régulièrement sur le Net pour repérer les sites non agréés, expliquait Manlio Pizzorni, regional vice-president Europe de l’Ouest et Moyen-Orient de Coty Prestige, une trentaine ont ainsi cessé leur activité suite à nos mises en demeure. Sinon, nous les assignons en justice. Si le site est situé en France, nous obtenons souvent gain de cause. S’il est en Europe, il est plus compliqué de le faire fermer. Aux Etats-Unis, c’est très difficile et en Asie, c’est mission impossible. En un an, nous avons relevé une centaine de cas. Une cinquantaine sont encore en justice.» La bataille ne fait que commencer.

Facebook
Twitter