parfum : Le charme discret de l’Hédione

C'est à partir d'un travail sur le jasmin que l'Hédione a été créée. Un paradoxe pour une molécule légère et transparente.

Conçue par Firmenich, cette molécule apporte sa fraîcheur jasminée et discrète à de très nombreuses créations depuis cinquante ans.

Star de la parfumerie, l’Hédione fête cette année ses cinquante printemps. Un anniversaire un peu spécial car il ne s’agit pas de celui de sa conception, mais de celui du dépôt du brevet par Firmenich. Discrète au premier abord, l’Hédione est pourtant devenue un incontournable. “Elle apporte de la fluidité au parfum. On a l’impression que celui-ci respire de l’intérieur. Il est ouvert, à la fois tenace et léger”, explique Harry Frémont, parfumeur chez Firmenich. Ce n’est pas une molécule olfactive puissante, mais elle agit comme un exhausteur de senteurs, amplifiant et développant les accords, faisant durer la fraîcheur tout en apportant de la rondeur. Une discrétion étonnante quand on sait qu’elle a été inventée en prenant modèle sur le jasmin, une fleur solaire et animale.

C’est en travaillant sur l’absolu jasmin que les chimistes de Firmenich l’ont mise au point. En étudiant la fleur, ils ont réussi à identifier presque tous ses composants. En 1957, le Dr Edouard Demole touche au but en mettant en évidence la présence de jasminate de méthyle, malheureusement trop coûteux et complexe à produire. L’année suivante, ce même chercheur trouve une solution en développant un produit synthétique particulièrement proche : le dihydrojasmonate de méthyle, qui prendra ensuite le nom commercial d’Hédione, du grec «hedone», le plaisir.

Brevetée en 1962, l’Hédione, avec ses notes fraîches et toniques, connaît son heure de gloire en 1966 grâce à L’Eau Sauvage de Christian Dior, composée par Edmond Roudnitska. “Il est le premier parfumeur à avoir démontré l’efficacité de la molécule. A l’époque, il en a mis 3%. Et je crois que c’est ce qui en fait un grand parfum d’aujourd’hui”, souligne Olivier Cresp, nez chez Firmenich. Bien qu’elle ait connu le succès avec un masculin, l’Hédione n’est pas typée. Ce même Roudnitska l’a d’ailleurs réutilisée dans Diorella quelques années plus tard. «C’est une note qui jouit d’une grande acceptation, une molécule intemporelle. Elle ne se démode pas, estime Alexandra Monet, parfumeuse chez Drom. Et cette universalité fait qu’on peut même l’utiliser en hygiène ou en détergence.”

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Aujourd’hui, l’Hédione est devenue l’une des matières premières les plus utilisées, même si son usage n’est pas toujours revendiqué. C’est un véritable caméléon, présent dans des parfums très différents, qu’ils soient aquatiques – tel Acqua di Gio d’Armani ou L’Eau d’Issey d’Issey Miyake –, poudrés – comme FlowerbyKenzo – ou mixtes – Ck One de Calvin Klein. “J’ai toujours pensé qu’il manquait une fraîcheur dans l’histoire de la parfumerie américaine, raconte Alberto Morillas, lui aussi parfumeur chez Firmenich. Avec Patrick Firmenich, on s’est dit il faudrait refaire une cologne, mais pour les Américains. Nous sommes partis sur l’idée de l’Hédione alors qu’à l’époque il y avait énormément de musc. Quand je sens à nouveau Ck One, association de fraîcheur et de persistance, la modernité est toujours là.”

Ouverte au marché depuis plusieurs années, l’Hédione n’est plus un captif de Firmenich. La maison de composition enrichit néanmoins son héritage et en propose désormais des variantes : l’Hédione HC (plus pure) et la Paradisone, qu’Olivier Cresp qualifie de quintessence, d'”Hédione purissime”. D’autres déclinaisons ont par ailleurs été mises au point pour répondre à des besoins spécifiques (stabilité, intensité…). La boucle a été bouclée dernièrement, lorsque Firmenich a présenté le Splendione, enfin un jasminate de méthyle obtenu grâce à une technologie de synthèse plus avancée, rendant accessible à l’industrie la piste défrichée en 1957.

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